Les archives de la Vendée

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Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou Inventaire complet (pdf)

  • Contenu ou introduction :

  • 2019 : seule la 2ème édition du Dictionnaire est actuellement proposée en ligne.

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    En faisant l’histoire du dictionnaire des familles du Poitou, ou plutôt des dictionnaires Beauchet-Filleau puisqu’il en existe deux éditions, on aborde du même coup l’histoire d’une famille, celle des Filleau et celle des Beauchet qui n’en forment plus qu’une depuis plus de 180 ans, les Beauchet-Filleau. Un même goût pour l’étude s’est transmis de génération en génération et s’est focalisé sur une œuvre, dont il ne faut pas oublier qu’elle a bénéficié aussi de collaborations extérieures. Derrière le Dictionnaire se cachent en effet d’autres publications moins connues, et surtout un cabinet d’érudit et de généalogiste dont la richesse, à force de notes et de fiches accumulées, reste sans pareil pour le Poitou, c’est-à-dire le territoire des départements de la Vienne, de la Vendée, des Deux-Sèvres plus certaines marges des départements limitrophes.

     

    La famille Filleau, originaire d’Orléans, s’est établie en Poitou vers le milieu du XVI siècle. Elle a fourni des générations de gens de robe, avocats et magistrats, juristes distingués mais aussi hommes de lettres et “ antiquaires ”, attachés à l’histoire de leur province. Un Jean Filleau publie les Preuves historiques des litanies de Sainte-Radégonde en 1643, et les Décisions catholiques en 1654. Un autre Jean Filleau est l’auteur d’une Traduction du Don Quichotte de Cervantès en 1678, et Nicolas Filleau des Discours sur les Pensées de Pascal en 1672 et d’une Histoire de saint Louis en deux tomes en 1688. Enfin des Observations sur la coutume de Poitou par Me Jean Lelet sont revues, corrigées et augmentées en 1683 et 1710 encore par un Jean Filleau, avocat du roi au siège présidial de Poitiers, et quelques collaborateurs. C’est dans ce milieu que naquit en 1750 le dernier des Filleau, Henri, qui orienta l’activité érudite de sa famille sur la généalogie. Procureur du roi au présidial de Poitiers, sa charge lui permit de réunir de nombreux documents sur les familles du Poitou, et de constituer le fonds du cabinet de généalogie sur lequel s’appuya plus tard le Dictionnaire. Émigré sous la Révolution, il perdit tous ses biens mais sa femme, Étiennette d’Aligre, réussit à racheter la maison de Poitiers qu’ils habitaient avant leur départ, où subsistait par miracle la totalité de ses archives et de sa bibliothèque, mises de côté par ses gens au grenier. Il commença alors à trier et à classer ses documents, à remplir des registres, à rédiger des notices. Mais, arrêté par des infirmités avant de mourir en 1832, il laissa à son petit-fils Henri Beauchet-Filleau, la charge de terminer et d’éditer l’ouvrage.

     

    Henri Filleau eut deux enfants, Henri, militaire décédé sans alliance en 1819, et Anne, mariée en 1817 à Eugène Beauchet, originaire de Paris. Leur fils unique Eugène-Henri, dit Henri, ajouta à son nom celui de son grand-père, sur sa demande, et poursuivit son œuvre. Avec Charles de Chergé, ami intime de Prosper Mérimée et éminent érudit, qui rédigea un certain nombre de notices et se chargea de toute la partie héraldique, il fit paraître de 1840 à 1854, sous le nom de son grand-père, les deux volumes d’environ 800 pages du Dictionnaire historique, biographique et généalogique des familles de l’ancien Poitou.

     

    Henri Beauchet-Filleau publia par ailleurs un Tableau des émigrés du Poitou en 1845, un Glossaire du patois poitevin en 1864, le Pouillé du diocèse de Poitiers en 1868, un Dictionnaire géographique des Deux-Sèvres en 1874, enfin une Histoire de la ville de Melle en 1890 et auparavant, en 1884, des Recherches historiques sur Chef-Boutonne. Il habitait en effet Chef-Boutonne, où demeure depuis sa famille, et disposait des archives de cet ancien marquisat depuis qu’il avait épousé, en 1842, la petite-fille du sénéchal de l’endroit, Rosalie-Eugénie Gilbert du Deffant.

     

    Cette activité érudite, qui succéda au Dictionnaire, avait sans doute aussi creusé le désir d’en reprendre une édition beaucoup plus fouillée. Ce fut chose faite en 1888 avec un premier volume, puis un second paru avant la mort d’Henri Beauchet-Filleau en 1895. Le travail put toutefois se poursuivre activement, car il s’appuyait depuis longtemps sur la collaboration étroite de trois de ses propres enfants. Deux d’entre eux, moines de la congrégation de France – l’un, Henri-Anselme, de l’abbaye Sainte-Marie-Madeleine de Marseille, l’autre, Georges-Henri, de celle de Ligugé – furent de la race des savants bénédictins et durent fréquenter l’abbaye de Paris, si l’on en juge par la somme considérable d’archives qu’ils dépouillèrent dans la capitale. Ils ont laissé au cabinet familial plus de 250 registres de 300 pages, assortis de minutieux index des noms de personnes. Leur frère Paul Beauchet-Filleau (1856-1931) consacra sa vie au Dictionnaire. Principal rédacteur depuis la disparition de son père, il fit paraître les deux volumes suivants avec l’aide de nombreux érudits poitevins et celle des familles qui prêtaient leurs propres archives, ainsi qu’avec la collaboration – tout au long des quatre premiers tomes – de Maurice de Gouttepagnon pour toute la partie héraldique.

     

    L’édition de ce dictionnaire, comme bien d’autres entreprises de ce type, semblait s’être arrêtée depuis la guerre, en 1915. Pourtant la famille Beauchet-Filleau continuait à transmettre ses compétences de génération en génération. Joseph (1898-1980) y consacra vingt-cinq ans de sa vie, mais en travail désormais solitaire. Son fichier atteignait 150.000 notices lorsqu’il publia le volume 5 en 1963, quarante-huit ans après le précédent, puis le volume 6. Son neveu Michel avait dessiné les blasons, et son frère Henri (1893-1986) réunit encore ses notes pour faire paraître un premier fascicule du volume 7 en 1979. On avait atteint la lettre M avec la famille Mondion.

     

    D’autres publications ont accompagné ce travail. À Henri et Paul sont dus un Tiers-État du Poitou en 1789 et un Clergé du Poitou en 1789, parus en 1888 et 1890, au moment du premier centenaire de la Révolution. Au moment du second, en 1990, Michel publia une Noblesse du Poitou en 1789. Mais les Beauchet-Filleau ont aussi beaucoup produit, en particulier dans la Revue poitevine et saintongeaise, le Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest, celui de la Société de statistique des Deux-Sèvres, dans les Archives historiques du Poitou, la Revue d’Aunis et de Saintonge, etc.

     

    Les deux éditions du Dictionnaire Beauchet-Filleau ne sont que la partie apparente d’un cabinet d’érudit, aujourd’hui déposé pour la plus grande part aux Archives départementales des Deux-Sèvres où il occupe 300 mètres de rayonnage. Les imprimés (la bibliothèque) en occupent le tiers et regroupent 1.500 titres, sans compter les revues. Ils ont été inventoriés et cotés, ce qui n’est pas le cas des archives. Un fichier patronymique renvoyant à l’ensemble du cabinet loge dans cinq commodes en bois blanc, de quatre tiroirs de six cases ; il abrite environ 150.000 fiches portant en moyenne 10 références chacune. Une série de chemises, également classées dans l’ordre des familles, occupe 80 mètres de rayonnage et contient des notes, copies de documents, extraits divers d’intérêt historique et généalogique, prêts à servir à la rédaction des notices du Dictionnaire. La série des registres des frères bénédictins correspond à leurs dépouillements de pièces originales dans des archives et des bibliothèques, et comprend même des relevés de registres paroissiaux. Moins organisées dans leur état actuel, d’autres séries révèlent des richesses méconnues : celle des pièces originales, classée encore par famille ou par paroisse, peut abriter des terriers, ou encore des registres de délibérations. Les archives propres de la famille contiennent celles du marquisat de Chef-Boutonne mais aussi les volumes de plaidoiries de Jean Filleau, avocat au Parlement au XVII siècle. Enfin, outre les manuscrits d’ouvrages édités ou non édités, subsiste une abondante correspondance.

     

    L’origine du cabinet remonte au XVII siècle ; depuis, le Dictionnaire a fait travailler six générations de Beauchet-Filleau, jusqu’à moi qui ne suis qu’un maillon de la chaîne. J’espère que le relais sera pris pour qu’elle ne soit jamais rompue.

     

    Michel Beauchet-Filleau
    (pour l'édition numérique diffusée par la Société d'émulation de la Vendée, 1999)

  • Communicabilité :

  • La collection, entièrement numérisée, est accessible en ligne. Les originaux ne sont donc plus communiqués en salle de lecture.

  • Modalités de reproduction :

  • Reproduction numérique sur demande