• 176 J - Fonds Brethé (1526-2003)

    Ce fonds rassemble les papiers personnels d'Émile Brethé relatifs à sa formation, sa carrière d'enseignant, ses activités associatives et culturelles, ses publications et sa correspondance.

    La seconde partie de ce fonds est composée de papiers de familles, celle d'Émile Brethé et de sa mère, Nathalie Gaultier-Dupairray, et celle de sa première épouse, Marguerite Texier.

    Les collections de manuscrits, imprimés et documents iconographiques (photos, gravures, cartes postales) qu'il a réunies sont présentées dans un autre inventaire en ligne, intitulé "176 J - Collection d'Emile Brethé".

  • 1 Num 430 - Papiers Trichet et Daniau

    Les papiers Trichet et Daniau rassemblent la correspondance de deux frères, Joseph Gabriel et Eusèbe Trichet, et de leur cousin, Arthur Daniau, adressée principalement à Juliette Trichet, respectivement leur soeur et cousine. Un peu plus jeune que ses trois correspondants, Juliette Trichet est née en 1898, également à La Chapelle-Hermier, où elle est couturière ; elle épousera après la guerre, en octobre 1919, Fernand Thomas, un camarade de ses deux frères (voir la notice de Fernand Marius Auguste Thomas dans le Dictionnaire des Vendéens).
    La correspondance est surtout constituée de cartes postales, mais on trouvera aussi des lettres envoyées par Joseph Gabriel et Eusèbe Trichet à leurs parents. Leur père, Emmanuel, devient en janvier 1917 maire de La Chapelle-Hermier et c'est, dans cette fonction, qu'il apprend la mort de son second fils en mars 1918.
    Appartenant aux classes 1915 et 1916, Joseph Gabriel, Eusèbe Trichet et Arthur Daniau ont en commun d'être incorporés alors que la guerre est déjà déclarée. De ce fait, ils suivent une courte instruction militaire de quelques mois avant d'être envoyés dans la zone armée. On peut ainsi suivre en parallèle leurs premières impressions de la vie militaire dans les casernes de Paris, Cholet et Vannes, puis en première ligne. Leurs tempéraments se révèlent alors assez différents. Joseph Gabriel et Eusèbe Trichet s'attachent à décrire leur nouvel équipement, tandis qu'Arthur Daniau insiste davantage sur la dureté de ce nouveau " métier " (1 Num 430/10, vue 8).
    Au fil des lettres, le caractère des deux frères Trichet se confirme comme étant plus fort que celui de leur cousin. Avant son départ au front, Joseph Gabriel n'hésite pas à projeter un aller-retour en Vendée alors qu'il ne dispose pas de permission (1 Num 430/1, vues 17-20). Quant à son frère, Eusèbe, il se fait souvent critique dans ses observations : les routes sont dans un état " pitoyable " (1 Num 430/6, vue 38), l'eau est imbuvable (vue 42), la " nourriture très faible " (vue 81), son mécontentement s'affirme quand il ne peut pas assister à la messe dominicale (vue 81) et est à son comble au début de l'année 1918 : " Qu'est-ce qu'ils attendent pour accepter la paix ? Qu'une seule chose, c'est que nous soyons vraiment tous perdus " (vue 122).
    La foi réunit les deux familles, et les deux frères Trichet s'en remettent souvent à la grâce de Dieu : " si le Bon Dieu me fait la grâce de retourner au pays ", écrit Joseph Gabriel en juin 1915 (1 Num 430/1, vue 34), et son frère Eusèbe à Verdun en juillet 1916 : " je prie souvent le Bon Dieu et la Ste Vierge de me préserver des dangers " (1 Num 430/6, vue 48). Ils ne manquent pas non plus d'évoquer, comme leur cousin Arthur, la fête de la nativité de la Vierge célébrée le 8 septembre par un pèlerinage à Notre-Dame de Garreau, dans leur commune natale (1 Num 430/7, vue 2 et 1 Num 430/10, vue 34).
    Leurs correspondances fournissent quelques détails sur les emplois du temps dans les tranchées et sur des batailles. Dans la Somme en avril 1916, Arthur Daniau explique l'alternance des journées passées en première et en seconde lignes : " je suis en 1ère ligne depuis 3 jours. Dans 2 jours, on va en 2e ligne pour 5 jours, ensuite 5 jours en 1ère et c'est le truc qu'on fait depuis 2 mois " (1 Num 430/10, vue 28). De son côté, Joseph Gabriel Trichet précise son travail nocturne : " nous allons toutes les nuits en premières lignes travailler, nous partons le soir à 7h et nous retournons à 6h " (1 Num 430/1, vue 52). On sait également qu'il participe aux premières semaines de la bataille de la Somme déclenchées le 1er juillet 1916 (1 Num 430/1, vue 57), tandis qu'au même moment, son frère Eusèbe est engagé dans la " fournaise " de Verdun (1 Num 430/6, vue 48).

  • 1 Num 429 - Correspondance d'Alphonse Paillat (1914-1915)

    Le fonds est constitué de la correspondance envoyée par Alphonse Paillat à sa femme Angélina du 21 septembre 1914 au 6 octobre 1915, date de sa dernière lettre, écrite trois jours avant son décès. La correspondance, composée de 179 lettres auxquelles s'ajoutent 6 cartes postales, est quasiment complète, Alphonse ayant pris bien soin de numéroter ses courriers. Les échanges sont relativement soutenus, Alphonse écrit tous les deux jours, ce qui permet de suivre très clairement son parcours militaire, mais aussi de rentrer dans l'intimité de son couple. Marié depuis 4 ans avec Angélina, ils ont un petit garçon André et s'apprêtent à accueillir un deuxième enfant. Cette correspondance est un témoignage poignant d'un homme happé par la guerre et conscient à demi-mot que l'issue sera tragique.

    Les lettres d'Alphonse sont relativement longues et bien écrites. Il commence toujours en faisant un récapitulatif des lettres reçues, puis évoque sa santé et celle de sa famille, élément bien évidemment récurrent. Il continue en questionnant sa femme qui lui répond en le tenant au courant des nouvelles du pays, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Cela ne le choque pas, bien conscient qu'à l'arrière aussi les temps sont difficiles. De son côté, il reste franc avec sa femme : " je suis en danger, il est vrai, mais il le faut ; il faut imposer une barrière aux boches et même plus " (13/01/15).

    Sa famille est le sujet principal de sa correspondance. Alphonse qui devient père d'une petite fille au moment de sa mobilisation, est profondément attaché aux siens. La séparation si douloureuse soit-elle, est rendue nécessaire pour l'avenir de ses enfants " Cette guerre est terrible il est vrai, mais il faut que ce soit la dernière, il ne faut pas que plus tard vous soyez obligés de recommencer chers petits " (03/02/15).

    Sa femme s'inquiète continuellement pour lui, Alphonse se montre alors doux, sentimental et très attentionné : " ma petite femme aimée ", " ma bonne chérie ", " mon Angélina chérie ", " mon petit loup chéri "… Les rapports au sein du couple sont égaux et ouverts ; Alphonse lui demande toujours son avis sur une situation ou un problème " j'espère que tu accepteras. Dis le moi sur ta prochaine lettre " (15/03/15). Son amour pour sa femme est tel que parfois, il s'inquiète davantage pour elle que pour lui dans les tranchées. Il n'hésite pas à lui prodiguer des conseils afin qu'elle se repose et qu'elle s'occupe au mieux des enfants : " je suis inquiet de toi, tu me sembles bien fatiguée ; ne te néglige pas je t'en supplie encore une fois " (03/01/15). Il veut que sa femme se soigne et prenne du fortifiant, le répétant dans plusieurs de ses lettres (05 et 19/07/15). Il l'encourage à être forte au cas où il lui arriverait malheur.

    Alphonse voue également une très grande affection à ses enfants, son fils André et sa fille Renée, qu'il surnomme " dédé ", " nenée " ou " mes petits mignons ". Il questionne sans cesse Angélina sur les évolutions et les progrès de chacun. Malgré l'éloignement, il essaye d'être présent dans l'éducation de ses enfants et lui demande d'être plus sévère avec André qui en grandissant, fait quelques bêtises (03/05/15).

    Alphonse est donc un mari et un père aimant, mais c'est aussi un fils unique qui tente de veiller à distance sur ses vieux parents. Avec la guerre, Angélina s'est rapprochée d'eux à la demande de son mari. Elle leur voue un attachement indéniable, ce qui rassure Alphonse. Son père, tisserand, n'a plus d'activité, il travaille de temps à autre à la gare de Monsireigne, mais l'emploi reste précaire. Il est heureux d'apprendre le 3 mai 1915 que son père a trouvé un travail dans une carrière toute proche du domicile, où il ne manquera pas de besogne.

    Alphonse est très soucieux par rapport aux finances de la famille, craignant que celle-ci soit dans le besoin. Il n'hésite pas à se sacrifier : " je n'ai point besoin d'argent pour le moment, aussi ma petite, je te défends de m'en envoyer sans que je te le dise. Obéis-moi et tu me feras bien plaisir. Vous en avez plus besoin que moi " (07/01/15). L'avenir incertain et son possible non-retour au foyer, l'obligent à veiller en permanence à cet aspect primordial.

    La guerre, quant à elle, est finalement peu évoquée. Lorsqu'Alphonse en parle, il est convaincu de son bien-fondé et de sa nécessité. Il déteste profondément les Allemands responsables de cette situation dramatique, et considère la guerre comme une tâche sacrée (05/07/15). Il a une grande confiance dans les dirigeants français, et ne critique jamais les décisions prises. Il donne toujours des nouvelles positives du front où la progression est toujours en leur faveur " nos canons tonnent incessamment […] aussi nous progressons sur plusieurs points. " (03/01/15), " nous leur flanquons la pile dans l'Est en ce moment et nos alliés les Russes également " (05/03/15).

    Outre cette correspondance adressée à sa femme, il écrit parfois des cartes postales directement à ses enfants. S'ajoutent aux lettres, la fiche diagnostic de ses blessures, une revue " Les cahiers des régiments fontenaisiens ", des photographies et un cahier de chansons datant de son service militaire (1907-1909).

  • 1 Num 410 - Carnets de guerre de Félix Braud (1914-1917)

    Félix Braud rédige son journal de guerre sur 11 petits carnets (14x9 cm), de 1914 à 1917. L'année 1918 est manquante, aussi peut-on se demander si les carnets suivants ont été perdus ou s'il a simplement cessé d'écrire. Son récit, entre le carnet de guerre et le journal intime, est pour lui, une parenthèse réconfortante dans le tourbillon de la guerre : " La guerre est une affreuse chose et les spectacles horribles, vus, lus ou entendus chaque jour s'effacent comme par enchantement au souvenir de vos charmants visages. "

    Ses deux premiers carnets sont bien tenus (presque au jour le jour), très rédigés et bien remplis. Les suivants sont plus courts et aérés, avec des notes prises à la volée. Il écrit seulement quand un fait marquant s'est produit ; sur certaines journées, il commente heure par heure les événements qui se déroulent (2e carnet, vue 58). Il ajoute fréquemment avec un autre stylo, des annotations qui viennent compléter le récit initial. Un nouveau carnet est repris généralement après une permission ou une nouvelle année.

    L'écriture est un moment de répit qui lui permet de prendre du recul, de noter ses réflexions, ses interrogations et de mettre des mots sur ce qu'il vit. N'étant pas en première ligne, il sait finalement peu de choses sur les opérations militaires, mais très observateur, il commente régulièrement les mouvements des bataillons (2e carnet, vues 57-58). Il suit les évènements à distance, entendant la canonnade au loin et supposant telles ou telles attaques, menées ou subies.

    Félix décrit principalement son métier de vaguemestre et détaille de façon précise ses tournées : l'infirmerie, les différentes compagnies, le poste de secours et le poste de commandement (2e carnet, vues 77-78). Son service postal (SP) se compose de quatre hommes nommés Richou, Blanchard, Romeuf et Lort, qui se répartissent les secteurs à distribuer (4e carnet, vues 16-17). Ses carnets contiennent des laissez-passer nécessaires à ses tournées (5e, 6e, 7e carnets).

    Outre son travail et son état d'esprit journalier, il évoque souvent la météo, la canonnade continuelle, les cérémonies militaires auxquelles il participe, les attaques subies, et aime raconter de façon plus légère l'histoire et l'architecture des villes traversées : Saint-Leu-Taverny (aujourd'hui Taverny et Saint-Leu-la-Forêt) (1er carnet, vues 12-17), Compiègne (8e carnet, vues 21-23), Bergues et son superbe beffroi (10e carnet, vues 24-25).

    Au cours de ses tournées postales, il prend le temps d'admirer le paysage et malgré la guerre, reste sensible à un beau coucher de soleil ou à un beau paysage. Réfléchi et humain, il se pose énormément de questions quant à l'origine et à l'utilité de la guerre : " Pourquoi faut-il que par un si beau jour d'automne les hommes s'entretuent ? Est-ce pour cela que Dieu nous a mis sur la Terre ? Quelles responsabilités écrasantes encourent les hommes coupables d'avoir déchainé le terrible fléau dont souffre à l'heure actuelle le monde civilisé ? " (2e carnet, vue 78 et 6e carnet, vues 21-22). Pratiquant, Félix signale les occasions où il a pu se rendre à la messe.

    Des photographies, des papiers personnels de Félix et des papiers militaires concernant le 72e régiment territorial d'infanterie complètent le fonds.

  • Archives de Salidieu (1374-1632)

    Archives seigneuriales de Salidieu (titres, assises et pièces familiales)

  • Sélection Gallica sur le thème de la guerre de Vendée

    Gallica est une bibliothèque numérique, encyclopédique et raisonnée, consultable à l'adresse http://gallica.bnf.fr/

    Elle offre accès à tous types de supports : imprimés (monographies, périodiques et presse) en mode image et en mode texte, manuscrits, documents sonores, documents iconographiques, cartes et plans. Elle se définit comme le portail d'accès aux collections numériques françaises. A ce titre, Gallica donne accès :
    - aux collections libres de droits, ou dont les droits ont été négociés avec les ayants droit, numérisées par la Bibliothèque nationale de France ;
    - aux collections des partenaires publics (bibliothèques, centres de recherches...) sélectionnées pour leur complémentarité scientifique et leur compatibilité technique avec les collections de la BNF.

    Vous trouverez notamment dans Gallica, une sélection d'ouvrages et d'articles sur les guerres de Vendée et beaucoup d'autres documents représentatifs de l'histoire et de la littérature vendéenne. Cet ensemble forme une bibliothèque de base du chercheur en histoire locale, en ce qui concerne les ouvrages libres de droit, principalement la production des érudits du XIXe siècle. Il nous a semblé qu'une liste de ces publications pourrait rendre service aux chercheurs, en complément des ressources numérisées, issues ou non des collections patrimoniales des Archives de la Vendée, proposées sur notre site.

    La "Revue du souvenir vendéen" a initié avant nous ce travail de repérage entre 2006 et 2008 (n° 234, 238, 240, 242 et 245). Nous nous sommes appuyés sur cet inventaire que nous avons enrichi de commentaires bibliographiques et de présentations historiques.

  • 1Num416 - Correspondance et photographies de Gabriel Turquet (1916-1918)

    Le fonds est constitué de la correspondance envoyée par Gabriel Turquet à ses parents, du 4 mai 1917 au 12 novembre 1918, soit 398 lettres, complétée par 317 photographies prises sur le front. La collection sur plaques de verre, paraît toutefois incomplète car il semblerait que Gabriel ait pris davantage de clichés. Disposant d'un appareil Kodak, il remercie souvent ses parents de lui avoir appris la photographie, véritable échappatoire pour lui dans cette guerre. Ses images permettent à ses proches de le suivre dans le conflit : " le bombardement recommence déjà. Enfin nous en sommes cachés par la petite butte que vous connaissez maintenant par les photos " (26 mai 1917).

    Dans quasiment chacune de ses lettres, Gabriel parle de ses photographies et demande régulièrement à ses parents de lui envoyer des pellicules. En retour, son frère se charge de tirer les images, qu'il renvoie aussitôt par colis à Gabriel. Celui-ci reçoit de nombreuses commandes de la part de ses camarades qui apprécient de se faire " tirer le portrait " (25 mai et 9 juillet 1918). Sa collection a une grande valeur à ses yeux : " si on me demandait de vendre ma collection je ne la lâcherais pour aucun prix. J'y tiens beaucoup trop. " (12 août 1918).

    L'ordre chronologique de la correspondance a été respecté. Gabriel écrit quasiment tous les jours à ses parents et lorsqu'il est dans l'impossibilité de le faire, il griffonne quelques mots pour les rassurer : " demain une lettre plus longue " ou " Déménagement. Bons baisers. A demain une bonne lettre ". Ses parents font de même et lorsque les courriers n'arrivent pas, Gabriel se sent très triste : " Encore aujourd'hui une véritable journée de printemps, mais pour le petit cœur de Gabriel ce n'est pas une journée de printemps, pas de lettres. " (9 mars 1918).
    Ses lettres sont longues et explicites ; il raconte ses journées en donnant beaucoup de détails, en revanche il parle peu de sa santé sauf quand il lui arrive un problème : " j'ai eu mal à la tête " ou " j'ai perdu connaissance à cause des gaz ". Il préfère raconter sa vie quotidienne et utilise des guillemets et des points d'exclamation pour rendre son discours plus vivant. Par sa jeunesse, il semble insouciant, mêlant humour et blagues : " non ce n'est pas une guerre de position mais bien une guerre de déménagement " ou " ce matin, la charcuterie boche est en grande quantité bien haute devant nous (vous devinez que je veux dire les saucisses ballons observatoires) ". Il a très souvent des anecdotes à raconter qui dédramatise sa correspondance (9 juillet 1917). A la fin de ses lettres, il prend des nouvelles de la famille, passant tout le monde en revue. Il conseille à ses parents de se reposer et de prendre soin d'eux ; il félicite son frère pour ses études et aime se remémorer leurs balades à bicyclette en Bretagne et en Vendée.
    La religion tient une part importante dans sa vie et il essaye d'aller à la messe dès qu'il le peut. Lorsqu'il se trouve dans des secteurs difficiles, il demande toujours à ses parents et à son frère de prier pour lui.

    Gabriel ne cache pas la réalité de la guerre à ses proches et raconte facilement les combats et les engagements auxquels il participe. En revanche, n'étant pas autorisé à donner des indications géographiques, il utilise de l'encre invisible pour dissimuler les lieux où il se trouve (11 juin 1917). Il apprend également la sténographie (2 juillet 1917), toujours pour cette même raison (9 juillet 1917 et 22 janvier 1918). Gabriel aime être au front et ne supporte pas de rester à l'arrière, où il se considère comme un embusqué : " moi je trouve que le front est assez intéressant et même je trouve la vie au front agréable […] la vie d'aventure à un certain point intéressant mais il y a aussi le danger " (1 octobre 1917).
    En 1917, il est plutôt optimiste quant à la situation générale, précisant que les Allemands échouent à chaque tentative d'attaque et ne comprenant pas pourquoi ils insistent autant dans cette guerre : " ils peuvent se plaindre mais pourtant pour eux ce serait si simple d'en finir, ils n'auraient qu'à f… le camp de chez nous " (16 juillet 1917), ou bien " il y a bien des choses que je ne puis vous dire dans une lettre, mais qui nous prouvent bien que nous sommes les plus forts " (30 juillet 1917). L'année suivante, son discours n'est plus tout à fait le même ; les combats deviennent plus acharnés et violents, ce qui l'incite à davantage de retenue et d'inquiétude.

    Le fonds se compose de trois parties : les portraits de Gabriel, sa correspondance et les photographies associées et enfin, ses autres clichés classés par thème.

  • 1 T - Instruction publique. - Fonds de l'inspection académique, des écoles normales et des établissements scolaires

    Ponctué par de grandes lois scolaires, le XIXe siècle pose les bases de l'organisation actuelle de l'enseignement en France. Le réseau d'écoles primaires communales se structure petit à petit, les établissements d'enseignement secondaire s'affirment et se stabilisent au fil du siècle, le tout encouragé et contrôlé par l'Etat, le ministère chargé de l'instruction publique et leurs relais locaux respectifs : le préfet et l'inspecteur d'académie (à partir de 1850).


    L'une des spécificités de la Vendée est la place majeure occupée dans l'instruction publique par les congrégations religieuses, notamment dans l'enseignement primaire des filles, y compris avant la loi du 10 avril 1867 qui impose l'ouverture d'écoles communales de filles. En 1900, la moitié des filles de plus de 6 ans fréquentent des écoles privées - les deux sexes confondus, plus d'un tiers des enfants du primaire sont alors scolarisés dans l'enseignement privé. L'enseignement est par conséquent l'un des lieux où s'expriment les tensions très vives entre population, communes et Etat à la toute fin du XIXe et au début du XXe siècle. L'impact de la loi de 1886 qui laïcise le personnel enseignant communal concerne principalement les écoles de filles : dans de nombreuses communes, l'école privée de filles tenait lieu d'école communale. Les constructions et les déclarations d'ouverture d'écoles privées suivent presque immédiatement les fermetures d'établissements laïcisés ; certaines écoles publiques peinent à conserver leurs effectifs, voire sont par endroits désertées ; des tensions entre écoles et Eglise se nouent, notamment autour des heures de catéchisme et des cérémonies religieuses. La politique du diocèse et des congrégations religieuses, sous la houlette de Mgr Catteau (1877-1915), favorise quant à elle la création et le maintien d'un réseau d'écoles privées légales, tant dans l'enseignement primaire que secondaire et technique, et ce malgré le contexte législatif qui restreint puis impose, sous peine d'interdiction d'enseigner, la sécularisation aux enseignants religieux. La baisse des effectifs de l'enseignement privé, causée par les lois scolaires de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, ne sera que brève ; l'enseignement privé dépassera rapidement sa position antérieure, devenant par la suite nettement et durablement majoritaire chez les filles comme chez les garçons.



    PANORAMA DES PRINCIPAUX TEXTES LÉGISLATIFS SCOLAIRES


    - Le décret du 3 brumaire an IV définit les trois degrés de l'enseignement (primaire, secondaire et spécial) et parachève l'organisation des écoles centrales, créées au chef-lieu de département (décret du 7 ventôse an III ).

    - La loi du 11 floréal an X confirme les trois degrés de l'enseignement et précise les modalités de fonctionnement des établissements scolaires (écoles primaires, secondaires et lycées entretenus par l'Etat) : traitement des instituteurs, matières enseignées, surveillance de l'instruction, etc.

    - La loi du 17 mars 1808 et le décret du 17 mars 1808 organisent l'Université impériale, corps chargé de l'enseignement public dans l'Empire ; l'institution sera progressivement remplacée sous la monarchie par un ministère en charge de l'Instruction publique.

    - L'ordonnance du 29 février 1816 oblige les communes à pouvoir à l'instruction des enfants. Des comités gratuits et de charité, composés notamment du sous-préfet, du juge de paix et de notables locaux sous la présidence du curé, sont mis en place au niveau des cantons afin de surveiller l'enseignement religieux et moral. Les instituteurs doivent désormais être titulaire d'un brevet de capacité délivré par le recteur et présentés au comité cantonal.

    - La loi du 28 juin 1833, dite loi Guizot, impose aux communes de plus de 500 habitants l'entretien d'une école primaire élémentaire de garçons. Une école primaire supérieure doit être mise en place par celles de plus de 6000 habitants. Les écoles sont désormais contrôlées au niveau communal par un comité local de surveillance au sein duquel siègent le maire, le curé ou le pasteur et des notables de la commune.

    - La loi du 15 mars 1850, dite loi Falloux, renforce la loi du 28 juin 1833 en imposant l'entretien d'une école de filles dans les communes de plus de 800 habitants. Elle met surtout en place des dispositions favorisant l'ouverture d'écoles privées, qui sont requalifiées "écoles libres". Le comité local de surveillance est maintenu. Une académie est créée par département, ainsi qu'un conseil académique (transformé en conseil départemental de l'instruction publique par la loi suivante) composé de membres de la préfecture, de l'inspection académique, de l'évêché et du conseil général.

    - La loi du 14 juin 1854, dite loi Fortoul, revient sur l'organisation des académies qui regroupent désormais plusieurs départements. Un inspecteur d'académie est nommé par département ; il est vice-président du Conseil départemental de l'instruction publique, présidé par le préfet.

    - La loi du 10 avril 1867, dite loi Duruy, oblige les communes de plus de 500 habitants à entretenir une école de filles. Des caisses des écoles peuvent être créées par le conseil municipal afin d'apporter des secours aux élèves indigents. Toutes les écoles publiques, y compris celles libres tenant lieu d'école publique ou bénéficiant d'une subvention de l'Etat, sont soumises à l'inspection académique. Enfin, la loi s'attarde à préciser les conditions de salaire des instituteurs et institutrices.

    - Les lois des 16 juin 1881 et 28 mars 1882, dites lois Ferry, instaurent l'enseignement primaire public, gratuit et obligatoire de 6 à 13 ans. L'instruction religieuse n'a plus cours dans les écoles publiques, et devient facultative dans les écoles privées ; les dispositions de la loi de 1850 donnant aux ministres des cultes un droit d'inspection et de surveillance sont abrogées. Une commission scolaire doit être mise en place dans chaque commune afin de surveiller et d'encourager la fréquentation des écoles.

    - La loi du 30 octobre 1886, dite loi Goblet, définit l'organisation de l'enseignement primaire, depuis les écoles maternelles jusqu'aux classes primaires supérieures et cours complémentaires, les conditions requises pour y enseigner et le rôle des commissions scolaires et du conseil départemental (désormais chargé uniquement de l'enseignement primaire, et qui remplace celui de l'instruction publique). Cette loi assoit par ailleurs le rôle des inspections académiques et précise que l'enseignement dans les écoles publiques sera exclusivement confié à un personnel laïc

    - En janvier 1902, le Conseil d'Etat soumet toute ouverture d'école où enseignent des congréganistes à l'obtention d'une autorisation préalable.

    - La loi du 7 juillet 1904 interdit l'enseignement aux congrégations religieuses : les enseignants doivent se séculariser ou cesser d'enseigner.


    La sous-série 1 T des Archives départementales consacrée à l'enseignement est constituée des fonds de quatre ensembles de producteurs différents : la préfecture (articles 1 T 1225 à 1 T 2155), l'inspection académique (articles 1 T 1 à 1 T 745), les écoles normales d'instituteurs et d'institutrices (articles 1 T 746 à 1 T 923) et les établissements scolaires (articles 1 T 924 à 1 T 1224).


    Les documents conservés concernent principalement la gestion du personnel (traitement, dossiers de personnel) et des écoles primaires. Les archives relatives à l'organisation de l'inspection académique ou des écoles normales sont plus lacunaires, victimes notamment de destructions (incendie de l'école normale de garçons par exemple) ou de perte lors de transferts successifs.



    Ces différents fonds sont extrêmement complémentaires pour toute étude sur l'enseignement. Les deux administrations que sont la préfecture et l'inspection académique jouent un rôle incontournable en matière de question scolaire dans le département (fonctionnement des écoles, personnel, contrôle de l'enseignement privé). A la tête du Conseil départemental de l'instruction publique (1854) siège le préfet, secondé par l'inspecteur d'académie, vice-président. Initialement nommés par le recteur sur proposition des comités cantonaux (1816), puis par les comités d'arrondissement (1833) et enfin par les conseils municipaux sur proposition du conseil académique du département (1850), les instituteurs sont à partir de 1886 nommés par le préfet, sur proposition de l'inspecteur d'académie. Ces interactions entre administration se retrouvent également entre l'inspection académique et les écoles normales : l'inspecteur d'académie est président des conseils d'administration des écoles (1889), procède à l'enregistrement des candidats au concours d'entrée, et préside la commission d'examen. Ces mêmes écoles normales relèvent par ailleurs de l'autorité du préfet et du conseil général au niveau matériel et financier.

  • 9 R et 10 R - Prisonniers de guerre ennemis (1914-1920) et Organismes temporaires du temps de la Première Guerre mondiale (1914-1929).

    Sous-série 9 R :

    Dès 1914, les prisonniers de guerre ennemis sont utilisés comme main-d'oeuvre par les départements et les communes qui en font la demande. Ils sont notamment employés aux travaux des champs pour remplacer les soldats partis au front.
    On trouvera dans cet inventaire les demandes publiques, de sociétés ou de particuliers pour l'emploi d'équipes de prisonniers de guerre, ainsi que la correspondance et les instructions relatives à leur gestion (garde, logement, salaires, etc.)


    Sous-série 10 R :

    Cette sous-série regroupe les fonds d'archives constitués par les différents organismes temporaires qui ont fonctionné durant la Première Guerre mondiale. En effet, les conditions d'occupation du territoire et la durée du conflit ont généré des besoins de réorganisation des services de l'Etat, y compris au niveau départemental. Un certain nombre de services ont ainsi été créés pour une durée et des objectifs déterminés, puis supprimés plus ou moins rapidement après la fin de la guerre.

    Sont donc réunies ici les archives du Service des réfugiés, de l'Office départemental du charbon, de l'Office départemental des céréales, du Comité départemental de répartition du sucre, du Service de l'essence et du pétrole, ainsi que de commissions et comités économiques et agricoles. A côté des papiers de ces services spécifiques du temps de guerre, les archives relatives aux oeuvres de guerre et aux dommages de guerre sont également décrites dans cet inventaire.

    Le Service des réfugiés. Les premiers réfugiés, attendus dans le département au début de septembre 1914, ne sont arrivés que fin octobre. Tout au long de la guerre se sont succédés les convois et, au gré des nouvelles du front, les rapatriements et les départs temporaires. Le Service départemental des réfugiés, dirigé par Pascal Lanco, qui occupe également les fonctions d'archiviste départemental, se compose du Contrôle des réfugiés (organisé par un arrêté préfectoral du 5 novembre 1914) et de la Commission départementale des réfugiés. Il gère l'arrivée et l'accueil des réfugiés, leur logement, leur éventuel emploi et la mobilisation des classes concernées, les secours et aides (qui leur sont accordés ou non par la commission départementale) et enfin leur retour. Le service est supprimé à partir du 1er janvier 1923.

    L'Office départemental du charbon. En avril 1917, la supervision de l'approvisionnement en charbon est d'abord confiée à un groupement de négociants, sous l'égide de la Chambre de commerce et d'industrie du département. Le 30 mai 1917, l'Office départemental du charbon est à son tour créé, afin de contrôler l'activité du groupement charbonnier, et surtout de faciliter l'approvisionnement en charbon de l'industrie, de l'agriculture (pour les campagnes de battages), des foyers domestiques et des administrations. On retrouvera donc dans cet inventaire des documents relatifs aux recensements des besoins, puis à la répartition des produits. Ce service est également supprimé en 1923.

    L'Office départemental des céréales. Institué par arrêté préfectoral du 31 juillet 1917, son rôle est de " surveiller l'exécution des opérations d'achat de céréales, assurer l'approvisionnement des meuneries et boulangeries, surveiller la mouture des céréales panifiables et les livraisons de farines, ainsi que la fabrication et la vente du pain " (10 R 89). Il s'associe également au préfet pour fixer le montant des taxes sur la farine et le pain. Il se compose du Bureau permanent des céréales et du Contrôle des stocks. Un décret du 24 octobre 1918 fait disparaître l'Office départemental au profit de son organe d'exécution, le Bureau permanent, qui, dans la réalité, assurait déjà les prérogatives de l'Office. Placé sous l'autorité de la préfecture, mais bien distinct des autres services départementaux du ravitaillement, il a pour mission de collecter, répartir et distribuer les grains, farines, avoines, produits mélassés et sons. Le Contrôle des stocks agit en amont du Bureau permanent, à qui il fait connaître les disponibilités en céréales. Le Bureau permanent des céréales est liquidé en Vendée courant juillet-août 1923.

    Le Comité départemental de répartition du sucre. Créé le 11 novembre 1916, il a pour mission de procéder à la répartition du sucre auprès des grossistes et des détaillants (eux-mêmes répartiteurs auprès de la population). Ses archives sont constituées, d'une part des dossiers relatifs à l'organisation du service, et d'autre part de ceux concernant l'approvisionnement et la répartition des produits. Ce service disparaît en février 1921.

    Le Service de l'essence et du pétrole. Ce service dépend du Service du ravitaillement général de la population, qui préexiste et perdure au-delà de la guerre et dont les archives sont conservées en sous-série 6 M. L'institution, par un décret du 4 décembre 1917, d'une taxe de 2 francs sur les carnets d'essence, conduit le préfet à nommer un régisseur propre à ce service en mai 1918 (Paul Bression). On retrouve dans cet inventaire les pièces relatives à cette gestion : la comptabilité du service, les enquêtes pour connaître les besoins et l'approvisionnement en essence et pétrole. La circulaire du ministère de l'Agriculture et du Ravitaillement du 21 mai 1919 met fin à ce service à partir du 1er juin.


    Des commissions et des comités économiques et agricoles apparaissent entre 1915 et 1916 en Vendée pour pallier le manque d'ouvriers et aux difficultés d'approvisionnement liés à la mobilisation des hommes sur le front.

    La Commission mixte industrielle composée de patrons et d'ouvriers est créée suite à la circulaire du 5 février 1915. Elle a pour but de favoriser un retour à une vie économique normale par une gestion de la main-d'oeuvre et de l'approvisionnement.
    En parallèle, le décret du 25 octobre 1915 prévoit pour chaque région militaire la création d'un Comité consultatif d'action économique, afin de maintenir et de développer l'activité agricole, industrielle et commerciale pour la durée de la guerre. Un sous-comité par département devait en dépendre avec une mission identique à celle de la commission mixte industrielle déjà existante. Ces deux entités sont fusionnées par circulaire du 4 décembre 1915, la Vendée ayant retenu le nom de sous-comité consultatif d'action économique.

    La Commission départementale de la main d'oeuvre agricole doit centraliser les demandes de main-d'œuvre, puis la répartir entre les communes. Il s'agit d'équipes de militaires, de journaliers agricoles ou encore de prisonniers de guerre ennemis. La commission instruit également les demandes de sursis des spécialistes indispensables à l'exploitation agricole qui sont mobilisés. Elle est créée par la circulaire du 22 décembre 1915, et dissoute le 30 septembre 1919.

    Les Comités communaux d'action agricole sont placés sous l'autorité de la commission de la main-d'oeuvre agricole pour les besoins en main-d'oeuvre militaire et sous celle du sous-comité départemental d'action économique pour le reste. Ils sont créés en février 1916.

    La Commission consultative agricole, établie en Vendée par application de la circulaire du 5 août 1914, sous la présidence du préfet, se réunit pour la première fois le 15 juillet 1915. Elle est chargée de l'étude des questions relatives à l'alimentation de la population civile. En Vendée, l'activité de cette commission est bien développée et plus importante que celle du sous-comité consultatif d'action économique.


    Les oeuvres de guerre. Il s'agit des archives provenant d'associations, autorisées par la préfecture, agissant pour différentes causes autour des réfugiés et des mobilisés. Trois oeuvres sont concernées, ainsi que la Croix-Rouge américaine sur laquelle on conserve quelques documents.

    Le Comité départemental franco-belge s'occupe de l'aide aux réfugiés de la Belgique et des départements envahis. Il agit en étroite collaboration avec le Service des réfugiés.

    Le Comité vendéen d'assistance aux blessés de la tuberculose et de la protection des réformés n°2. Les réformés n°2 sont des soldats dont la maladie ou l'infirmité n'est pas imputable au service. La lutte à grande échelle contre la tuberculose est initiée en France par la Fondation Rockefeller, à partir de 1916. Son action est relayée par des oeuvres françaises à l'échelon national, puis local. Le rôle du Comité vendéen est, d'une part, de recenser les réformés par commune et d'établir des dossiers individuels, et, d'autre part, d'organiser les visites à domicile et la diffusion des règles d'hygiène élémentaire pour éviter la propagation de la maladie. En raison des renseignements à caractère médical insérés dans les dossiers individuels, ceux-ci ne sont pas communicables avant la fin du délai réglementaire (sauf sur dérogation).

    Le Comité départemental de secours aux blessés, aux soldats du front, aux réfugiés et aux prisonniers de guerre. Il agit essentiellement en faveur des soldats du front et des prisonniers de guerre, recevant à la fois des souscriptions en nature et des subventions. Réuni pour la première fois le 14 septembre 1914, le comité est présidé par le préfet et siège à la préfecture.
    Il fusionne, le 1er mars 1920, avec le Comité vendéen d'assistance aux blessés de la tuberculose et de la protection des réformés et avec le Comité départemental franco-belge. La nouvelle institution est dissoute le 1er septembre 1923.


    Les dommages de guerre. Bien qu'éloigné du théâtre des opérations militaires, le département de la Vendée a quand même déposé des demandes de réparation au titre des dommages de guerre. Il s'agit surtout de dossiers relatifs aux pertes de matériel subies par les bateaux de pêche de L'Ile-d'Yeu. Sont réunies sous une unique cote les instructions générales et quelques dossiers individuels établis entre 1920 et 1927.

  • 207 J - Archives de l'Animation Culturelle Luçonnaise (A.C.L.)

    Les archives de l'Animation Culturelle de Luçon sont constituées des bilans et projets annuels, d'articles de presse et de programmes relatant les animations proposées à Luçon, de 1982 à 1991.

  • 1 Num 411 - Correspondance entre Henri Giraudineau et Marie Jaunâtre (1915-1918)

    De la correspondance échangée pendant la Première Guerre mondiale entre Henri Giraudineau et Marie Jaunâtre, 86 cartes postales ont été conservées : 59 écrites par Henri et 27 par Marie, entre 1915 et 1918. Au début de leurs échanges épistoliers en mars 1915, Henri et Marie qui se vouvoient jusqu'en 1918, sont âgés respectivement de 29 et 24 ans.

    Henri Giraudineau a été mobilisé au début du conflit. Né en 1885, il fait partie de la classe 1905 (bureau de recrutement de Nantes, numéro matricule 504) et a fait son service militaire au 39e régiment d'artillerie. Rappelé sous les drapeaux le 3 août 1914, il est incorporé au 83e régiment d'artillerie lourde. Le nombre assez réduit de cartes postales écrites depuis le front ne permet pas de suivre l'intégralité de son itinéraire. On sait toutefois qu'il est en première ligne en septembre 1915, dans la Marne près de Valmy, puis qu'il est engagé dans la bataille de Verdun (lettre du 31 mars 1916, 1 Num 411/1). Son parcours au front y prend fin. Plus exactement il quitte, selon son expression, la " fournaise de Verdun " le 8 juin 1916, date de son évacuation. Hospitalisé trois mois à Lyon, il séjourne ensuite à l'hôpital militaire Maison Blanche de Neuilly-sur-Marne (nov. 1916-août 1917), puis à l'hôpital Baur de Nantes (sept. 1917-mars 1918). Henri Giraudineau ne livre pas de détails sur son état de santé dans sa correspondance. On trouvera des renseignements à ce sujet dans sa fiche matricule militaire. Il est réformé, d'abord temporairement le 19 mars 1918, puis définitivement le 20 avril 1920, pour neurasthénie post-traumatique. Qu'il soit au front ou hospitalisé, sa résignation et son fatalisme semblent dominer à l'égard de l'armée : " le métier du front est toujours le même, ça n'avance pas beaucoup " écrit-il le 1er septembre 1915 depuis la Marne (1 Num 411/1), ou bien " j'attends et je laisse les choses venir " le 2 août 1917 depuis l'hôpital militaire Maison Blanche (1 Num 411/4).

    Dans sa correspondance, Henri parle de ses deux frères également mobilisés dès août 1914 : Jean-Marie (classe 1908, Nantes, n°1548) et Aristide (classe 1911, Nantes, n°1148). La consultation de leurs fiches matricules militaires respectives a permis de compléter les informations contenues dans les cartes postales de leur frère. Jean-Marie, blessé le 7 sept. 1914 à Fère Champenoise (Marne), est réformé pour hémiplégie. Il vit depuis chez ses parents, et son état de santé préoccupant est souvent évoqué dans les lettres d'Henri et de Marie. Quand à Aristide, il est au front d'août 1914 à juillet 1918. Il est ensuite réformé pour psychose subaigüe. Une carte écrite à son frère Henri en décembre 1914 est conservée (1 Num 411/7).

    Marie Jaunâtre écrit depuis la Noue (commune de Legé) où elle vit chez ses parents. La tristesse du pays en guerre, l'attente des prochaines permissions d'Henri, la crainte du danger qu'il court au front puis, à partir de son hospitalisation en juin 1916, l'inquiétude sur son état de santé ponctuent ses lettres. Sa foi est partagée avec celle d'Henri. Ses prières sont tournées vers son bien-aimé. L'un et l'autre font référence à Notre-Dame de Fréligné où Marie se rend en pèlerinage (commune de Touvois, Loire-Atlantique, 1 Num 411/1 et 6). On notera aussi que Marie et Henri évoquent souvent les noms de Monsieur le marquis et Madame la marquise de Guer. Leur bienveillance est soulignée ; Jean-Marie, le frère d'Henri, se déplace dans un fauteuil roulant donné par " Madame la marquise " (1 Num 411/1), et Henri reçoit un colis dès son arrivée à l'hôpital Maison Blanche (1 Num 411/4).

    Enfin, la présence sous les drapeaux d'Henri est vécue comme une période de privation de liberté : " vos cartes me rappellent mes jolies jours de liberté " fait savoir Henri (8 août 1916, 1 Num 411/2), et Marie de décrire la situation d'Henri de la façon suivante alors qu'il est à l'hôpital militaire de Neuilly-sur-Marne : " au moins là, rien ne vous manque que votre liberté, mais il vaut mieux être privé de la liberté que d'être au danger " (25 juin 1917, 1 Num 411/10).

  • 1 Num 395 - Correspondance d'Henri Rhein (1914-1918)

    La correspondance qu'Henri Rhein adresse à ses parents couvre toute la durée de la Première Guerre mondiale, du 11 août 1914 au 10 décembre 1918, et est très suivie.

    A la déclaration de la guerre en août 1914, Henri Rhein suit des cours à l'Ecole des Postes de Paris. Le ton de ses premières lettres est patriotique et enthousiaste, mais reflète aussi une inquiétude légitime au sujet de sa famille qui habite non loin de la frontière allemande, à proximité des premières zones de combats (Florimont, dans le Territoire de Belfort). Né en 1895, Henri Rhein fait partie de la classe 1915, il n'est donc pas mobilisé en août 1914, mais exprime le souhait d'être incorporé au plus vite. Pour ce faire, il effectue des démarches afin de passer devant le conseil de révision du département de la Seine, et non devant celui du Territoire de Belfort. Déclaré " bon pour le service armé " le 26 octobre 1914, il choisit l'infanterie et est incorporé au 172e régiment d'infanterie de Belfort. Sa formation militaire dure cinq mois dans les casernes de Belfort et de Valdahon (Doubs), en tant qu'élève-officier de réserve.

    Nommé aspirant au 371e régiment d'infanterie, Henri Rhein est envoyé le 9 mai 1915 sur le front, en Alsace, dans le secteur du Vieil-Armand (Hartmannswillerkopf). Suivra une campagne militaire de plus d'un an en Orient, à Salonique, d'octobre 1915 à décembre 1916, le commandement militaire préférant envoyer loin des lignes allemandes des soldats originaires des régions frontalières. Cette période est marquée par la bataille du Vardar (novembre 1915) et la construction du camp retranché de Salonique. C'est aussi en février 1916 la perte de son statut d'aspirant et un changement de régiment, épisode dont les circonstances ne sont pas précisément connues. Sa campagne en Orient se termine par une blessure au pied en décembre 1916 conduisant à son retour en France.

    Sa convalescence se déroule alors à Nice où il est invité à fêter avec d'autres blessés, le Nouvel An orthodoxe, puis à Besançon (janvier-mars 1917). Il est ensuite affecté à un poste d'instructeur pour les " récupérés ", autrement dit les hommes des classes antérieures qui viennent d'être déclarés " bons pour le service " et donc mobilisables. Il sait que cette période loin du front ne peut durer, et il est rappelé en décembre 1917 pour suivre une formation d'opérateur de TSF au 42e régiment d'infanterie. A partir de juin 1918 et jusqu'à la fin de la guerre, il est sur le front, en Champagne, au 86e régiment d'infanterie comme radio télégraphiste. Cela fait bien longtemps qu'il a abandonné le ton enthousiaste de ses premières lettres pour en adopter un autre beaucoup plus critique vis-à-vis de la censure, du régime des permissions ou des conditions de la vie militaire.

    La fiche matricule militaire d'Henri Rhein fait très vraisemblablement partie des registres du département de la Seine de la classe 1915. On sait que son numéro matricule est le 4714. Toutefois les registres matricules militaires du département de la Seine n'étant pas en ligne à la date de rédaction de l'inventaire (janvier 2014), il n'a pas été possible de la consulter.

  • 1 Num 48 - Fonds Pierre Bart (1914-1921)

    Le fonds Pierre Bart est essentiellement composé de photographies ; il comprend également quelques cartes postales et des dessins. Il couvre la période 1914-1921. Ces documents ont été prêtés pour numérisation aux Archives de la Vendée par son fils, Maurice Bart, en 2002. Ils viennent compléter l'importante correspondance de guerre qu'il a laissée et qui a fait l'objet d'une publication en 2006 dans "Recherches vendéennes".

    Bien que mobilisé dès août 1914, ce n'est qu'à partir du milieu de l'année 1915 que Pierre Bart réalise lui-même ses clichés du front, à l'aide d'un petit appareil-photographique portatif à pellicules de la marque Kodak. Son régiment, le 404e R.I., est alors dans l'Oise.

    Il a plaisir à photographier ses frères d'armes et offre une superbe galerie de portraits ; malheureusement, soldats et officiers, appartenant vraisemblablement aux mêmes régiments que Pierre Bart, n'ont pas tous pu être identifiés.

    Il immortalise également tranchées et abris, plutôt en période d'exercices, et les nombreuses destructions dues aux bombardements. Mais ici pas de scènes sanglantes, seuls les physiques amaigris ou les périodes de convalescence sont là pour rappeler que nous sommes en guerre. Y a t-il eu un choix dans les photographies faisant l'objet de ce prêt ? La présence d'un seul cliché représentant un cadavre dans une tranchée tenderait à le prouver. Celui-ci ne fait d'ailleurs pas partie des photographies diffusées car il n'était pas légendé de manière assez précise.

    Pierre Bart part ensuite en Ukraine et en Russie où il prend sur le vif des scènes de vie et des manifestations. Enfin, la Syrie et le Liban, sous mandat français, sont illustrés de clichés vivants, montrant autochtones et constructions typiques et révélant son attachement à cette région.

    Ces photographies, dont certaines sont légendées, seront disposées en album bien plus tard par Pierre Bart. Inversions de dates et allers-retours fréquents des régiments ont rendu parfois difficile l'identification de certains clichés mais grâce à des recoupements avec sa correspondance -fort utile pour comprendre son parcours militaire-, il a été possible d'y remédier dans la majorité des cas.

  • 1 Num 412 - Carnets de guerre illustrés de Louis Edouard Café (1914-1941)

    Le carnet de guerre écrit par Louis Edouard Café est composé de cinq cahiers couvrant la totalité de la première guerre mondiale et une partie de la seconde (1939-1941). Les quatre premiers volumes, consacrés à la guerre 1914-1918, ont été rédigés postérieurement, à partir de notes rigoureusement "exactes" de toutes ses journées de guerre, notes prises chaque jour dans des conditions très difficiles : " Mon carnet de route n'a qu'un seul but, le souvenir de ces années terribles puis aussi intéresser mes fils afin qu'ils se rendent compte de ce que fut l'endurance et le courage du poilu de France."

    Edouard Café livre un récit extrêmement complet, quasi-journalier, regroupant toutefois certaines périodes présentant peu d'intérêt (permission, cantonnement, repos). Il ne relate que sa vie militaire, évoquant très peu sa vie personnelle.

    Ses cahiers sont illustrés de photographies et de cartes géographiques expliquant et décrivant les opérations militaires, les déplacements de troupes et ses choix tactiques. A partir de l'année 1915, Edouard semble disposer d'un appareil photographique personnel (mais il n'en fait pas mention dans ses écrits). Les nombreux clichés pris sont ajoutés de manière ordonnée dans ses cahiers et complètent visuellement son récit. Nous pouvons y voir : ses camarades officiers, les soldats de sa compagnie (vues 2e et 3e cahiers, au 26 décembre 1915, 1er juillet 1916, 28 juillet et 24 décembre 1917), la vie quotidienne de sa troupe... Il apparaît également très régulièrement, souvent seul ou en compagnie d'autres gradés.

    Se trouvent également dans les cahiers 2 et 3 (période 1916-1918), un grand nombre de photographies aériennes dont l'origine n'est pas spécifiée.

    Une partie du quatrième cahier et le cinquième sont consacrés au début de la seconde guerre mondiale et illustrés de documents et dessins de cette époque.

  • 4O - Dons et legs (an XII-1972)

    La sous-série 4O rassemble les dossiers d'attributions de dons et legs, soumis a priori à l'autorisation administrative préfectorale, consentis par des particuliers au profit de communes, d'établissements publics (hospices, hôpitaux, bureaux de bienfaisance, bibliothèque), de personnels ou d'institutions ecclésiastiques (fabriques paroissiales, communautés religieuses), de sociétés de secours mutuels, d'écoles, d'associations...

    Le dossier se compose généralement de la correspondance et des pièces de procédure (renseignements et acte de décès du donateur ou testateur, expédition notariée, renseignements sur les héritiers, situations financières et délibérations de l'établissement attributaire, arrêté de l'autorité administrative de tutelle...)

    Cette sous-série se divise en 2 parties principales :

    - la première regroupe les dons et legs faits à des destinataires multiples et les dossiers par commune, classés par ordre alphabétique et chronologique.

    - la seconde concerne les dons et legs refusés, ainsi que ceux attribués hors Vendée.

  • 1 Num 159 - Papiers Baubry-Bridonneau (région de Mouchamps, 1752-1815)

    Les 61 pièces sont présentées suivant les alliances qui unissent ces familles. Elles concernent aussi bien les évènements familiaux que la gestion de leurs différents biens. Ces familles sont de confession protestante ; aussi trouvera-t-on un certain nombre d'actes au désert.

  • Carnets de guerre des brancardiers Jules Ardouin et Athanase Carteau (1914-1919)

    Jules Ardouin remplit deux carnets pendant le conflit, et sept carnets rédigés par Athanase Carteau ont été conservés. Chacun avec son style et sa sensibilité, ils racontent la vie quotidienne dans les tranchées et le métier de brancardier. Leurs écrits permettent de prendre la mesure des ravages à l'oeuvre. Chaque témoignage a été soigneusement recopié par Bernard Pineau, respectivement leur petit-fils et petit-neveu.
    Entre le 7 août 1914 et le 22 août 1919, Jules Ardouin tient son journal au jour le jour. Cependant, à partir du 18 février 1917, et jusqu'à la fin, il prend ses notes en sténographie, n'abandonnant cette technique qu'exceptionnellement, ce qui a empêché l'analyse de cette période. Ce changement brusque et définitif de procédé d'écriture surprend d'autant plus qu'aucune allusion n'y a été faite auparavant. Où Jules Ardouin a-t-il appris la sténographie ? A-t-il mis à profit sa convalescence fin 1916 pour étudier comme il l'avait fait plus tôt ? Le 1er mars 1916, il écrit : " Je travaille un peu l'algèbre avec mon ami Chollet ".
    Jules Ardouin livre un récit lucide, concis et précis, à l'image d'un journal de marche. Il décrit les déplacements, les opérations militaires, les pertes et les activités quotidiennes, sans laisser de place à ses sentiments qu'il exprime plutôt dans ses poèmes. Dans sa correspondance, il a à coeur de montrer à ses proches les lieux où il passe et de présenter ses camarades. Il est conscient dès le début du mois d'octobre 1914 de l'enlisement du conflit.
    Athanase Carteau couvre de son écriture régulière au moins sept carnets entre le 5 août 1914 et le 18 juin 1918. Il en ouvre un nouveau après chaque permission, laissant à sa famille le calepin précédent pour assurer sa sauvegarde. Le récit s'interrompt toutefois à deux reprises : du 16 août au 9 novembre 1916 et du 22 juin au 27 octobre 1917. Les carnets correspondants ont dû être perdus. Athanase a-t-il égaré ses affaires le 23 novembre 1916, lorsqu'il tombe et se tord le genou ? Peu après, il écrit de ses camarades : " En amenant un blessé, ils apportent mes affaires, mais je suis bien ennuyé. Ils n'ont pas mon portefeuille, ni ma croix de guerre. Ils ont été obligés d'abandonner ma capote dans la boue " (26-11-1916). Son journal fait-il partie des objets oubliés ou abimés lors de la chute ? Les observations des premiers jours d'août ont d'ailleurs été recopiées par la suite.
    Contrairement à Jules Ardouin, Athanase Carteau donne beaucoup de détails sur son quotidien, des plus sombres (la boue, la mitraille, les gaz, les hommes qui tombent autour de lui) aux plus anodins (les achats de clous pour ses chaussures, les changements de sous-vêtements, le détail de ses colis). Il mentionne aussi toutes les lettres qu'il envoie et qu'il reçoit. Ce qui le conduit parfois à des juxtapositions étonnantes : " Mais, tout à coup, on sent des gaz nous prendre aux yeux. Nous prenons nos masques sur la bouche et le mouchoir devant les yeux. Partout, c'est tout une révolte dans les tranchées. Tous crient : "Les gaz asphyxiants !". J'ai écrit chez nous. " (21-09-15).
    L'un comme l'autre sont pratiquants et signalent leurs occasions d'assister à la messe et de communier. Ils évoquent aussi les copains du pays, consignant les blessés et les rencontres amicales : " Je vois tous les Michelais du 114 et nous trinquons un coup ensemble " (Jules, 27-09-15). Le 14 juin 1917, de passage en région parisienne, Athanase Carteau va " avec Chaillou voir le château de M. Le Roux ", un notable de Saint-Michel-en-l'Herm, et y " rencontre un de ses valets ".
    Trois types de brancardiers exerçaient sur le champ de bataille : les brancardiers affectés à une compagnie, les brancardiers musiciens affectés à un régiment, et les brancardiers divisionnaires affectés à une division. Athanase Carteau appartient à la première catégorie, Jules Ardouin à la deuxième. On trouve à leurs côtés beaucoup de prêtres, de séminaristes et d'enseignants. Ils sont armés tardivement. Athanase Carteau reçoit un revolver le 14 mars 1916, et il semble ne pas y être attaché car, quand il constate sa disparition le 21 novembre 1916, il écrit : " Ça ne me fâche guère. Je dis : toujours ça de moins à trainer ".
    Répartis par équipe de quatre (J., carte postale du 13-03-15), les brancardiers secourent les blessés et les malades, et ramènent les morts en allant les chercher sur des civières ou à même leur dos quand la distance le permet : " Nous allons tous les 4, pensant les amener sur le dos [deux hommes de la compagnie], mais ils sont très loin " (Athanase, 29-04-17). En effet, les boyaux ne sont pas toujours suffisamment larges et praticables pour permettre le passage des brancards (A., 21-11-14 et 21-09-15 ; J., 25-09-15 et 19-05-16). Les brancardiers sortent souvent la nuit pour ramener les blessés ou les morts au poste de secours : " On ne peut chercher les blessés que de nuit " (A., 18-06-16) ; " Nous turbinons encore jusqu'au matin. C'est la 5ème nuit que l'on ne se couche pas " (A., 21-06-16). Manque d'indications et de repères dans le dédale des tranchées, conditions climatiques, boue, terrain accidenté, mitraille : leur travail était dangereux et harassant comme le raconte longuement Athanase Carteau lors de sa première intervention le 21 novembre 1914, ainsi que Jules Ardouin le 27 octobre 1914.
    Outre les activités spécifiques des musiciens (répétitions, parades, concerts), les brancardiers sont souvent amenés à effectuer d'autres missions : " Car, comme nous n'avons pas de boulot (Dieu merci !), on nous emploie à des corvées " (A., 21-01-18). Ils se retrouvent tout à tour aides de cuisine (A., 10-11-14), coiffeurs-barbiers (J., 31-05-1916), fossoyeurs (A., 03-04-17), en charge de remplir les baquets pour les douches (A., 19-06-15), du ravitaillement (passim), de la distribution du linge (A., 13-02-18) ou de travaux de défense (J. 15-08-14 ; A., 06-03-18), etc. En Champagne, ils assurent la " corvée de ventilateurs " pour aérer les caves (A., 13 et 18-04-18).
    Un peu de correspondance, des photographies, des papiers militaires, des chansons et des partitions complètent ces deux ensembles. Seules les lettres et les cartes postales les plus intéressantes ont été numérisées.

  • 1 Num 384 - Fonds Joseph et Églantine Mady (1913-1919)

    Dans sa correspondance, le couple échange des nouvelles, ainsi que des fleurs séchées (Joseph, 19-05-1915 ; Églantine, 28-01-1916) et des photographies (Joseph, 04-08-1915). Bien que leur éducation les force à une certaine retenue (ils se vouvoient jusqu'à juillet 1917), ils épanchent leurs sentiments, évoquent leur vie d'avant et aussi leur vie future dans laquelle Joseph se projette comme pour se donner une raison de survivre. Son état rassurant de " bonne santé ", sa foi et son espoir de permission - puis de paix lorsqu'il est dans les Balkans - sont mentionnés dans la plupart de ses lettres. Joseph s'inquiète pour sa mère, veuve depuis 1913, et pour son frère Félix et son neveu Marcel Gaudin, qui combattent eux aussi. Églantine commente les travaux agricoles et domestiques, les faits-divers, la météo et parle des soldats du pays. Les rumeurs et les prédictions colportées de bouche à oreille et par la presse les remplissent tour à tour d'espoir ou d'effroi. Que la distribution du courrier vienne à être retardée, et c'est le moral précaire de Joseph qui se trouve menacé : " cela est très ennuyeux de ne pouvoir désormais plus avoir des nouvelles quand l'on veut, ce sera encore une souffrance de plus à endurer, mais alors ce sera le plus dur pour nous car c'est la seule consolation que nous puissions avoir " (Joseph, 12-03-1917). Car l'absence de lettres rompt le lien avec l'être aimé, il se sent isolé. La correspondance en temps de guerre a évidemment des règles que Joseph n'ignore pas, et il faut compter avec la censure militaire (Joseph, 24-03-1917 ; Églantine, 14-04-1917) : " Je serais très heureux de vous donner quelques détails de ce qui se passe de ce moment mais il m'est impossible, il faut respecter les lois de la guerre " (Joseph, 03-07-1915). Églantine n'est pourtant pas dupe des mentions rassurantes que son ami fait notamment sur sa santé et ses conditions de vie : " Ah ! Je sais bien que vous ne me dites pas tout ce que vous savez car vous voudriez inspirer confiance à ceux qui sont loin du danger " (Églantine, 23-03-1916) ; " c'est là les souffrances que vous voudriez cacher, mais que je devine " (Églantine, 16-03-1917) ; " Sur celle [la lettre] datée du 22 laisse moi te dire que tu mens, mon amour, tu m'annonces que tu vas mieux, alors que ton écriture dit le contraire […] elle devait trembler ta main […] Ah ! Méchant, pourquoi me cacher l'exacte vérité, pourquoi veux-tu essayer de porter seul le fardeau qui t'accable, pourquoi veux-tu me cacher le fond de ta pensée ? " (Églantine, 11-03-1918).

    Joseph puise son courage dans sa confiance en Dieu : " Je suis un pauvre envoyé de Dieu sur Terre pour souffrir et je souffrirai sans murmurer jusqu'au moment où ma pénitence sera accomplie " (Joseph, 23-11-1915), ou encore " quand Dieu croira nous avoir fait assez souffrir, nous avoir fait expier nos fautes, il nous en récompensera selon notre valeur " (Joseph, 8-03-1917). Quand il se demande " comment il se fait que je suis toujours présent " il ajoute aussitôt " Dieu le sait " (Joseph, 24-06-1916). Sa foi est incontestable, il prie et assiste aux offices dès qu'il en a l'occasion (Joseph, 06-06-1917). Son vocabulaire reflète d'ailleurs sa culture chrétienne : il prie pour que Dieu fasse " bientôt cesser toutes ces orgies " (Joseph, 07-06-1915), il parle de sacrifice, de sa " triste vie de martyr " (Joseph, 10 et 16-03-1917) et de son " pays d'exil " (Joseph, 20-03-1918). Pour Églantine, la guerre serait une punition méritée : " [Dieu] a été si longtemps offensé et méconnu que maintenant il y a déchainé sur nous sa colère. Il mesure, pour l'arrêter, la somme de nos prières à celle de nos pêchés, mais ne vous désolez pas car cette somme doit bientôt égaler " (Églantine, 13-09-1915).

    Plus que les faits, cet ensemble de lettres permet d'approcher le moral des troupes combattantes. Comment les hommes tiennent-ils aussi longtemps dans des conditions insupportables ? Quel est le rôle joué par la foi et par les liens affectifs dans ce combat contre la peur et le découragement ?

    La correspondance du couple débute le 19 mai 1915. Joseph a déjà été hospitalisé deux fois du 8 septembre au 20 novembre 1914 pour une balle reçue au côté gauche à Fère-Champenoise (Marne), puis du 2 mars au 15 avril 1915 pour une blessure reçue à Zonnebeke (Belgique) (Joseph, 12-07-1915) ; il a reçu son baptême du feu vers le 30 août 1914 (Joseph, 22 et 30-08-1915). Pourquoi cet échange ne commence-t-il pas plus tôt ? Les lettres ont-elles été perdues ? Pourtant, Joseph et Églantine se fréquentaient déjà avant la guerre : " il y a bientôt deux ans que je dansais pour la première fois avec vous " (Églantine, 26-08-1915). Des missives échangées à l'été 1918 expliquent ce silence : ils s'étaient promis de ne pas s'écrire avant le retour de Joseph (Églantine, 23-06-1918 et Joseph, 09-07-1918). La longueur de la séparation a eu raison de leur patience. Ses lettres, Joseph les conserve précieusement et les relit souvent (idem Églantine 14-02-16). La dernière reçue va rejoindre celles qui l'ont précédée, en attendant d'être réexpédiée par paquet en Vendée (Joseph, 26-02-1918). Les cartes postales quant à elles n'ont pas été conservées, à l'exception d'une seule.

    Seules les permissions interrompent cet échange nourri. Joseph les attend avec impatience, même s'il sait qu'il sera accablé par le " cafard " à son retour au front (Joseph, 16-12-1917). La dernière lettre de Joseph date du 20 août 1919, à la veille de sa démobilisation.

    Le fonds contient en plus un cahier de chansons soigneusement recopiées par Joseph alors qu'il faisait son service militaire à Parthenay en 1913-1914, quelques papiers militaires et une photographie où Joseph pose avec son frère Félix.

  • 1 Num 393 - Carnets de guerre d'Alfred Bonnaud (1914-1918)

    Les deux cahiers présents dans le fonds ont été rédigés " en 1921 [d'après] des notes très sommaires, prises au jour le jour, quelquefois pendant le combat, et surtout [des] souvenirs " (Avertissement). Alfred Bonnaud livre un récit précis, à l'image d'un journal de marche. Il décrit les déplacements, les opérations militaires, les activités quotidiennes, les destructions, en ne s'autorisant qu'exceptionnellement à maudire " ceux qui portent la responsabilité de cette chose ignoble " (p. 30), à déplorer l'inexpérience de certains chefs (p. 48) ou des incohérences dans l'organisation (p.173). Certaines phrases laissent toutefois supposer qu'Alfred était animé par un patriotisme exacerbé dont font les frais les Alliés (p. 209, 230) et ses compatriotes méridionaux (p. 145, 174). Le récit, quotidien en 1914, perd de sa régularité avec la fin de la guerre de mouvement.

    Les pages de garde et les dernières feuilles du second cahier sont illustrées de photographies et de cartes postales traitées séparement pour pouvoir en apprécier les détails. Sur les photographies, figurent Alfred et ses proches, ainsi que des soldats du 35e Régiment d'artillerie. Les cartes postales représentent principalement des ruines de villes ravagées par les combats.

    Deux ouvrages complétent cet ensemble : l'album du régiment édité en 1903, peu de temps avant l'arrivée du colonel Foch à la tête du groupe, et un ouvrage technique sur la lecture des photographies aériennes militaires.

  • La libération des camps nazis, le retour des déportés et la découverte de l'univers concentrationnaire - CNRD 2014-2015

    Le thème du Concours national de la Résistance et de la déportation 2015 est "La libération des camps nazis, le retour des déportés et la découverte de l'univers concentrationnaire".

    Entrons dans le sujet du concours en l'illustrant d'un document local avec une photographie réalisée lors de la fête de la Libération à Nalliers en Vendée (voir le fichier joint à la Présentation du thème 2014-2015). La démarche historique est embarrassée par l'absence de date et d'auteur mais on peut sérieusement penser que le document correspond aux manifestions d'un après-guerre immédiat, quand les communes vendéennes commémorent la libération du département de septembre 1944. Les rapatriés sont de retour, alors sans doute sommes-nous en 1946 dans une période où ce type de mise en scène est encore d'actualité. Comment cette photographie permet-elle d'aborder le sujet de la libération des camps, du retour des déportés et de la découverte de l'univers concentrationnaire ?
    La figure centrale est un déporté, reconnaissable à son uniforme rayé. Il est accompagné par deux hommes qui ne sont pas seulement dans une posture de soutien. Si l'on y regarde de plus près l'un porte un vêtement de travail et l'autre un manteau militaire. Il faut connaître les nombreuses affiches du rapatriement de 1945 pour voir ici un prisonnier de guerre et un requis du service du travail obligatoire (STO) soutenant le déporté. Les autres acteurs représentent les Forces françaises de l'intérieur (FFI) aux cotés des drapeaux des nations alliées et des symboles tutélaires du gaullisme historique : la croix de Lorraine et le " V " de la victoire finale sur le nazisme. Pour défiler, tous les acteurs sont montés sur une charrette fleurie et tirée par un cheval.
    Il y a au moins deux lectures possibles de la scène. On a là une manifestation de l'ambiance résistancialiste de la Libération, qui dans une volonté de gommer les années sombres de la guerre, met sur un même niveau et valorise tous les rapatriés sans exception. Le slogan d'une affiche bien connue est même intégralement formulé sur le char : " Ils sont unis, ne les divisez pas ". Comment cette volonté politique a-t-elle influencé la compréhension du retour des déportés par l'opinion publique ?
    Mais on peut avoir une lecture complémentaire du document. Si les concepteurs de la fête mettent la figure du déporté au centre de la mise en scène en 1946, c'est peut-être qu'ils ont conscience de l'importance de son expérience. Comment cette sensibilité à la déportation et à son univers a-t-elle émergée ? Est-elle complète, contrainte, en Vendée comme ailleurs ? C'est ce que nous allons tenter d'aborder à travers la présentation des documents locaux conservés aux Archives départementales de Vendée.

    Lire la suite dans le fichier joint ci-dessus " Présentation du thème de la session 2014-2015 ".

  • 1 Num 408 - Papiers Martin (1914-1918)

    Ce fonds est essentiellement composé de correspondance, constituée uniquement de cartes postales, et couvre toute la durée du conflit (1914 à 1919). Elle est remarquable par l'intimité qui lie les différents correspondants.

    Les écrits de Clovis à sa famille sont nombreux (214 cartes) mais ne donnent que peu de détails sur la vie militaire et le conflit. En 1915 lorsque celui-ci se durcit, la censure s'intensifie. Clovis, très respectueux des ordres, obéit aux directives de sa hiérarchie ; il l'écrit très clairement à Léonide " Ne rien mettre sur les lettres de ce qui concerne les opérations militaires, même pas l'endroit où nous sommes ". A partir de cette date, il n'indique plus les lieux où il se trouve, ni les événements. Il n'exprime pas non plus de sentiments personnels afin de ne pas inquiéter sa famille, parlant surtout de sa santé, qui reste bonne, du temps et des camarades du pays. Il évoque très souvent son ami le caporal Charon.

    Cependant, les illustrations des cartes postales qu'il envoie dévoilent souvent l'endroit du cantonnement. En novembre 1915, il est à Berles-au-Bois (Pas-de-Calais) et en mars 1916, il se trouve à Hérimoncourt (Doubs). En 1918, il est caporal à la 7ème compagnie du 84ème régiment territorial d'infanterie en Alsace où il est chargé du ravitaillement de sa compagnie. Il a consigné dans deux petits carnets les marchandises achetées pour les soldats et les officiers.

    De son côté, Léonide a écrit 53 cartes à son époux de 1915 à 1918, évoquant principalement leurs souvenirs communs, le quotidien de leur fille Madeleine et les gens du pays.

    Le fonds contient en plus deux numéros du journal le " cri des boyaux " organe officieux du 2ème Bataillon du 84ème régiment territorial d'infanterie.

    La correspondance de Léon est plus restreinte (65 cartes) mais elle fournit davantage de détails sur la guerre. Il confie ses sentiments, ses peurs, son quotidien à Léonide, tandis qu'il ne cesse d'interroger Clovis sur sa vie au front.

    Ses cartes sont toutes datées et localisées, ce qui permet de suivre son parcours durant la guerre. Il est incorporé au 51ème régiment d'artillerie à compter du 8 avril 1915 à Nantes. Il passe au 86ème régiment d'artillerie lourde le 21 février 1916 à Lyon. Le 25 juillet 1916, il part pour le front en passant par l'Yonne et Creil (Oise). En février 1917, il est en Champagne et est nommé brigadier en novembre. En 1918, il se retrouve en Alsace. En 1919, il est basé en Allemagne où il attend sa démobilisation qui arrivera le 19 septembre. Il se retire ensuite à Maillezais. Il sera cité à l'ordre du régiment : " jeune brigadier remplissant avec autorité les fonctions de chef de pièce, a obtenu un rendement excellent de ses suivants par l'exemple de courage et de discipline qu'il leur a montré en toutes circonstances et en particulier à Verdun " et recevra la Croix de Guerre.

    Le dernier ensemble contient le diplôme de Léon Lucas alors maire de Maillezais durant la guerre, la liste des hommes appelés de la commune et son discours pour l'inauguration du monument aux morts.

  • Correspondance d'Eugène Rabaud (1914-1916)

    Le fonds se compose principalement des lettres et cartes postales adressées par Eugène Rabaud à sa famille, de janvier 1914 au 22 juin 1916, date de son décès. Il est complété par de la correspondance reçue par les parents d'Eugène, une photographie, des papiers militaires et des certificats et deux numéros d'un journal de tranchée.

    Les lettres de loin les plus nombreuses (environ 150) sont adressées par Eugène à ses parents. Viennent ensuite celles qu'il envoie à sa grand-mère, Mme veuve André, qui semble habiter respectivement chez deux de ses fils, Julien à Curzon et Antonin à Champagné-les-Marais, ce dernier étant " maréchal-expert ". Il écrit également à son frère Julien, qui travaille, comme garçon de café, à l'hôtel de France à Civray (Vienne). Ce dernier sera mobilisé le 18 avril 1918 et déclaré soutien de famille à compter du 7 janvier 1920. Eugène écrit enfin à sa sœur Pascaline. Les semaines sans correspondance coïncident vraisemblablement avec les permissions. Quelques lettres, non datées ou incomplètes, n'ont pas été retenues, de même que des photographies dont les personnes n'ont pu être identifiées.

    Eugène décrit le quotidien (nourriture, argent, colis, santé, météo) et rappelle l'importance pour lui de recevoir régulièrement des nouvelles : " car ça me fait passer un peu le cafard " (22 janv. 1915). Cependant il se plaint très peu et est bien décidé à faire son devoir pour la patrie. Ainsi le 24 avril 1915, attendant son départ pour le front, il note : " Je ne sais pas quand l'on va partir tout de bon sur le front… ils feraient aussi bien de nous y envoyer tout de suite pour chasser cette vermine qui empeste la France et qui détruit tout ". De même, à Verdun, alors qu'il s'apprête à rejoindre les tranchées et tout en sachant l'enfer qu'il va y trouver, il écrit : " je rentre en ligne ce soir et je pars content, et puis après tout il en revient, tout le monde n'y reste pas " (14 juin 1916). Il relate, de façon plus ou moins détaillée, les principaux engagements auxquels il participe, s'attardant en particulier sur la terrible opération du Linge. C'est dans ce col des Vosges, situé dans le Haut-Rhin, que s'est déroulée, de juillet à octobre 1915, l'une des plus meurtrières batailles opposant Français et Allemands.

    Les rapports familiaux transparaissent également dans la correspondance. Ainsi, alors qu'Eugène est au dépôt à Fontenay-le-Comte, son père lui reproche de dépenser l'argent qu'il lui envoie " à tort et à travers " (8 janv. 1915). Eugène se justifie en dénombrant tous les achats qu'il doit effectuer. Par la suite, à chaque fois qu'il demandera de l'argent, il précisera l'usage qu'il compte en faire. Même éloigné de sa famille, Eugène joue encore son rôle d'aîné. En témoignent ses démêlés un temps avec son frère Julien. Dans une lettre non datée (le début est manquant), mais écrite probablement au début de l'année 1916, Eugène lui reproche vertement d'être " débauché " et lui enjoint de revenir " à de meilleurs sentiments ", sinon il préfère cesser de correspondre avec lui. Il pense qu'une femme est responsable de la situation et il menace son frère de lui régler son compte s'il continue " cette vie désordonnée ". S'ils arrêtent effectivement de s'écrire pendant une période, les frères reprennent leur correspondance quelque temps après, Eugène s'excusant d'avoir été un peu trop véhément. Ainsi, même au front, et peut-être surtout là, Eugène entend garder toute sa place au sein de sa famille, lieu de stabilité, principal rempart contre le chaos de la guerre.

  • 1 Num 398 - Correspondance et photographies de Pierre Curie (1915-1919)

    Le fonds Paul Curie se compose de correspondance et de photographies. Photos et lettres concernent des périodes différentes.

    Les 77 photographies du fonds ont été prises, à quelques exceptions près, par Paul Curie, que l'on découvre sur deux d'entre elles. La partie de loin la plus importante est consacrée à la seconde bataille de Champagne. Les photographies s'y rapportant sont collées dans un cahier d'écolier intitulé " Bataille de Champagne, 25 septembre 1915 ", chacune d'elles étant légendée, avec ou sans dates. Les légendes ont été conservées à la numérisation mais l'ordre du cahier n'a pas été suivi. On découvre les cantonnements, les abris et aménagements, ainsi que certains membres de la section sanitaire dont fait partie P. Curie. Viennent ensuite le champ de bataille et les destructions au niveau des zones de combats et des villes alentour, ainsi que les conséquences humaines. Neuf autres photos prises, comme l'indiquent les légendes et les dates mentionnées au dos, au camp d'entrainement de Mailly (Aube) en janvier 1916, présentent des armes et des avions. Paul a dû séjourner dans ce camp juste avant son affectation au 47e régiment d'artillerie de campagne le 15 mars 1916. Est joint à cet ensemble un menu daté d'avril 1915.

    La correspondance comprend en majeure partie des lettres de Paul Curie à ses parents et couvre la période du 30 mars 1917 au 8 février 1919. Paul relate son arrivée au 42e régiment d'infanterie, jusqu'à sa capture lors de la bataille du Chemin des Dames, puis sa captivité en Allemagne (deux cartes postales représentant le camp de Giessen où fut retenu Paul complètent cette partie). Enfin ses activités en Russie, dans le cadre de la lutte contre les bolcheviks, forment la part la plus importante de sa correspondance. La plupart des lettres portent la date de leur arrivée. À cela s'ajoutent divers autres courriers relatifs principalement à la période de captivité de Paul en Allemagne.Cette partie comprend des lettres des parents à leur fils (généralement c'est François, le père, qui écrit), et d'autres envoyées aux parents de Paul par des instances officielles (armée, Croix-Rouge, ...), le tout couvrant la période du 12 avril 1917 au 17 mars 1918. L'ensemble comprend 84 lettres, auxquelles s'ajoutent deux cartes postales.

  • 1 Num 405 - Correspondance d'Eugène Loiseau (1914-1916)

    Comme indiqué ci-après, ce fonds témoigne de la religion d'un Bocain de 1914, de sa délicatesse envers sa femme, qui l'amène à amoindrir la réalité, mais il révèle aussi un déplacement du regard porté sur les maîtres de la métairie.

    Constitué presque exclusivement de la correspondance envoyée par Eugène à sa femme Marie, d'août 1914 à mai 1916, le fonds se compose de 252 lettres auxquelles s'ajoutent dix cartes postales. Il est complété par six autres lettres et cinq cartes postales écrites ou reçues par Eugène, et par un portrait de lui en uniforme. L'ordre chronologique initial a été respecté.

    Eugène commence ou termine généralement ses lettres en indiquant qu'il est en bonne santé et en espérant qu'il en est de même pour sa famille, il embrasse sa femme et " ses chers petits " et exprime son attachement à son épouse. Son moral dépend beaucoup de la fréquence des lettres que cette dernière lui envoie : ainsi, hospitalisé à Epernay, il indique que le manque de nouvelles depuis 15 jours l'a "rendu plus malade que tout autre chose" (23 août 1915). Lui-même écrit de façon très régulière, souvent tous les deux jours voire plus lorsqu'il est au front. Il donne et demande des nouvelles des soldats qu'il connaît, presque tous vendéens, en particulier ceux de sa famille (son frère Mathurin et son beau-frère Alphonse Godet). Il s'inquiète de l'avancement des travaux de la ferme et de la surcharge de travail que provoque son absence : " c'est malheureux de nous voir là à rien faire et avoir tant d'ouvrage chez nous " (26 avril 1916). L'éloignement et l'ennui lui pèsent.

    Très croyant, Eugène évoque fréquemment la religion, le secours qu'elle lui apporte et qui l'aide à accepter son sort et à avoir confiance en l'avenir : " la prière, c'est la force, c'est le courage… presque à tout instant, ayant le sac sur le dos et le fusil de la main droite, j'ai aussi le chapelet de la main gauche ce qui est la grande arme dans les grands jours " (22 oct. 1914), " c'est par la prière que nous obtiendrons la victoire " (28 mars 1915). Il a d'ailleurs décidé, en accord avec sa femme et malgré le coût que cela représente, de faire un pèlerinage à Lourdes s'il revient vivant de la guerre (2 févr. 1916).

    Au front, Eugène semble vouloir avant tout rassurer sa femme. Ainsi, lors de sa première expérience du front, en octobre 1914, note-t-il juste : "on a de mauvais moments à passer de temps en temps mais, quand ils sont passés, on n'y fait plus attention" (22 oct.1914). Or, à cette date, le 137e régiment d'infanterie participe à d'importants combats dans la région d'Hébuterne (Pas-de-Calais). C'est bien plus tard, ayant changé de régiment, qu'il laisse deviner les épreuves subies : " nous sommes toujours en 1ère ligne bien tranquilles,… nous n'avons jamais d'attaque, je ne sais si ça continuera, il n'en n'avait pas été ainsi du 137e " (24 juin 1915). Une autre fois, devant monter en première ligne, il écrit : "cela ne me fait pas grand-chose car ici on n'est pas malheureux, tandis que, au repos, on est toujours corvée sur corvée et beaucoup plus ennuyés rapport aux revues" (30 mai ? 1915).

    De même, les conditions de vie dans les tranchées sont évoquées sobrement : " avec un temps sec comme à présent, il n'y a pas du tout d'eau et en se donnant un peu d'exercice, il n'y fait pas froid la nuit " (28 avril 1915). ; "il n'a fait que tomber de l'eau, mais on n'est pas malheureux car on est bien à l'abri dans nos gourbis" (6 août 1915). C'est lorsqu'Eugène n'y est pas qu'il indique : " il a tombé de l'eau comme jamais je n'ai vu, heureux que l'on ne soit pas en tranchée ces jours-ci car il n'y doit pas faire beau " (hôpital d'Epernay, 14 août 1915). Son moral tient beaucoup à la solidité de son ménage. Apprenant qu'un soldat a été trompé, il écrit à sa femme qu'en pareil cas, il se livrerait au feu de l'ennemi (2 mai 1916).

    Il est également difficile d'évaluer la gravité de son état de santé. Ses périodes d'hospitalisation et de convalescence sont longues : sur près de trois ans de guerre, il n'est au front que six mois environ. Il semble tout faire pour paraître plus malade qu'il ne l'est auprès des médecins : "je vais tâcher de me débrouiller le plus possible afin de rester encore quelques jours ici" [= à l'hôpital de Lorient] (25 nov. 1914). Mais n'est-ce pas là encore le seul moyen trouvé pour rassurer sa femme ? Ainsi il écrit : "je me doutais bien que le médecin t'aurait dit que j'avais une entérite et pourtant, crois-moi, je ne me sens de rien, mieux que ça, je serais en peine de dire où cela se tient" (27 sept. 1915). Mais sa femme ne semble pas convaincue : "ça va mieux, je ne te cache rien, sois-en sûre, je suis beaucoup plus fort" (28 sept. 1915), "me voilà, sois-en sûre, rétabli" (3 oct. 1915).

    Les rapports qu'Eugène entretient avec " ses maîtres " sont complexes et riches d'enseignement. Ils semblent s'apprécier mutuellement : étant au dépôt à Nantes, Eugène leur rend visite régulièrement et est fréquemment invité à dîner. Ceux-ci semblent d'ailleurs faire leur possible pour lui venir en aide. Grâce à eux, Eugène est ainsi déclaré un temps indisponible au service armé (4 nov. 1915). Il paraît du reste décidé à profiter des avantages qu'ils peuvent lui procurer. Ainsi, Monsieur Le Roux ayant écrit au major pour prendre de ses nouvelles, Eugène, alors hospitalisé, indique : "tu vois quelquefois ce que l'on peut arriver à gagner en flattant ces gens-là" (25 août 1915). Il espère que son maître réussira à le faire "embusquer" (9 oct. 1915). Mais il ressent aussi à leur égard un sentiment d'injustice. Le 26 juin 1915, ayant appris que le "jeune maître" était versé dans l'auxiliaire, il écrit : "cela est bien beau, mais il y en a qui sont veinards de s'en tirer comme ça. Nous, pauvres cultivateurs, ayant toute notre vie travaillé, il faut encore que ce soit nous qui fassions le plus, et encore après la guerre on n'aura droit de rien dire, ce sera eux qui en sauront le plus". La même personne ayant obtenu une permission agricole, Eugène trouve "honteux de voir des choses pareilles". Cependant, il note aussi régulièrement que des changements vont intervenir et que les choses seront différentes après guerre. Ainsi, le propriétaire ayant demandé les feuilles d'impôt de 1914 et 1915, Eugène écrit : "il doit s'attendre lui aussi à de grands changements avec ses métairies car, après la guerre, sans doute qu'il faudra changer de condition" (10 avril 1915). Le 19 avril 1916, sa femme s'étant plaint des maîtres "qui sont toujours à [les] ennuyer", il lui répond : "ce qui les fait causer, c'est la crainte de ce qui se passera après la guerre, car ils voient bien, va, qu'ils seront obligés de mettre de l'eau dans leur vin, c'est-à-dire de s'y soumettre, et que voulant tenir leur grand rang, les deux bouts ne se joindront pas, et c'est ça qui les met en rage ". De même le 14 mai suivant : "il me fatigue avec tous ses boniments,... enfin, laissons-le causer à son aise aujourd'hui, plus tard il en fera pas tout ce qu'il voudra car il y aura du changement". Que signifient exactement ces paroles ? Est-ce l'expérience du front qui fait parler ainsi Eugène ? On sait que l'armée encourage la camaraderie entre les soldats, véhiculant le mythe de la fraternité et de l'égalité. La cohabitation dans un même enfer de toutes les catégories sociales a-t-elle, au moins pour un temps, gommé la notion de classe ? Elle paraît en tous les cas avoir créé une rupture dans la façon de se percevoir et de percevoir les autres, et c'est bien ce que semble exprimer Eugène Loiseau dans sa correspondance.

  • 206 J - Liste des écarts ou lieux-dits du département de la Vendée [1960]

    Ce travail semble avoir été dressé par l'INSEE à partir du cadastre napoléonien . Il se présente en 2 listes successives :

    - 1°, liste donnant pour chaque commune la nomenclature des écarts

    - 2°, liste des écarts du département classés par ordre alphabétique avec indication de la commune de rattachement (n°INSEE)

  • 2 R - Organisation de l'armée (an VII-1942)

    Les papiers de la sous-série 2 R proviennent uniquement de la préfecture et, plus précisément, de son bureau des affaires militaires. Ils traitent de l'organisation générale de l'armée d'un point de vue civil.

    Une partie est consacrée aux bâtiments militaires, essentiellement les casernes. Il s'agit avant tout de travaux de construction et d'agrandissement. Pour les garnisons de Fontenay-le-Comte, de La Roche-sur-Yon et de Luçon, des terrains sont également acquis pour l'établissement de champs de maoeuvre et de tir sur le territoire des communes du département.
    Les dossiers sur les subsistances militaires occupent très peu de place. Ils concernent surtout les relations entre la préfecture et l'Intendance militaire (service préposé à l'organisation de l'armée).
    Les mouvements de troupes entraînent leur logement en dehors des casernes, chez l'habitant le plus souvent. Les ressources des communes pour le cantonnement des troupes sont alors recensées, des réquisitions ont lieu, et des indemnités sont versées aux habitants.
    La préfecture travaille aussi avec les services de l'armée chargés de fournir des chevaux : la remonte. On trouvera ainsi des recensements, réquisitions, dons et achats de chevaux nécessaires aux besoins de l'armée. Le dépôt de remonte de Fontenay-le-Comte fait, par ailleurs, l'objet d'un dossier sur la construction d'une nouvelle écurie.
    Le bureau des affaires militaires prend également en charge les sociétés colombophiles et les propriétaires de pigeons voyageurs. Les recensements et les lâchers d'entraînement des pigeons voyageurs témoignent d'une activité alors développée, en Vendée, sous la Troisième République.

    La santé et l'assistance militaire sont une partie peu volumineuse de la sous-série 2 R ; les allocations versées aux familles de militaires en constituent l'essentiel.
    Enfin, des dossiers donnent le signalement des déserteurs et des insoumis.

  • La répression de la Résistance en France par les autorités d'occupation et le régime de Vichy

    Le Concours national de la Résistance et de la Déportation fête ses 50 ans.

    Le thème proposé cette année s'intitule : " La répression de la Résistance en France par les autorités d'occupation et le régime de Vichy ".

    La France, défaite et partiellement occupée à partir de mai-juin 1940, subit une répression " qui s'en prend aux individus pour ce qu'ils font, ont fait ou sont présumés pouvoir faire ", comme le propose la formulation de Hervé Guillemet dans la lettre de la fondation de la Résistance du 6 juin 2010.

    Le thème permet de constater les effets de l'ordre allemand imposé à la France, mais aussi l'activité répressive du régime de Vichy. La répression est l'affaire de ces deux grands acteurs, l'un sans l'autre, l'un et l'autre, l'un après l'autre.

    Au total, on peut estimer pour la France, le nombre d'arrestations et de déportations de 200 000 à 250 000. Quant aux exécutions d'otages elles feront 30 000 victimes.

    A partir de 1942, la répression allemande augmente pour s'emballer progressivement et prendre des dimensions dramatiques à la fin de la guerre, si l'on pense au massacre d'Oradour-sur-Glane. La montée en puissance de cette répression est à mettre en parallèle avec celle de Vichy. D'une manière générale, on peut estimer avec Robert O. Paxton que la répression des opposants est partie intégrante de la recherche de légitimité du régime, et que le lien est clair entre la montée en puissance de l'arsenal répressif de l'Etat Français et la structuration progressive de la Résistance.

    Cet arsenal est de deux ordres, policier et judiciaire. L'organisation policière est renforcée. On peut prendre les exemples de l'étatisation des polices municipales ou la création de polices parallèles. C'est le cas du service de la police anticommuniste, qui deviendra le service de répression des menées antinationales (on retrouve cette formulation en Vendée dans les documents préfectoraux et des renseignements généraux pour désigner les gaullistes). Une justice d'exception se met en place avec une logique rétroactive et expéditive, illustrée par la section spéciale mise en place à la cour d'appel de Paris, qui peut condamner les communistes inculpés pour des faits antérieurs.

    Les Archives départementales de la Vendée proposent une sélection de documents pour illustrer ce thème. Ils décrivent ainsi la situation particulière d'un territoire occupé, dans lequel les représentants de Vichy cherchent à conserver un rôle. Ici, comme ailleurs, la surveillance et la répression de la population répondent à la fois à l'affirmation des résistances et aux aléas de la guerre. Il s'agit de s'interroger sur les causes, les formes et les conséquences de la répression, sur la part d'autonomie des acteurs de celle-ci, et sur les spécificités du département de la Vendée.

    L'occupation allemande de la France se traduit par la délimitation d'une grande "zone occupée" et par des zones interdites délimitées pour des raisons militaires, comme c'est le cas le long du littoral vendéen. Plus on avance dans le temps, plus les craintes d'un débarquement, motivées par de nombreux parachutages d'armes et la nécessaire protection des ouvrages de défense, provoquent tension, surveillance et répression. On le constate en Vendée dans les correspondances avec le Feldkommandant et dans les rapports du préfet. L'indentification des caches d'armes et la recherche des aviateurs alliés, ou l'arrestation des saboteurs du Mur de l'Atlantique sont une composante constante des échanges entre les autorités d'occupation et les représentants de Vichy.

    Le thème de la répression concerne des formes et des acteurs différents. On informe, tout d'abord, des risques encourus, comme le montre dans ce dossier une collection d'affiches de l'Etat français mais aussi de l'occupant allemand. Les représailles des troupes allemandes s'ont également illustrées par l'exemple des prises d'otages. Cette pratique récurrente qui s'installe dès le début de l'occupation, est illustrée par un dossier particulier dans l'inventaire.

    D'une manière plus générale, l'occupation allemande se traduit par une répression exercée sur tous ceux qui sont considérés comme des adversaires de l'ordre nazi. Quelques cibles particulières se dégagent au fil des enquêtes commanditées par l'occupant sur le parti communiste ou les menées gaullistes.

    On doit aussi faire référence aux actes de terreur perpétrés par la milice, sous l'autorité du régime de Vichy. Ils illustrent l'activisme des autorités françaises dans le domaine répressif. On peut se référer aux déportations des résistants sans y inclure celles des juifs qui n'est pas strictement à une réaction à la résistance. En Vendée, un décompte récent qui demande sans doute à être affiné, estime à quelque 137 personnes le nombre de déportés politiques non revenus. On pourra en consulter la liste à l'antenne de l'Ecole du Patrimoine, à Mouilleron-en-Pareds.

    Une démarche chronologique peut être abordée. Tout d'abord parce qu'il y existe une montée en puissance de la répression, liée à celle de la Résistance. L'année 1941 est charnière. C'est l'entrée en guerre de l'URSS et l'apparition de la résistance communiste en France. Les propagandes allemandes et vichystes assimilent les actes de résistance aux menées communistes. On trouve encore ce lien en Vendée pour justifier la rafle de janvier 1944, les juifs étant assimilés aux bolcheviques. Les affiches de propagande montrent l'obsession commune des Allemands et des hommes de Vichy envers le bolchevisme.

    En 1941 toujours, la résistance gaulliste semble plus en mesure de structurer et de coordonner les mouvements intérieurs et extérieurs. Enfin en novembre 1942, l'instauration du service du travail obligatoire est à l'origine d'un engagement de plus en plus fort dans la Résistance, et il favorise l'émergence des maquis pendant l'année 1943.

    En Vendée, la correspondance entre les services de police allemands et français concerne souvent la disparition de personnes qui doivent rejoindre l'Allemagne. On peut penser que les maquis vendéens comme celui de Dompierre-sur-Yon, relaté dans l'immédiat après-guerre par les élèves du lycée de jeunes filles de La Roche-sur-Yon (cahier en ligne sur le site des Archives de la Vendée), reçoivent ces jeunes et nouveaux résistants.

    La répression se modifie dans le temps. Si, jusqu'en 1943, le Reich se sent peu menacé par les actions des forces clandestines et se contente d'une action politique et policière mais pas du tout militaire, à partir de cette année l'imminence du débarquement allié transforme la donne. Les dissidences, les sabotages et les maquis, se multiplient dans un contexte où Vichy ne semble plus capable de maintenir l'ordre. Les Allemands instaurent un traitement plus autoritaire et militaire. On le constate en Vendée à travers les arrestations collectives qui s'intensifient à partir de septembre 1943, et sont en fait des démantèlements de réseaux de résistance.

    Du coté de Vichy, les années 1943 et 1944 sont celles de la montée en puissance de la milice. 34 000 personnes s'engagent dans la milice en 1944 sur l'ensemble du territoire français, mais très peu en Vendée. Le cas de la milice comme instrument répressif est intéressant pour croiser les approches. D'abord parce que ce sont les Allemands qui imposent Darnand, comme chef de la milice, pour son efficacité préjugée (en 1943, 9 000 gaullistes et marxistes sont arrêtés par Vichy, mais les Allemands en ajoutent 35 000 au tableau de chasse). Ensuite parce que celui-ci s'inscrit dans cette logique politique d'un Etat français qui cherche à forger sa légitimité dans l'action répressive.

    Enfin les miliciens ont des marqueurs idéologiques proprement français (certains sont pétainistes, d'autres collaborationnistes). En fin de compte, comme le souligne Jean-Pierre Azéma, " les miliciens allaient symboliser le Vichy répressif et complice de l'occupant ". Avec Darnand, la collaboration franco-allemande tournée contre la Résistance s'intensifie lors de l'expédition du plateau des Glières. Cependant la lutte contre la Résistance est alors devenue la chose des Allemands, qui arrêtent et déportent des milliers de Français pendant l'été 44. L'action de la milice, quels que soient ses débordements, n'est qu'une fiction d'indépendance.

    Une approche chronologique peut déboucher sur un travail de mémoire. Quelle est la trace laissée par ces événements dans la mémoire collective ? Cette mémoire s'est construite autour d'acteurs comme Bousquet, Darnand, de lieux comme les Glières ou Oradour-sur-Glane, et de notions nouvelles comme le crime de guerre et le crime contre l'humanité. En Vendée, c'est l'exécution des otages d'Apremont qui sera signalée en 1946 au tribunal militaire de Paris, chargé de juger le SS Karl Oberg pour les crimes commis sur le territoire français...

  • 40 J - Fonds de Fériet (1581-1867)

    Cet ensemble réunit les papiers des Lodre, famille de négociants et d'armateurs des Sables-d'Olonne ; ceux que Pierre René Marie de Vaugiraud, gouverneur général des Iles du Vent (Martinique et Guadeloupe) en 1815, a jugé utile à sa défense devant la commission chargée d'examiner les actes de son administration de la Martinique ; ceux de la famille de Fériet, qui compte plusieurs membres du parlement de Metz.

    Les papiers de Pierre René Marie de Vaugiraud présentés dans la deuxième partie sont uniquement ceux liés à son activité de gouverneur de la Martinique puis des Iles du Vent de 1814 à 1818. Cette collection très particulière est constituée d'originaux mais aussi de copies d'époque réalisées à la demande de Vaugiraud pour justifier de son activité.

    Sa fille poursuit les démarches commencées par Vaugiraud pour faire reconnaitre sa bonne administration de la Martinique. Ces papiers rendent aussi compte de la gestion des biens familiaux aux Sables et des désaccords avec son mari.
    Les papiers conservés dans cette partie ne concernent pas seulement Marie Renée Marguerite de Vaugiraud et Louis de Fériet, son époux, mais aussi les générations précédentes de cette famille parlementaire messine. On peut signaler Louis Fériet, époux de Françoise Madeleine Bollioud, président à mortier du parlement de Metz, qui poursuit en justice les comtesses de Zoetern concernant l'adjudication de la seigneurie de Florange (Moselle) et son fils, Louis Philippe de Fériet et Françoise Geneviève Deu de Moncet, lui aussi président à mortier du parlement de Metz, qui possèdent des biens importants, notamment en Champagne et en Poitou.

  • 1 Num 397 - Correspondance d'Alexandre Roux (1914-1919)

    La correspondance (190 lettres) qu'Alexandre Roux adresse principalement à ses parents couvre toute la durée de la Première Guerre mondiale, de la mobilisation, le 1er août 1914, aux jours qui suivent l'armistice, le 14 novembre 1918, voire au-delà puisqu'une lettre écrite depuis l'Allemagne en janvier 1919 est également conservée.

    Engagé volontaire au 7e régiment de hussards plus d'un an avant la guerre, Alexandre Roux n'est pas envoyé au front dès la mobilisation. Il occupe une tâche administrative jusqu'en février 1915, à Niort, dans la zone de l'intérieur, ce qui pourrait être à l'origine de la lettre anonyme envoyée contre lui dont il fait état le 24 janvier 1915 (1 Num 397/1). Cela dit, il passera le reste de la guerre, soit trois ans et neuf mois, dans la zone armée. Sa première vision du conflit a lieu en Belgique. Toutefois la cavalerie dont il fait partie manque d'emploi en attendant une guerre de mouvement. Si, en mai, il prend part à l'offensive française en Artois visant à rompre le front allemand, ce n'est qu'en août qu'il fait sa première montée aux tranchées, dans la Somme, en première ligne : " A notre tour, nous voici donc enfin dans les tranchées. Nous sommes en 1ère ligne à une centaine de mètres de Mrs les boches " (1 Num 397/7). Ce n'est qu'un premier tour suivi d'autres dans différents secteurs du front : Pressy (Pas-de-Calais) à l'automne 1915, Verdun en octobre 1916, le Chemin des Dames au printemps 1917, la Somme en avril 1918. Entre temps, des périodes à l'arrière du front sont occupées par des fonctions de maréchal des logis fourrier ou par la surveillance de prisonniers de guerre allemands, mais toujours interrompues par de soudains départs pour des destinations inconnues. Enfin, en juin 1918, Alexandre Roux quitte la cavalerie, cette arme ayant été réduite au profit de l'infanterie dont les besoins sont incessants depuis le début de la guerre. Il participe alors, à l'automne 1918, aux grandes offensives qui ont lieu en Picardie, autour d'Anizy-le-Château ; son action lui vaudra une citation à l'ordre du régiment (1 Num 397/26). Mais à quel prix ? " En vérité, c'est un peu surhumain ce que l'on demande à l'homme ", reconnaît-il le 21 septembre (1 Num 397/22). Et de conclure le 14 novembre par cette flegmatique formule : " Rien de nouveau en dehors du changement " (1 Num 397/23).

    On suit tout son itinéraire grâce aux indications de lieux notées sur sa correspondance. Mais, très vraisemblablement, la plupart de celles-ci ont été ajoutées après la guerre, de sa main, à la faveur d'une relecture des lettres conservées par ses parents. En effet la correspondance des soldats ne devait pas contenir d'informations sur leur localisation. Ce qui n'empêche pas Alexandre Roux de déjouer, de temps à autre, la censure en glissant des noms de lieux au milieu d'une phrase ou en formulant quelques jeux de mots : " Me voici donc rendu dans l'endroit où ça barde. En somme : ce n'est pas le rêve ", écrit-il le 7 avril 1918 désignant ainsi la Somme (1 Num 397/19).

    Au fil des lettres, Alexandre Roux décrit sa " vie de sauvage ", selon son expression datée du 29 décembre 1915 (1 Num 397/9) : souvent dans la boue, il y est question de rats et de poux, de repas réduits " au singe et au pain de guerre ", du cafard qui est tenace, de l'attente des lettres et des colis contenant de quoi améliorer l'ordinaire et parfois de quoi s'occuper, comme ces cartes du jeu vendéen d'aluette reçues en octobre 1915 (1 Num 397/8). En revanche, aucune référence religieuse n'apparaît.

    L'évolution de son moral est cependant plus facile à appréhender. Engagé en 1913, Alexandre Roux souhaite en découdre dès les premières semaines qui suivent la mobilisation, " j'espère à mon tour avoir l'occasion d'aller démolir quelques têtes de boches ", fait-il savoir à ses parents le 5 sept. 1914 (1 Num 397/1). Toutefois il est loin de se réjouir en découvrant la réalité de la guerre, " c'est une bien triste chose " écrit-il le 24 février 1915, dès son arrivée en Belgique (1 Num 397/3). Après sept mois de conflit, il semble néanmoins conserver son entrain et compte " avoir le plaisir de marcher de l'avant " (25 sept. 1915, 1 Num 397/7). Mais à partir de décembre 1915, il commence à faire état de son cafard et lutte désormais contre lui : " le cafard commence à se dissiper " (29 déc. 1915, 1 Num 397/9) ; " si vous saviez quel cafard j'ai en ce moment " (10 oct. 1916, 1 Num 397/12) ; " je n'arrive pas à me défaire de ce formidable cafard. Il est ancré et il l'est bien " (27 juin 1917, 1 Num 397/16). Et, à l'occasion du nouvel an 1918, il s'adresse à ses parents sur un ton pessimiste et désespéré (29 déc. 1917, 1 Num 397/18) ; son moral est aussi affecté par la crainte de quitter la cavalerie pour passer dans l'infanterie (5 juin 1917, 1 Num 397/13). Pourtant son état d'esprit change au printemps 1918. Quelques jours après le déclenchement de la première offensive allemande (21 mars), il écrit : " en tout cas, il faut avoir confiance " (30 mars 1918, 1 Num 397/18). Et son affectation dans l'infanterie ne lui donne-t-elle pas finalement l'occasion de prendre toute sa mesure comme fantassin ? Ses actions, notamment fin septembre au ravin de Vauxaillon et au Mont des Singes, sont d'ailleurs récompensées par une citation.

    Par ailleurs, quelques lettres sont écrites à son frère aîné, Georges, né en 1888. Ce dernier fait partie des hommes qualifiés de " récupérés " pendant la Première Guerre mondiale (voir sa fiche matricule militaire, bureau de La Roche-sur-Yon, classe 1908, 1 R 635, n° 2301). En effet, le conseil de révision l'exempte du service militaire en 1908 pour raison médicale (perte de vision à l'œil droit), décision qui est maintenue en septembre 1914, lors de la première commission de réforme réunie après le déclenchement du conflit. Cependant, la seconde commission de réforme le classe en 1917 dans l'armée auxiliaire pour l'affecter au 93e RI à La Roche-sur-Yon (lettre du 31 mars 1917, 1 Num 397/15). Enfin une autre commission de réforme réunie à Nantes le reconnaît apte à faire campagne à partir d'octobre 1917. Georges Roux est mobilisé jusqu'au 23 juillet 1919 et meurt aux Clouzeaux en 1921. Quant au benjamin de la famille, Joseph, né en 1893, il est exempté par le conseil de révision de la classe 1913 pour tuberculose pulmonaire (1 R 1242). Son exemption est maintenue par les deux commissions de réforme de 1914 et 1917 (voir sa fiche matricule militaire, bureau de La Roche-sur-Yon, classe 1913, 1 R 681, n° 1715). Marié à Talmont en 1921 avec Augusta Dreillard, il meurt à Surgères (Charente-Maritime) en 1927.

  • 1 Num 34 - Papiers Tendron de Vassé (1576-XVIIIe)
  • 2 W - Secrétariat général de la Préfecture (1936-1972)

    Ce fonds contient les dossiers relatifs aux activités du secrétaire général de la préfecture et notamment celles en matière de gestion du personnel public du département.

  • La libération du territoire et le retour à la République - CNRD 2013-2014
  • 1Num367-3 - Les brancardiers du 12ème Régiment d'infanterie [1915-1918]

    Les 338 plaques de verre stéréoscopiques qui composent le fonds ont été numérotées et légendées par le photographe lui-même, en respectant les déplacements de la division des brancardiers. La collection est toutefois incomplète puisque quelques numéros manquent. La moitié des clichés concerne la guerre dans la Meuse. Quant aux autres prises de vues, elles ont été réalisées dans l'Aisne, la Somme, le Territoire de Belfort et le Doubs.

    Ce fonds se divise en deux parties. La première s'attache à présenter les brancardiers, leurs activités et leur quotidien. La seconde dévoile les secteurs des opérations militaires dans lesquels ils sont intervenus. Elle offre de nombreuses vues sur les ouvrages militaires, les armes, le quotidien des soldats mais également sur les conséquences des combats (destructions, soldats tués...).

    Cet inventaire ne suit que partiellement l'ordre initial des clichés, mais s'efforce en revanche de restituer, à chaque fois que nécessaire, l'ordre des déplacements dans les départements traversés.

    Des termes d'argot militaire, utilisés dans les légendes, ont été conservés pour décrire les photographies. Il s'agit notamment de "cagnaville", pour abri léger de tranchée, et de "brancardville", pour poste de secours.

  • 59 J - Documents iconographiques et imprimés issus du fonds Edmond Bocquier

    Sont uniquement réunies ici les pièces iconographiques contenues dans son fonds et qui ont été numérisées.

    La totalité de ses travaux est présentée dans l'inventaire en ligne "59 J - Fonds Bocquier (XVe s. -1948)" du menu "Inventaires et catalogues en ligne", rubrique "Enseignement, Culture, Sports et Loisirs"

  • 1 Y - Fonds de la préfecture (an IX-1940)

    La gestion des établissements pénitentiaires, bien que propriété du Département depuis le 9 avril 1811, est rattachée au ministère de l'Intérieur jusqu'en mars 1911, puis à celui de la Justice, et placée sous l'autorité du préfet, son représentant local. Toute décision comptable ou administrative est soumise à son approbation, et ce sont donc les documents produits ou reçus à cet effet par les services de la préfecture qui forment ce fonds confié aux Archives départementales par versements successifs. Après le décret du 31 mai 1871, chaque département passe sous la tutelle d'une circonscription pénitentiaire regroupant plusieurs départements. Le contrôle et la gestion des prisons départementales sont donc assurés au niveau régional par un directeur de circonscription pénitentiaire. Ses décisions sont transmises au préfet du département concerné, lequel informe à son tour le ministère. La Vendée dépendra successivement des circonscriptions de Nantes en 1871, de Thouars en 1909 et de Bordeaux en 1926.

    Ce fonds issu de la préfecture permet de comprendre l'organisation et le fonctionnement des prisons départementales, des chambres et dépôts de sûreté, ainsi que des dépôts de mendicité. Il s'articule autour de 4 grands axes :

    - La réglementation concernant ces établissements ;

    - Les prisons départementales et leur fonctionnement au travers d'enquêtes minstérielles, d'inspections générales, de rapports divers, de délibérations des commissions de surveillance, avec également une partie consacrée au personnel pénitentiaire et une autre à la comptabilité. On découvre le rôle prépondérant de l'Entreprise générale des services économiques assurant les dépenses liées aux détenus et leur fournissant un travail en atelier. On suit le parcours de jeunes détenus, âgés d'une dizaine d'années, parfois moins, à la lecture des pièces composant leur dossier nominatif, et l'on assiste à leur départ pour les colonies pénitentaires jusqu'à leur majorité. Officient par la suite les sociétés de patronage des libérés chargées de leur réinsertion ;

    - La spécificité des chambres et dépôts de sûreté, où transitaient nombre de prisonniers civils ou militaires ;

    - Les dépôts de mendicité créés pour accueillir les vagabonds et mendiants condamnés par les tribunaux correctionnels, mais également les mesures prises, tout au long du XIXe siècle, par les institutions départementales pour l'extinction de la mendicité.

  • 2 Y 3 - Fonds de l'établissement pénitentiaire des Sables-d'Olonne (1828-1954)

    Les archives de cet établissement pénitentiaire sont composées essentiellement de registres d'écrou qui constituent à eux seuls une mine d'informations sur la population carcérale. Ils précisent en effet, pour chaque détenu, les mentions d'état civil, l'origine sociale, la constitution morphologique, la profession et le degré d'instruction, le motif, la durée et la destination d'incarcération, etc. Seul le contenu de trois carnets d'ordres de service (1891-1930) complétés par un catalogue de la bibliothèque laisse deviner l'organisation de l'administration pénitentiaire, et il faut consulter la sous-série 1 Y (fonds de la préfecture) pour en parfaire la compréhension.

  • 2 Y 2 - Fonds de l'établissement pénitentiaire de Fontenay-le-Comte (an XI-1934)

    Les archives de l'établissement pénitentiaire sont composées essentiellement de registres d'écrou qui constituent à eux seuls une mine d'informations sur la population carcérale puisqu'ils précisent pour chaque détenu leur état civil, leur origine sociale, leur description morphologique, leur profession et degré d'instruction, le motif, la durée et la destination d'incarcération, etc. Les carnets d'ordres de service (1874-1926), les rapports journaliers du gardien-chef (1876-1885), les registres d'inscriptions des bijoux et objets précieux des détenus, les prescriptions médicales à leur encontre, ainsi que les registres de prêt d'ouvrages de la bibliothèque nous renseignent également, même si ce n'est que partiellement sur le fonctionnement de l'administration pénitientiaire, et il faut consulter également la sous-série 1 Y (fonds de la préfecture) pour en parfaire la compréhension.

  • 2 Y 1 - Fonds de l'établissement pénitentiaire de La Roche-sur-Yon (1811-1940)

    Les archives de l'établissement pénitentiaire sont composées essentiellement de registres d'écrou qui constituent à eux seuls une mine d'informations sur la population carcérale puisqu'ils précisent pour chaque détenu leur état civil, leur origine sociale, leur description morphologique, leur profession et degré d'instruction, le motif, la durée et la destination d'incarcération, etc. Seuls deux carnets d'ordres de service (1921-1930) renseignent sur le fonctionnement de l'administration pénitentiaire, et il faut consulter la sous-série 1 Y (fonds de la préfecture) pour en parfaire la compréhension. Il en est de même pour le personnel pénitentiaire qu'on ne découvre que sommairement par l'unique registre matricule des agents de surveillance [1879-1930].

  • Notaires de Fontenay-le-Comte : analyses d'un choix de pièces (1578-1701)

    M. Jean Maillaud réalisait, dans les années 1970, des descriptions précises d'un grand nombre de minutes de plusieurs notaires de Fontenay-le-Comte pour la période 1550-1650. Celles-ci ont été reprises dans cet inventaire, allégées des longues citations qui souvent les complétaient.

    Le minutier de Fontenay-le-Comte, pour cette même période, a été entièrement numérisé et est accessible en ligne ; l'inventaire précise, dans certains cas et grâce aux relevés effectués par M. Jaunet, le numéro de vue à partir duquel on peut consulter les minutes analysées.

  • 4 M 380-433 - Sûreté générale

    Il est seulement publié dans cet inventaire la partie "Surveillance des personnes et des mouvements politiques" de la sous-série 4 M. Les pièces concernant la période du Second Empire sont consultables en version numérisée et disposent d'analyses plus dévelopées.

  • 1 T 1225 à 2155 - Instruction publique. - Fonds de la préfecture

    Ponctué par de grandes lois scolaires, le XIXe siècle pose les bases de l'organisation actuelle de l'enseignement en France. Le réseau d'écoles primaires communales se structure petit à petit, les établissements d'enseignement secondaire s'affirment et se stabilisent au fil du siècle, le tout encouragé et contrôlé par l'Etat, le ministère chargé de l'instruction publique et leurs relais locaux respectifs : le préfet et l'inspecteur d'académie (à partir de 1850).


    L'une des spécificités de la Vendée est la place majeure occupée dans l'instruction publique par les congrégations religieuses, notamment dans l'enseignement primaire des filles, y compris avant la loi du 10 avril 1867 qui impose l'ouverture d'écoles communales de filles. En 1900, la moitié des filles de plus de 6 ans fréquentent des écoles privées - les deux sexes confondus, plus d'un tiers des enfants du primaire sont alors scolarisés dans l'enseignement privé. L'enseignement est par conséquent l'un des lieux où s'expriment les tensions très vives entre population, communes et Etat à la toute fin du XIXe et au début du XXe siècle. L'impact de la loi de 1886 qui laïcise le personnel enseignant communal concerne principalement les écoles de filles : dans de nombreuses communes, l'école privée de filles tenait lieu d'école communale. Les constructions et les déclarations d'ouverture d'écoles privées suivent presque immédiatement les fermetures d'établissements laïcisés ; certaines écoles publiques peinent à conserver leurs effectifs, voire sont par endroits désertées ; des tensions entre écoles et Eglise se nouent, notamment autour des heures de catéchisme et des cérémonies religieuses. La politique du diocèse et des congrégations religieuses, sous la houlette de Mgr Catteau (1877-1915), favorise quant à elle la création et le maintien d'un réseau d'écoles privées légales, tant dans l'enseignement primaire que secondaire et technique, et ce malgré le contexte législatif qui restreint puis impose, sous peine d'interdiction d'enseigner, la sécularisation aux enseignants religieux. La baisse des effectifs de l'enseignement privé, causée par les lois scolaires de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, ne sera que brève ; l'enseignement privé dépassera rapidement sa position antérieure, devenant par la suite nettement et durablement majoritaire chez les filles comme chez les garçons.


    PANORAMA DES PRINCIPAUX TEXTES LÉGISLATIFS SCOLAIRES


    - Le décret du 3 brumaire an IV définit les trois degrés de l'enseignement (primaire, secondaire et spécial) et parachève l'organisation des écoles centrales, créées au chef-lieu de département (décret du 7 ventôse an III ).


    - La loi du 11 floréal an X confirme les trois degrés de l'enseignement, et précise les modalités de fonctionnement des établissements scolaires (écoles primaires, secondaires et lycées entretenus par l'Etat) : traitement des instituteurs, matières enseignées, surveillance de l'instruction, etc.


    - La loi du 17 mars 1808 et le décret du 17 mars 1808 organisent l'Université impériale, corps chargé de l'enseignement public dans l'Empire ; l'institution sera progressivement remplacée sous la monarchie par un ministère en charge de l'Instruction publique.


    - L'ordonnance du 29 février 1816 oblige les communes à pourvoir à l'instruction des enfants. Des comités gratuits et de charité, composés notamment du sous-préfet, du juge de paix et de notables locaux, sous la présidence du curé, sont mis en place au niveau des cantons afin de surveiller l'enseignement religieux et moral. Les instituteurs doivent désormais être titulaires d'un brevet de capacité, délivré par le recteur, et présentés au comité cantonal.


    - La loi du 28 juin 1833, dite loi Guizot, impose aux communes de plus de 500 habitants l'entretien d'une école primaire élémentaire de garçons. Une école primaire supérieure doit être établie dans celles de plus de 6000 habitants, ainsi que dans les villes-préfectures. Les écoles sont désormais contrôlées au niveau communal par un comité local de surveillance, au sein duquel siègent le maire, le curé ou le pasteur et des notables de la commune. La loi introduit également une distinction entre les écoles publiques, entretenues totalement ou en partie par les communes, les départements ou l'Etat, et les écoles privées, ouvertes par tout individu muni du brevet de capacité ou d'un certificat attestant de ses capacités d'enseigner.


    - La loi du 15 mars 1850, dite loi Falloux, renforce la loi du 28 juin 1833 en imposant l'entretien d'une école de filles dans les communes de plus de 800 habitants. Elle met surtout en place des dispositions favorisant l'ouverture d'écoles privées, qui sont requalifiées "écoles libres". Le comité local de surveillance est maintenu. Une académie est créée par département, ainsi qu'un conseil académique (transformé en conseil départemental de l'instruction publique par la loi suivante) composé de membres de la préfecture, de l'inspection académique, de l'évêché et du conseil général.


    - La loi du 14 juin 1854, dite loi Fortoul, revient sur l'organisation des académies, qui regroupent désormais plusieurs départements. Un inspecteur d'académie est nommé par département ; il est vice-président du Conseil départemental de l'instruction publique, présidé par le préfet.


    - La loi du 10 avril 1867, dite loi Duruy, oblige les communes de plus de 500 habitants à entretenir une école de filles. Des caisses des écoles peuvent être créées par le conseil municipal afin d'apporter des secours aux élèves indigents. Toutes les écoles publiques, y compris celles libres tenant lieu d'école publique ou bénéficiant d'une subvention de l'Etat, sont soumises à l'inspection académique. Enfin, la loi s'attarde à préciser les conditions de salaire des instituteurs et institutrices.


    - Les lois des 16 juin 1881 et 28 mars 1882, dites lois Ferry, instaurent l'enseignement primaire public, gratuit et obligatoire de 6 à 13 ans. L'instruction religieuse n'a plus cours dans les écoles publiques, et devient facultative dans les écoles privées ; les dispositions de la loi de 1850 donnant aux ministres des cultes un droit d'inspection et de surveillance sont abrogées. Une commission scolaire doit être mise en place dans chaque commune, afin de surveiller et d'encourager la fréquentation des écoles.


    - La loi du 30 octobre 1886, dite loi Goblet, définit l'organisation de l'enseignement primaire, depuis les écoles maternelles jusqu'aux classes primaires supérieures et aux cours complémentaires, les conditions requises pour y enseigner, et le rôle des commissions scolaires et du conseil départemental (désormais chargé uniquement de l'enseignement primaire, il remplace celui de l'instruction publique). Cette loi asseoit par ailleurs le rôle des inspections académiques, précise que l'enseignement dans les écoles publiques sera exclusivement confié à un personnel laïc, et elle reprend la terminologie d'"écoles privées" (et non "écoles libres") de la loi de 1833.


    - En janvier 1902, le Conseil d'Etat soumet toute ouverture d'école où enseignent des congréganistes à l'obtention d'une autorisation préalable.


    - La loi du 7 juillet 1904 interdit l'enseignement aux congrégations religieuses : les enseignants doivent se séculariser ou cesser d'enseigner.



    La sous-série 1 T des Archives départementales, consacrée à l'enseignement, est constituée des fonds de quatre ensembles d'origines différentes : la préfecture (1 T 1225 à 2156), l'inspection académique (articles 1 T 1 à 745), les écoles normales d'instituteurs et d'institutrices (articles 1 T 746 à 923) et les établissements scolaires (articles 1 T 924 à 1224).

  • Communiquer pour résister (1940-1945)

    Le thème du concours de la résistance 2012 est "Communiquer pour résister (1940-1945)".


    S'ADRESSER

    L'appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle est l'acte fondateur de la Résistance. On sait, de la part des Anglais, toutes les précautions qui entourent sa diffusion et les limites de sa réception en France. Cependant ce message donne une adresse à la Résistance : un homme, presque inconnu. Un territoire qui symbolise la Resistance au nazisme : l'Angleterre et Londres. A partir de ce moment ceux qui partagent les conceptions de " l'ex colonel de Gaulle ", selon les termes des documents de Vichy, savent symboliquement puis pratiquement à qui s'adresser !

    Comment mesurer l'impact de ce message en France et en Vendée ? De Gaulle devient-il immédiatement l'interlocuteur clair de ceux qui s'engagent dans le refus de la défaite ? Le témoignage d'un résistant de la première heure en Vendée évoque, pendant l'été 1940, " la perspicacité " de ceux qui pouvaient " percer l'activité des patriotes qui, au 18 juin 1940, avaient répondu à l'appel de de Gaulle ".

    Cette " perspicacité " doit nous faire comprendre qu'en Vendée, comme ailleurs, le niveau d'appropriation du message gaulliste est loin d'être massif et spontané. Cependant au début de l'année 1941, ces mêmes témoignages qui évoquent la constitution progressive des réseaux de résistance mentionnent le rôle de la " BBC gaulliste " qui organise la campagne des V. Cette lettre est rapidement associée à de Gaulle lui-même et à sa prémonition d'une victoire finale. On constate assez rapidement l'assimilation entre l'homme, ses convictions et l'outil de communication qui relaye son action, la BBC. À Challans, ce sont de jeunes garçons qui ont entre 14 et 17 ans qui inscrivent la lettre sur divers immeubles de la localité. Les premiers messages sont passés.

    On trouve un autre mot d'ordre qui permet d'évaluer la portée de la voix de de Gaulle en Vendée. En octobre 1941, il invite à un arrêt de travail en solidarité avec des otages fusillés. Le 31, le commissaire de police qui rédige un rapport à la Feldkommandantur, s'empresse de ne mentionner aucune manifestation sauf celle d'un " ivrogne qui, 10 minutes avant l'heure fixée, tentait de discourir sur la place Napoléon..."

    Mais la référence à de Gaulle dans les papillons et les tracts de l'année 1941 est de plus en plus dense. Des exemplaires sont lancés depuis des bicyclettes dans les rues de La Châtaigneraie, dans la matinée du 13 août 1941. Ce même jour et au même endroit, " des inscriptions outrageantes à l'égard du gouvernement sont apposées sur les murs (...) Pétain : au berceau, Darlan : au poteau, de Gaulle : au boulot ".

    Le message correspond à un argumentaire qui n'est pas isolé puisqu'on le retrouve au même moment sur des cartes portales détournées, adressées au préfet et qui font office de tracts. Dans ce slogan, les conceptions gaullistes sont assimilées par les acteurs de la Résistance, même si les hésitations sur l'orthographe et le positionnement des barres de la croix de lorraine sur certaines cartes portales, révèlent un niveau d'appropriation encore incomplet des symboles, mais pas du message.

    De Gaulle devient, par un acte de communication fondateur, l'interlocuteur de la Résistance. Mais Londres et la France Libre sont une référence lointaine. À qui s'adresser pour s'engager en Résistance ? Il ne faut pas oublier les pesanteurs du contexte. D'une manière générale, la débâcle a assommé une bonne partie de la population.

    Le régime de Vichy a dénoncé les faiblesses de la République, et la contestation de la légitimité de Pétain est loin d'être massive. En Vendée, le territoire est occupé par les Allemands qui vont délimiter une zone interdite le long de la côte. Ces éléments construisent une ambiance de tension et de méfiance qui font craindre la dénonciation. Avant même de penser aux réseaux structurés, il faut évoquer la circulation de la parole, la discussion en confiance, et là ce sont les lieux de sociabilité classiques qui jouent d'abord un rôle. Les cafés par exemple.

    Les témoignages sur la Résistance aux Sables-d'Olonne précisent que " le 14 juillet 1940, un groupe important de patriotes sablais se réunit chez madame Bégaud, café rue de la Patrie, pour chanter la Marseillaise, se réconforter mutuellement, se jurer à soi-même et aux autres qu'isolément ou en groupe, on luttera contre l'influence teutonne, on sabotera son travail de propagande et de fortification des côtes ". A La Barre-de-Monts aussi, c'est dans le café Chaigneau, dont le propriétaire est aussi secrétaire de mairie, que deux réseaux fusionnent.

    Les réseaux se construisent dans des espaces de proximité qui garantissent une certaine sécurité. On retrouve cette logique dans ce qui rapproche de nombreux instituteurs républicains. À Saint-Gilles-Croix-de-Vie, l'instituteur à la retraite Charrier peut compter sur son ami Edmond Bocquier, lui-même directeur honoraire de l'école normale et adjoint au maire, pour rassembler des documents qui sont ensuite transmis à un agent gaulliste. Si tous les instituteurs vendéens n'appartenaient pas à des réseaux, leur engagements collectif est assez significatif pour qu'un témoignage de l'après-guerre mentionne d'un individu qu'il est " le seul instituteur qui ait été pro-allemand... je répète : ce fut le seul instituteur de Vendée qui ne fit honneur à la formation laïque pendant toute l'Occupation ". Les réseaux se fondent sur l'équilibre fragile de la méfiance et de la confiance. On sait ainsi que les cafés furent aussi des souricières pour des arrestations collectives des réseaux, et que des dénonciations eurent lieu après de simples discussions animées.

    CONTREDIRE

    La Résistance cherche à dénoncer la propagande de Vichy ou des Allemands pour établir une autre vérité, qui doit toucher l'opinion publique. Les tracts et papillons d'inspiration gaulliste que nous avons évoqués plus haut, s'inscrivent dans cette démarche quand, par exemple, ils opposent la croix de Lorraine et la croix gammée sur une carte postale représentant Pétain. La dénonciation de la " collaboration avec l'ennemi (qui) est une honte, la majorité du peuple (étant) contre la collaboration, à bas Darlan et Pétain traitres à la patrie " inscrits au dos d'une carte postale du printemps 41, s'oppose clairement à la politique lancée à Montoire.

    Cependant on note dans ces documents une attitude encore ambiguë vis-à-vis de Pétain. Dans certaines cartes on ne condamne clairement que Darlan et Laval, dans d'autres Pétain est associé à la croix de Lorraine, comme si on avait du mal à accepter la trahison du vainqueur de Verdun. Conception qui alimentera la théorie du glaive et du bouclier de l'après-guerre ?

    Par contre, dans d'autres documents détournés, Pétain est clairement désigné comme le responsable de la politique menée. C'est le cas de cette affiche du journal "l'Illustration" de la première guerre mondiale, arrachée, pliée et envoyée au préfet " pour transmission à Vichy ". Là, on ne se reconnait plus dans l'homme de 1940.

    Maurice de La Pintière, dans ses caricatures, porte un regard très juste sur la réalité du régime de Vichy, qu'il partage avec ceux qui entrent dans son petit réseau de résistance des Beaux-Arts à Paris. Ces jeunes élèves distribuent des tracts et fabriquent de fausses cartes d'identité. Toujours un carnet à la main, La Pintière croque jusqu'en 1943, le début du conflit, la défaite, puis la politique de Vichy dont la Collaboration. Si sa vision mondiale de la guerre participe de la justesse de son propos, il est intéressant de constater qu'il n'est pas question de de Gaulle dans ses caricatures. Cependant, au début de 1943, quand il veut s'engager plus loin dans l'action résistante, ce sont les Forces française libres qu'il cherche à rejoindre.

    Il contredit donc la diffamation de la République et dénonce la prise de pouvoir autoritaire de Pétain. Il contredit l'idée d'indépendance de la France dans la collaboration avec Hitler, en soulignant la prédation économique de l'Allemagne nazie. Il contredit encore la manipulation de la Relève, instaurée par Laval, en insistant sur la réalité de ce marché de dupes.

    La contradiction est aussi la stratégie de la communication des Alliés. Quand ils débarquent en Afrique du nord, en 1942, la réaction des autorités de Vichy est très vive. Les services de propagande américains élaborent alors un petit dépliant qui fait un parallèle entre l'intervention de 1917 et celle de 1942. " Souvenez-vous " est le mot d'ordre du tract qui espère," place de la Concorde, un nouveau défilé de la victoire ".

    Dans le journal, "l'Amérique en guerre", bon nombre d'articles contredisent la suprématie allemande en mettant en avant " les dernière armes anti-sous-marines de la Grande Bretagne " qui imposent " leur dernière plongée " aux sous-marins du Reich.

    INFORMER

    Les inscriptions sur les murs, les papillons lancés à la sauvette, les lettres anonymes et les tracts sont la première expression de la Résistance. Ces actes sont spontanés ou déjà structurés, mais l'organisation d'une presse résistante demande une organisation toute particulière.

    Le contrôle sur la presse est évident. En zone nord, le contrôle allemand est total, alors qu'en zone sud, les publications dépendent des services de censure de Vichy et des services des préfectures. Les journaux sont des instruments de combat et de propagande, comme le prouve un document de la préfecture de Poitiers, en novembre 1941, qui demande au préfet de la Roche-sur-Yon de faire " insérer dans la presse du département un communiqué qui condamne la diffusion de tracts communiste et gaullistes, sous peine de répression des autorités françaises et d'occupation ".

    Pendant l'Occupation, on compte près de 1000 journaux clandestins, parfois avec une existence éphémère. En zone nord, Pantagruel, Franc-Tireur, Libération-Nord, Défense de la France, et en zone sud, Combat, Cahiers de Témoignage chrétien et Libération. Cet engagement pour une information libre est très risqué, et parfois les journaux font paraitre très peu de numéros. C'est que les autorités contrôlent les outils, comme les presses d'imprimerie ou le papier. Ainsi le préfet de la Vendée et ses collègues reçoivent l'ordre de rechercher et de surveiller les individus qui achètent des caractères et d'autres matériels d'imprimerie. Les Alliés et la France libre à Londres peuvent pallier ces contraintes en compilant et en diffusant la presse clandestine, comme dans ces tracts largués en Vendée en 1943, qui rendent " hommage à la presse clandestine, " en soulignant les risques que prennent les journalistes pour écrire ces journaux sous les yeux de l'ennemi, et en insistant sur le contenu des informations qui valorisent " les splendides victoires britanniques, américaines et de l'Armée rouge ". Le courrier de l'air donne a lire aux Vendéens une "revue de la presse libre apportée par les amis de la RAF et distribuée au patriotes français ". Là, ce sont des titres internationaux qui sont rendus abordables, comme le Times, le Daily Telegraph.

    En France, la résistance communiste est la plus à même d'organiser une presse d'opposition. De fait, L'Humanité clandestine compte 317 numéros, et c'est le plus diffusé des journaux. Mais le parti communiste est à l'origine d'un ensemble de publications impressionnant pendant la guerre. Dans les consignes données aux militants, on voit régulièrement la nécessité de récupérer, cacher et utiliser les matériels d'imprimerie et les machines à écrire. Ce constat nous amène à l'analyse d'un autre aspect de la communication pour résister, celui de la propagation des convictions.

    PROPAGER

    Les conflits du XXe siècle ont une dimension idéologique centrale. Les idées doivent être véhiculées, et la propagande les diffuse alors que la censure les contrôle. Ces outils ne sont pas exclusivement ceux des totalitarismes, les démocraties aussi savent les utiliser pour arriver à leurs fins, mais les réseaux communistes de résistance instituent ce principe en système. Il n'est que de lire les reproductions de documents communistes qui parviennent aux autorités vendéennes, à partir de 1941, pour le comprendre.

    A partir de l'agression de l'URSS par l'Allemagne, la machine communiste s'est mise en branle d'une manière systémique. La tradition centralisatrice et révolutionnaire facilite l'organisation du parti dans la clandestinité, et la maitrise de la communication est essentielle, autant pour relayer les ordres de Moscou que pour diffuser la propagande ou organiser le fonctionnement des réseaux. C'est la dimension propagandiste qui nous intéresse en premier, car la presse ou les tracts communistes retrouvés en Vendée mettent clairement en avant l'action de l'URSS pendant la guerre.

    Si cette propagande s'adresse au peuple français, un journal comme l'Avant-Garde s'adresse aussi à la clientèle classique du Parti, c'est-à-dire le monde ouvrier, comme le montre un numéro de juin 1941 qui salut " les jeunes galibots et les jeunes mineurs ". Ce constat pousse à s'interroger sur la consistance de la résistance de nature communiste en Vendée. En 1943, le Front National est mis en place et, dans le département, il rassemble, selon les états réalisés après la guerre, "une soixantaine de membres dans la clandestinité, mais il ne regroupe pas que des communistes, et en 1944 il comporte 5000 adhérents de toutes nuances politiques mais surtout de gauche en raison de sa direction communiste ". L'activité communiste se développe aussi dans la mouvance des réseaux de territoires limitrophes, et entre autres, dans la région nantaise et autour de Saint- Nazaire.

    Très vite, les Alliés aussi prennent conscience de la nécessité de mener une guerre psychologique et de propagande. Que ce soit pour les Anglais ou les Américains, le but est de " porter un coup décisif au coeur du moral ennemi, et de soutenir le moral des populations occupées ". Les largages par avion sont dans la continuité de la M ballon Unit qui existe depuis 1915. Les Américains s'inscrivent dans une guerre psychologique qui doit à la fois semer la confusion chez l'ennemi, décourager et susciter la méfiance, conforter les thèses défaitistes pour inciter à cesser le combat. On retrouve ces logiques dans les tracts largués en Vendée, comme ils le sont par millions entre 1940 et 1944 sur toute l'Europe. Il est difficile d'évaluer l'impact de cette propagande aérienne. Les principaux titres sont le Courrier de l'air, l'Amérique en guerre... Ils tombent sur les communes rurales de Vendée à partir des bombes psychologiques ou des box drop, techniques élaborés par les Anglais.

    Mais les liens avec les Alliés et les gaullistes débouchent aussi sur une volonté d'action.

    AGIR

    Nous avons évoqué précédemment des outils et des manières de résister. Elles vont de la résistance spontanée et plus ou moins individuelle du début de la guerre, avec les graffitis, à la constitution de réseaux en contact avec les Alliés. Elles passent par des actes de contestation de la politique de collaboration, qui ne doivent pas faire oublier les risques de la simple écoute de la BBC. Mais la question du CNRD permet aussi d'évoquer l'action des résistants, au sens propre du terme. Et comment les moyens de communication permirent de les optimiser ?

    Avec le recul, il est finalement difficile d'en rendre compte. L'action clandestine est par nature discrète, et elle laisse peu de traces, sinon dans les rapports des autorités d'occupation et de Vichy, et dans les témoignages postérieurs à la guerre.

    Le gaullisme, nous l'avons constaté, a progressivement, mais rapidement, une influence sur la résistance vendéenne. L'entrée en résistance d'Edouard Cosset, instituteur public, le confirme. Lieutenant de réserve en 1940, dans la débâcle, il s'apprête à partir pour l'Afrique du nord quand un ordre contraire lui parvient. Jugé ensuite indésirable par l'administration vichyste, il rentre dans la clandestinité à la Roche-sur-Yon en juillet 1940. Là, il reçoit la visite d'un inconnu qui porte le portrait de son fils, évacué à Dunkerque et qui se trouve en Angleterre. Il accepte de prendre en charge des exfiltrations vers l'Algérie et l'Angleterre. Ce travail nécessitait des contacts discrets mais réguliers avec les Alliés. C'est là que la BBC et ses fameux messages jouent leur rôle.

    On le constate dans le cas d'Ernest Seigneuret, qui fonde un service de renseignement dès septembre 1940, et programme l'évasion de prisonniers nord-africains et de trois aviateurs français via Limoges vers l'Angleterre. Le message à la BBC, " les 3 sangliers sont bien arrivés ", confirme la réussite de l'affaire. Pour recevoir des armes, comme le mentionne un autre témoignage pour un réseau des Sables-d'Olonne lors de la libération de la ville, les résistants attendent avec impatience que " la maison soit en brique ".

    Les maquis ne sont pas massivement représentés en Vendée. A la fin de la guerre, ils prennent une certaine consistance et doivent eux aussi avoir des liens avec l'extérieur par le biais des matériels de radio. Un exposé des élèves du collège Piobetta, consultable sur le site internet des Archives départementales, mentionne à ce sujet le maquis de Dompierre-sur-Yon.

    Le renseignement est une des activités centrales des résistants vendéens, surtout dans le contexte de la construction du mur de l'atlantique. L'un des animateurs du Front National aux Sables-d'Olonne impressionne ses compagnons par sa connaissance " par cœur des côtes vendéennes, de la pointe de Saint-Gildas à celle de l'Aiguillon, avec toutes les défenses naturelles et les fortins allemands, et les amis courageux et les planques, refuges. De plus il parlait l'anglais couramment ". Le réseau Front National prend d'ailleurs beaucoup de risques en flirtant avec des Français travaillant pour l'organisation Todt, qui vont dénoncer certains d'entre eux dans un double jeu. Dans un autre réseau, celui de La Barre-de-Monts, les résistants " collaborent à l'établissement d'un plan des fortifications de l'île de Noirmoutier, qui fut emporté par un mystérieux militaire...vers quelque deuxième bureau clandestin ". On voit bien les exigences de la clandestinité pour la survie de ces réseaux, mais aussi les problèmes qu'elle pose pour l'analyse historique. Rien de linéaire et de lisible dans la durée. Ainsi avons-nous mentionné le rôle d'Edmond Bocquier dans la Résistance. Les documents qu'il collecte sont le résultat de ses pérégrinations sur le littoral, sous couvert d'un travail d'érudition locale. Il dessine sur du papier à cigarette, que l'on peut cacher ou avaler facilement, les fortifications dans la région de Saint-Gilles. Il ne faut pas négliger non plus son rôle comme adjoint au maire, qui lui donne accès à de nombreuses informations.

    La Résistance doit pouvoir communiquer dans le secret. On a évoqué plus haut la restriction des traces écrites dont la saisie entrainait des arrestations. Dans le cas du Front National, l'un des animateurs du réseau est arrêté avec ses carnets, mais les " listes numérotées ne purent jamais être interprétées ".

  • 4 T - Affaires culturelles (1806-1940)

    La première partie de ce fonds concerne les différents types de spectacle (théâtre, musique, cinéma) et l'organisation des infrastructures destinées à les accueillir. On y trouve également la gestion des établissements culturels (bibliothèques, musées), dont la préfecture supervise le fonctionnement, tout en participant à leur développement par l'enrichissement de leurs collections. Le fonds rend ensuite compte du contrôle exercé sur les sociétés savantes, dont on s'assure qu'elles se limitent aux questions culturelles et scientifiques, et sur les projets nationaux de recherche scientifique dont le préfet coordonne les travaux locaux. Il comprend enfin les pièces relatives aux commissions consultatives chargées des procédures d'inventaire et de classement des richesses du département (monuments historiques, objets d'art, sites naturels), ainsi que des dossiers d'érection des monuments commémoratifs (ces derniers incluent les monuments aux morts de la guerre de 1914-1918, pourtant édifices communaux, car leur plan de construction est préalablement validé par une commission départementale).

  • 225 J - Fonds Archaix

    Le fonds Archaix comprend les papiers de l'Association des amis de l'abbaye de Nieul-sur-l'Autise, à sa création (1936-1939) et pour la période 1956-1966. Ils concernent la vie de l'association (assemblées générales, élections du bureau, comptabilité) et les actions entreprises : restauration du site, mise en valeur touristique (organisation de visites et de conférences, élaboration de brochures et de cartes postales).

  • Carnets de guerre et correspondance d'Abel Epaud (1914-1919)

    Les cinq carnets de guerre manuscrits, tenus quotidiennement par Abel Epaud ont été dactylographiés postérieurement par sa famille. Ces carnets ne couvrent pas la totalité de la guerre, mais seulement la période du 30 juillet 1914 au 11 janvier 1917, à la différence de sa correspondance plus complète. Les quatre premiers carnets donnent beaucoup de détails sur le quotidien de la vie militaire au front, le dernier est beaucoup plus lapidaire. La correspondance qu'Abel Epaud adresse à sa famille, principalement à sa grande soeur, couvre la totalité du conflit, du 13 août 1914 au 26 juillet 1919. Seul le dernier mois est sans correspondance : la dernière carte date du 26 juillet, il est démobilisé le 22 août 1919. Dans la correspondance reçue par Abel, l'on trouve celles de cousins mobilisés eux aussi, les cartes postales de l'un d'eux mobilisé dans la Marine, sont expédiées de fronts fort éloignés de la France : Grèce, Russie ...

  • 1 Num 253 - Photographies de Lucien Violleau (1925-1944)

    Ces photographies sont extraites de la transcription des "Mémoires" de Lucien Violleau réalisée par sa fille Marie-Claude Pouvreau. En plus de quelques photographies de famille, elles illustrent toute la période couverte par ses "Mémoires" : le régiment, la guerre et sa captivité. La plupart des légendes sont de Lucien Violleau lui-même : il avait annoté les photographies au dos.

  • 144 J - Manuscrits Collinet (Les Sables-d'Olonne, 1739-1804)

    André Collinet, " philosophe " et acquis à la Révolution, a laissé des " Mémoires " pour l'histoire de la ville des Sables-d'Olonne de 1739 à 1804. Sous forme de journal, ces " Mémoires " tiennent aussi du livre de raison et comprennent de longues citations ou réflexions sur des sujets très divers.

    Ils ont connu deux rédactions plus élaborées dont ne subsistent que des séries incomplètes : 19 carnets in-8° (cotés ici 144 J 1-19), dont manquaient déjà en 1913 les numéros 8 à 11 (période de 1782 à 1788), et les pages 445 à 624 d'un registre in-4° allant de l'an III à 1804 (coté ici 144 J 20). Le matériau de base est constitué par une troisième série disparate de carnets (cotés 144 J 21-34) comprenant des notes prises au jour le jour : on pourra comparer les passages parallèles sur une même période en notant le choix retenu et les ajouts qui prouvent que le mémorialiste utilisait d'autres sources ; outre ces notes, les carnets, employés parfois tête-bêche, réunissent de longues citations des philosophes ou d'auteurs éclairés de son temps (le comte de Mirabeau entre autres), des listes de livres qui nous dévoilent la culture de l'auteur, des considérations économiques sur l'exploitation et le commerce du sel tout particulièrement, des chansons aussi. On ajoutera à cette série deux essais littéraires (144 J 30-31 et 34) qui utilisent les connaissances du Canada qu'avait le marin Collinet et ses lectures sur les bons sauvages : " Récréation nautique ou les aventures de Thomas Franchimon et d'Henriette d'Arcemal " ainsi que " Mont Ardor, histoire pour faire suite à Bihibis ". Cette série de notes, vraisemblablement très lacunaire comme le montre les cotes des carnets, comprend encore un fragment de " Bihibis ". Le relevé ci-dessous rend caduc celui qu'avait publié M. Gourhand dans " l'Annuaire de la Société d'émulation " en 1958 (p. 24-28), qui est incomplet.

    Longtemps méconnus, les carnets de Collinet ont pu subir la censure de leurs détenteurs : tantôt des pages ont disparu, tantôt un groupe de feuillets arrachés subsiste. Les idées de Collinet, parfois très critiques vis-à-vis de la religion, ont-elles heurté ? Son fils Armand, mort en 1852, a légué ces carnets à la fille de son ami Jean-Baptiste Delille, Mme Guyétant, qui à son tour les déposa à la cure de La Chaume au début du siècle. Microfilmés en 1957 aux archives nationales sous la cote 146 Mi (film copié aux archives de Vendée sous la cote 1 Mi 44), ils ont été déposés en 1962 sauf cinq, retrouvés par la suite et déposés en 1986. A cet ensemble s'ajoutent les n° 20 et 21 donnés en 1969 par M. Bodart de Nice et qui étaient restés anonymes jusqu'à leur récent rapprochement avec les autres.

    Les érudits sablais n'ont longtemps connu et cité Collinet que d'après des copies. Ainsi Ferdinand Ydier dans " Olona " (III, 1958, n° 9-10, p. 2 et ss.) signalait-il une copie de H. Riand tirée de celle de Borgnet et la sienne, prélevée sur celle du P. Tougeron vers 1920 qui lui-même l'avait tirée de celle d'Amédée Odin, exemplaire utilisé en son temps par Chassin ! Aucune d'entre elles n'a pu être localisée à ce jour (1990). Cf. Chassin. " Préparation de la guerre de Vendée ", t. I, p. XXIII, et Eugène Remaud, " Pages d'histoire sablaise : un bourgeois de La Chaume au XVIIIe siècle ", " Annuaire de la Société d'émulation de la Vendée ", 1913, 2e fasc., p. 45 et ss.

  • 186 J - Fonds Rigoir (1902-1943)

    La première partie du fonds contient des papiers de Charles Maurras, journaliste et homme politique français, l'un des fondateurs du quotidien royaliste, l'Action française.

    La seconde partie est constituée d'un ensemble de documents relatifs au groupement de Méridionaux d'Action Française.

  • 210 J - Fonds Rouillé (1697-1982)

    La première partie du fonds regroupe les travaux d'Augustin Rouillé sur les assignats : une version de l'ouvrage qu'il a rédigé sur le sujet, accompagnée d'épreuves et de matériel d'impression, la correspondance relative à l'ouvrage ainsi que des notes et de la documentation, cette dernière étant notamment composée d'un ensemble important d'imprimés révolutionnaires (190 pièces).

    La seconde partie correspond aux collections d'Augustin Rouillé, soit quelques monnaies de confiance, de la presse ancienne et des documents figurés ou manuscrits. Enfin, on trouvera un dossier plus tardif concernant la vente de la collection numismatique Tessier en 1982.

  • 1Num267 - J.A.C. des Brouzils

    Ce fonds contient les statuts et règlements de cette association ainsi que ses publications (le bulletin jaciste a été la seule publication catholique sur la commune de 1945 à 1946)

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