Les archives de la Vendée

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64 J - Papiers Léon de Mornac (1552-1870) Inventaire complet (pdf)

  • Notice/biographie

  • Léon de Mornac :
    Le comte et la comtesse Pierre de Mornac étaient rentrés d'émigration sans leur fils Léon. Né en 1783, celui-ci n'avait pas dix ans lorsqu'ils quittèrent la France avec lui, et c'est en Bavière qu'il fit ses études, à l'Université royale prussienne Frédéric-Alexandrine, en la ville d'Erlangen. Ses papiers contiennent des mémoires sur les circonstances de son enfance et sur son engagement dans l'armée autrichienne. Il se décida cependant à rejoindre sa patrie en février 1811, comme en témoigne le passeport délivré par le commandement militaire pour le royaume de Bohême, mais il ne semblait pas encore arrivé en août 1812 : à cette date, une lettre d'un parent de Saintes à son père félicite encore ce dernier du prochain retour de Léon. Il était en tout cas marié en 1813 et continuait de recevoir des lettres d'Allemagne, soigneusement conservées, que lui adressaient des camarades ou la famille princière de Reuss, qu'il avait fréquentée en sa principauté de Greiz.

    Il allait toutefois bientôt pouvoir faire valoir ses mérites au service de son pays et de la cause royaliste. 1815, on l'a dit, le trouva parmi les insurgés de la Vendée, et la mort des chefs finit par le mettre en évidence : il succéda à Suzannet et veilla longtemps par la suite aux intérêts de vétérans vendéens, lorsque quelques subsides furent destinés à soulager leur misère. La Restauration lui permit de réintégrer l'armée, avec le grade de colonel, alors que tant d'officiers étaient rayés des effectifs et réduits à une demi-solde. On lui confia la Légion du Jura, dont les casernements successifs l'emmenèrent en Alsace. Il y fut inspecté par une vieille connaissance de l'armée autrichienne, mariée, qui plus est, à une Reuss : c'était le prince de Hohenlohe, passé au service de la France et que Louis XVIII devait naturaliser. Comment s'étonner alors que Léon de Mornac obtint la croix de l'ordre du Phénix de Hohenlohe avant même celle de la Légion d'Honneur ? Le commandement de la Légion du Jura nous vaut encore un bon dossier sur son administration, les besoins en hommes, la notation des officiers, l'organisation d'une école d'enseignement mutuel pour la troupe, à l'image de ce que l'on tentait alors de multiplier, pour alphabétiser les enfants en l'absence d'un nombre suffisant d'instituteurs. Léon de Mornac participa enfin à la guerre d'Espagne et, trop occupé pour écrire à sa femme aussi régulièrement qu'il le souhaitait, il en chargea un officier, ami de la famille, Frigière de Brus.

    Des lettres d'un certain nombre d'autres officiers témoignent de l'attachement conservé à leur " cher colonel ", et de la protection qu'ils en escomptaient aussi. Car si Léon de Mornac quitta le service actif à 40 ans, ce fut pour entamer une carrière politique. Nommé président du collège électoral en 1827 - ce qui nous vaut quelques instructions officielles sur la façon d'éclairer les électeurs sur les voeux du gouvernement -, il fut aussitôt élu député. Quelques notes illustrent son action politique, qu'il ne souhaitait pas prolonger au-delà de cette législature. Il ne manquait pourtant pas d'initiatives. En 1816 déjà, il avait écrit au ministre des finances, au nom des émigrés, pour attirer son attention sur les créances antérieures à la Révolution qu'on leur demandait d'honorer, alors qu'une part de leurs biens avait été vendue par l'État. On sait que c'était la difficulté face à laquelle se débattait son père. Lui-même suggérait au ministre que l'État se substituât aux émigrés. Le dépouillement de la correspondance privée dévoilera peut-être d'autres centres d'intérêt ou domaines d'action de Léon de Mornac. Il subsiste en tout cas de nombreuses lettres sollicitant son appui, essentiellement au cours du printemps 1829, ainsi que ses interventions en conséquence. C'est en effet au député que l'on s'adressait pour obtenir un appui dans les bureaux, en vue d'une nomination ou d'une promotion, qu'il s'agît de l'administration des finances ou de celles des Postes, de la magistrature ou de l'Armée. C'est encore par son canal qu'un libraire tenta d'obtenir le droit d'ouvrir un nouveau magasin à Bourbon-Vendée, que les habitants de cette ville cherchèrent à éloigner le cauchemar de la fermeture de leur caserne, ou que la paroisse de Beaufou réclama des tableaux et des vases sacrés. Aux lettres déférentes, souvent personnelles et bien tournées des quémandeurs, répondaient celles des ministères, favorables ou, selon le cas, pleines de regrets et de consolations dilatoires, mais tout aussi bien tournées dans la façon d'éviter un mot désobligeant pouvant faire croire à une opposition.


    Les Mornac, marquis de La Chaize-le-Vicomte :
    Mornac est une seigneurie de Saintonge où résidait toujours une branche de la famille de ce nom au XIXe siècle. Celle-ci avait cependant acquis au siècle précédent une assise en Poitou, le marquisat de La Chaize-le-Vicomte et le château de Badiole (au Bourg-sous-la-Roche), et elle tâchait de se faire reconnaître les honneurs y afférant. Du moins était-ce l'attitude de son homme d'affaires sur place, telle que la révèle une lettre de 1726, alors que venait de mourir le comte, à Mornac. Le curé de La Chaize-le-Vicomte avait en effet refusé de faire sonner le glas huit jours durant, à proportion du rang du défunt. Le même avait déjà " refusé le goupillon à Monsieur le Comte ", lors de l'une de ses visites, le privant d'un honneur qui le distinguait à l'église, devant les paroissiens ses féaux. Mais peut-être ces droits honorifiques n'étaient-ils pas bien assurés : ce type de conflit assez fréquent témoigne d'une certaine résistance du clergé ou des paroissiens.

    Les Mornac se voulaient les successeurs de la famille de Saligné, et ils veillèrent pieusement au transfert solennel de leurs cendres, en 1824. Le marquisat leur offrait en effet ressources et dignité, au point même d'avoir suscité des convoitises dans la famille. Ainsi à la mort d'un comte de Mornac, sa veuve, en 1760 avertit le conseil de famille, chargé de nommer parmi ses membres un curateur à ses enfants, qu'il ne fallait pas retenir le marquis d'Orvault, sans doute en bonne voie pour être désigné, mais qui poursuivait des intérêts contraires aux leurs sur les seigneuries de La Chaize-le-Vicomte et de Badiole.

    Il est un autre témoignage de l'intérêt des ressources de la seigneurie, c'est le soin que l'on portait à ses archives. Il en subsiste un inventaire détaillé de 1791. Enfin, en janvier 1792, le comte de Mornac fit dire à son homme d'affaires, résidant au château, qu'il s'attendait à ce qu'on y portât le feu, et il lui enjoignait d'en mettre les archives à l'abri - dernière mention avant leur probable disparition. Il prévoyait le pire et paraissait à mille lieues d'imaginer que la Vendée se soulèverait quatorze mois plus tard.

    Était-ce par méfiance ? Le comte, qui résidait alors à Paris, n'écrivit pas lui-même, mais il avait dépêché un homme de confiance pour instruire sa belle-soeur, Victoire Leroux, de ses intentions, et la prier de veiller à leur exécution. Il réclamait qu'on lui portât au plus vite tous les fonds dont il pouvait disposer, car il s'apprêtait à partir en voyage, c'est-à-dire par euphémisme, à émigrer. Quelques précieux papiers nous offrent de rares jalons de cet exil. Une obligation datée d'Ostende, l'engagement de bijoux de la comtesse en mars 1794, une location à Maëstricht en avril et juillet 1794, deux billets promettant de rembourser après le retour d'émigration une demoiselle qui approvisionnait la famille à Wick, en juin et juillet 1794, enfin la vente de l'argenterie et de la batterie de cuisine de la comtesse en 1795. La proscription n'était pourtant pas encore achevée, ni en temps ni en lieu : un compte de dépense situe en effet le voyage de retour en avril 1802 seulement, et depuis Erlangen, en Bavière, une ville fondée deux siècles plus tôt pour accueillir déjà des fugitifs français, des Huguenots.

    L'émigration avait aussi été une spoliation. Quelques papiers témoignent des efforts du comte pour récupérer ce qui n'avait pas été vendu comme bien national, mais il se pourrait qu'il connût une certaine gêne. Aussi songea-t-il, en 1811, à rompre la communauté de biens qui rendait sa femme solidaire de ses dettes. Des créanciers cherchaient en effet à lui faire honorer des dettes antérieures à la Révolution, vieilles de plus de 20 ans, et ils ne le lâchaient pas. Quinze ans plus tard, en 1826, ils revinrent encore à la charge, au prétexte que l'indemnisation enfin accordée par l'État, aux émigrés spoliés par la Révolution, rétablissait du même coup leurs créances.

    La partie Mornac de ces papiers comprend encore une grosse liasse de correspondance reçue par la femme de Léon, Zoé de Barbeyrac de Saint-Maurice, et divers papiers relatifs à la scolarité de ses enfants.


    Leroux de La Corbinière :
    Les archives de Léon de Mornac comportent quelques dossiers provenant de la famille de sa mère, les Leroux de La Corbinière. Ils concernent tout d'abord la châtellenie d'Aubigny, près de La Roche-sur-Yon. Les Leroux possédaient en effet déjà la terre de la Siurenière, sise sur cette paroisse, au moins depuis le début du XVIIe siècle, mais ils semblent s'être intéressés progressivement aussi à la châtellenie. Un acte isolé de 1672, relatif à la ferme de la châtellenie, pourrait ne pas encore les concerner. Le fermier était pourtant un habitant du village du Puy, aux Moutiers-sur-le-Lay, situé assez loin de là vers Mareuil. Or c'est précisément au Puy que se trouve la Corbinière, logis qu'une alliance venait de procurer aux Leroux et où ils déplacèrent leur résidence. La châtellenie appartenait en fait aux Robert de Chaon, avec lesquels les Leroux se sont alliés deux fois au XVIIe siècle. Elle échut enfin à la veuve de René Robert, Marie-Claude de Beynac, remariée à un Joncoux, qui la vendit à Pierre Leroux, à la suite de tractations menées par son beau-frère de Boisvert. Près de cinquante lettres en retracent les péripéties de 1694 à 1713.

    La châtellenie devait procurer bien des soucis. En 1736 encore, des créanciers de la dame de Beynac firent valoir une obligation à titre d'hypothèque sur la châtellenie. Mais déjà auparavant, le fermage des droits et des principales métairies de la châtellenie, accordé plusieurs années durant à un Barbier de La Chambaudière, avait abouti à un contentieux pour dégâts et impayés. Rien n'allait plus par ailleurs. En 1722, le subdélégué de l'intendant, résidant aux Sables, nommait ce même fermier, à titre conservatoire, garde des revenus d'Aubigny, qu'il mettait sous séquestre à concurrence du montant de la capitation que ne lui avait pas versée Pierre Leroux, et ce en dépit d'une lettre préalable et fort polie de mise en garde.

    Mais peut-être celui-ce se sentait-il vieillir et gérait-il mal ses affaires. Il procéda en effet, cette même année 1722, au partage de ses biens entre ses enfants. Ses hésitations allaient toutefois empoisonner sa famille. Pierre Leroux aurait pourtant dû se souvenir que les successions peuvent donner lieu à d'âpres combats. Lui-même, trente ans plus tôt, avait obtenu que l'on révise la dévolution des biens de la dernière femme de son père, Anne Mestre, et il avait réussi à faire attribuer La Siurenière à son fils Victor, alors que son propre frère l'y habitait et semblait la posséder. Or voilà qu'en 1726, il révoqua le partage auquel il venait de procéder, liguant ainsi quatre de ses enfants contre un gendre, veuf d'une de ses filles. Plusieurs consultations juridiques éclairèrent les droits de chacun. En 1727, la justice le contraignit à revoir le partage de ce qu'il avait eu en communauté avec sa seconde femme, et ordonna aux héritiers de rendre compte de leurs revenus depuis quatre ans. Pierre Le Roux céda enfin tout ce qui lui demeurait alors à son gendre Gazeau de la Brandanière, baron de Champagné, remarié à une Bessay, et se retira chez eux, aux Villattes de Chantonnay, où il s'assura le vivre, le couvert et une pension. C'est pourtant à Léraudière, chez son fils aîné, qu'il mourut en 1733, signe vraisemblable que la famille, réconciliée, avait surmonté cette crise.

    Son fils, Jacques-Pierre Leroux, longtemps appelé M. de La Siurenière avant de pouvoir prendre à son tour le nom de La Corbinière, fixa la famille en un nouveau domicile. Résidant en effet à la Siurenière (paroisse de La Boissière-des-Landes) dans la première moitié du XVIIe siècle, les Leroux avaient ensuite occupé le logis de La Corbinière, au Puy en Les Moutiers-sur-le-Lay. Pierre Leroux avait cependant ordinairement reçu son courrier au château de Beaupuy, à Mouilleron-le-Captif, puis à La Morissière, près de Luçon (Saint-Cyr ?), et il finit par se retirer, on l'a vu, au château des Villattes. Son fils Jacques-Pierre s'installa chez sa femme, Lydie de Kerveno, au château de l'Eraudière, à Poiroux. La Siurenière était occupée par une de ses sœurs, et Aubigny dut passer à ses neveux Gazeau de la Brandanière. Nul papier ne témoigne de l'intérêt éventuel qu'il aurait conservé pour La Corbinière. Il reconstitua en revanche un domaine près de la côte et proche de Poiroux. C'est la seigneurie des Brosses d'Avrillé, qu'il acquit en 1743 d'après Beauchet Filleau, et sans doute des marais, partagés avec M. de L'Audardière, et dont il est parfois question. À cet ensemble s'attache aussi une rente constituée en 1658 en faveur du consistoire de Talmont, par le s. de Garnaud, beau-père de Kerveno, lui-même beau-père de Jacques-Pierre Leroux. Mais lorsqu'on lui en réclama un titre nouveau, ce fut au profit de l'hôpital de Luçon, à qui l'intendant l'avait attribuée en 1685, l'année même de la révocation de l'édit de Nantes, parmi les biens vacants de la religion prétendue réformée.

    Jacques-Pierre mourut en 1759. Sa femme, Lydie de Kerveno, le suivit en 1762. Son testament témoigne de son désarroi, car entre temps était également mort son fils aîné Victor, laissant deux enfants et une femme enceinte. Celle-ci, une Robineau de La Chauvinière, dirigea aussitôt l'Eraudière et maria sa fille aînée, dès ses 19 ans, à Pierre Boscal de Reals de Mornac, en 1779. Cette Robineau était la grand-mère de Léon de Mornac. Veuve très jeune, elle ne semble avoir quitté Léraudière pour Luçon que sous la Révolution. Elle résidait parfois à La Mouée de Chantonnay, où elle avait des fermes, et songea dès l'an VII (1799) à partager ses biens - certains étant du reste sous séquestre. L'avocat qu'elle choisit pour cette délicate opération était Cavoleau, l'ancien bénédictin et dirigeant du département sous la Convention, qui devait se distinguer bientôt comme secrétaire général de la préfecture. Une lettre de lui, en plein Directoire, paraît déjà signer la fin de la Révolution. Le ton, les manières, sont à nouveau ceux de jadis. Encore trois ans, et le gendre et la fille de sa cliente rentreraient d'émigration, et la vie, au milieu des ruines de la Terreur et des décombres de l'ancien temps, reprendrait ses droits. Madame de La Corbinière, alias citoyenne Leroux, vivrait encore dix ans de plus, pour assister au retour de son petit-fils Léon, gentilhomme poitevin d'éducation germanique.

  • Contenu ou introduction

  • Les papiers de Léon Boscal de Réals de Mornac constituent un petit fonds qui nous renseigne sur son étonnante carrière, mais également sur la famille de sa mère, les Leroux de La Corbinière, et qui a comme particularité de réunir un grand nombre de correspondances familiales ou d'affaires, du XVIIe au XIXe siècle.

    Ses papiers, d'abord dispersés, sont entrés aux Archives départementales à trois reprises, en 1934, en 1975 puis en 2003.

  • Communicabilité

  • Libre accès.

  • Modalités de reproduction

  • Reproduction des originaux non numérisés sur autorisation du personnel de la salle.

  • Sources complémentaires

  • Aux Archives de la Vendée

    Léon Boscal de Réals, comte de Mornac, "Journal de ma vie" (42 p.) suivi du "Précis historique sur la guerre de Vendée depuis le 15 mai jusqu'au 1er octobre 1815, par un témoin oculaire" (28 ff.) - Coll. privée, complet (1Mi 178)

  • Bibliographie

  • Articles de Léon Audé parus dans l'Annuaire de la Société d'émulation de la Vendée sous les titres "Famille de Saligné", 1857, p. 195-216 et "Le Comte de Mornac", 1858, p. 231-234.