Les archives de la Vendée

1 Num 384 - Fonds Joseph et Églantine Mady (1913-1919)

Auteurs : par E. RoyImportance matérielle  : 806 lettres, 1 cahier, 9 photographies, divers papiers militaires
Description : FONDS D'ARCHIVES
Modalités d'entrées :

Collecte 14-18. Prêt Auvinet, 2013

Cotes extrêmes : 1 Num 384 1-22Dates extrêmes : 1913-1919
Importance matérielle (ml) : 0,20 mlAnnée de publication : 2014
  • Notice/biographie :
  • Joseph Mady, cultivateur né en 1892 à Saint-Michel-en-l'Herm, est incorporé le 8 octobre 1913 au 114e régiment d'infanterie, à Parthenay (Deux-Sèvres). Il passe au 35e régiment d'infanterie en octobre 1915, puis suit le 3e régiment d'infanterie coloniale dans les Balkans en décembre 1917. Joseph entretient une correspondance assidue avec sa bien-aimée Églantine Bardin de L'Aiguillon-sur-Mer, lui envoyant jusqu'à seize lettres au cours du mois de janvier 1918. Églantine est moins libre d'écrire : " si je vous avais écrit hier soir à la veillée, je crois bien que mon père aurait murmuré car il ne faut pas que j'écrive deux jours de suite " (Églantine, 06-06-1916). Au début de leur relation amoureuse à l'été 1913 (Églantine, 18-12-1915), Églantine est en effet très jeune ; elle est née le 2 septembre 1898 à L'Aiguillon-sur-Mer. Joseph et Églantine se marieront le 16 septembre 1919 à L'Aiguillon-sur-Mer et auront dix enfants.

  • Contenu ou introduction :
  • Dans sa correspondance, le couple échange des nouvelles, ainsi que des fleurs séchées (Joseph, 19-05-1915 ; Églantine, 28-01-1916) et des photographies (Joseph, 04-08-1915). Bien que leur éducation les force à une certaine retenue (ils se vouvoient jusqu'à juillet 1917), ils épanchent leurs sentiments, évoquent leur vie d'avant et aussi leur vie future dans laquelle Joseph se projette comme pour se donner une raison de survivre. Son état rassurant de " bonne santé ", sa foi et son espoir de permission - puis de paix lorsqu'il est dans les Balkans - sont mentionnés dans la plupart de ses lettres. Joseph s'inquiète pour sa mère, veuve depuis 1913, et pour son frère Félix et son neveu Marcel Gaudin, qui combattent eux aussi. Églantine commente les travaux agricoles et domestiques, les faits-divers, la météo et parle des soldats du pays. Les rumeurs et les prédictions colportées de bouche à oreille et par la presse les remplissent tour à tour d'espoir ou d'effroi. Que la distribution du courrier vienne à être retardée, et c'est le moral précaire de Joseph qui se trouve menacé : " cela est très ennuyeux de ne pouvoir désormais plus avoir des nouvelles quand l'on veut, ce sera encore une souffrance de plus à endurer, mais alors ce sera le plus dur pour nous car c'est la seule consolation que nous puissions avoir " (Joseph, 12-03-1917). Car l'absence de lettres rompt le lien avec l'être aimé, il se sent isolé. La correspondance en temps de guerre a évidemment des règles que Joseph n'ignore pas, et il faut compter avec la censure militaire (Joseph, 24-03-1917 ; Églantine, 14-04-1917) : " Je serais très heureux de vous donner quelques détails de ce qui se passe de ce moment mais il m'est impossible, il faut respecter les lois de la guerre " (Joseph, 03-07-1915). Églantine n'est pourtant pas dupe des mentions rassurantes que son ami fait notamment sur sa santé et ses conditions de vie : " Ah ! Je sais bien que vous ne me dites pas tout ce que vous savez car vous voudriez inspirer confiance à ceux qui sont loin du danger " (Églantine, 23-03-1916) ; " c'est là les souffrances que vous voudriez cacher, mais que je devine " (Églantine, 16-03-1917) ; " Sur celle [la lettre] datée du 22 laisse moi te dire que tu mens, mon amour, tu m'annonces que tu vas mieux, alors que ton écriture dit le contraire […] elle devait trembler ta main […] Ah ! Méchant, pourquoi me cacher l'exacte vérité, pourquoi veux-tu essayer de porter seul le fardeau qui t'accable, pourquoi veux-tu me cacher le fond de ta pensée ? " (Églantine, 11-03-1918).

    Joseph puise son courage dans sa confiance en Dieu : " Je suis un pauvre envoyé de Dieu sur Terre pour souffrir et je souffrirai sans murmurer jusqu'au moment où ma pénitence sera accomplie " (Joseph, 23-11-1915), ou encore " quand Dieu croira nous avoir fait assez souffrir, nous avoir fait expier nos fautes, il nous en récompensera selon notre valeur " (Joseph, 8-03-1917). Quand il se demande " comment il se fait que je suis toujours présent " il ajoute aussitôt " Dieu le sait " (Joseph, 24-06-1916). Sa foi est incontestable, il prie et assiste aux offices dès qu'il en a l'occasion (Joseph, 06-06-1917). Son vocabulaire reflète d'ailleurs sa culture chrétienne : il prie pour que Dieu fasse " bientôt cesser toutes ces orgies " (Joseph, 07-06-1915), il parle de sacrifice, de sa " triste vie de martyr " (Joseph, 10 et 16-03-1917) et de son " pays d'exil " (Joseph, 20-03-1918). Pour Églantine, la guerre serait une punition méritée : " [Dieu] a été si longtemps offensé et méconnu que maintenant il y a déchainé sur nous sa colère. Il mesure, pour l'arrêter, la somme de nos prières à celle de nos pêchés, mais ne vous désolez pas car cette somme doit bientôt égaler " (Églantine, 13-09-1915).

    Plus que les faits, cet ensemble de lettres permet d'approcher le moral des troupes combattantes. Comment les hommes tiennent-ils aussi longtemps dans des conditions insupportables ? Quel est le rôle joué par la foi et par les liens affectifs dans ce combat contre la peur et le découragement ?

    La correspondance du couple débute le 19 mai 1915. Joseph a déjà été hospitalisé deux fois du 8 septembre au 20 novembre 1914 pour une balle reçue au côté gauche à Fère-Champenoise (Marne), puis du 2 mars au 15 avril 1915 pour une blessure reçue à Zonnebeke (Belgique) (Joseph, 12-07-1915) ; il a reçu son baptême du feu vers le 30 août 1914 (Joseph, 22 et 30-08-1915). Pourquoi cet échange ne commence-t-il pas plus tôt ? Les lettres ont-elles été perdues ? Pourtant, Joseph et Églantine se fréquentaient déjà avant la guerre : " il y a bientôt deux ans que je dansais pour la première fois avec vous " (Églantine, 26-08-1915). Des missives échangées à l'été 1918 expliquent ce silence : ils s'étaient promis de ne pas s'écrire avant le retour de Joseph (Églantine, 23-06-1918 et Joseph, 09-07-1918). La longueur de la séparation a eu raison de leur patience. Ses lettres, Joseph les conserve précieusement et les relit souvent (idem Églantine 14-02-16). La dernière reçue va rejoindre celles qui l'ont précédée, en attendant d'être réexpédiée par paquet en Vendée (Joseph, 26-02-1918). Les cartes postales quant à elles n'ont pas été conservées, à l'exception d'une seule.

    Seules les permissions interrompent cet échange nourri. Joseph les attend avec impatience, même s'il sait qu'il sera accablé par le " cafard " à son retour au front (Joseph, 16-12-1917). La dernière lettre de Joseph date du 20 août 1919, à la veille de sa démobilisation.

    Le fonds contient en plus un cahier de chansons soigneusement recopiées par Joseph alors qu'il faisait son service militaire à Parthenay en 1913-1914, quelques papiers militaires et une photographie où Joseph pose avec son frère Félix.

  • Mots-clés :
  • Typologie documentaire

    Correspondance

  • Contexte historique

    1914-1918

  • Personne(s)

    Mady, Albert Joseph Séraphin Louis / Mady, Églantine Augustine Olia (née Bardin)

  • Matière(s)

    Guerre 1914-1918 / Couple / Soldat

  • Communicabilité :
  • Libre accès

  • Modalités de reproduction :
  • Reproduction numérique sur demande

  • Sources complémentaires :
  • Aux Archives de la Vendée

    Voir les notices biographiques d'Albert Joseph Séraphin Louis Mady, de ses frères, Alfred Julien René et Félix François Valentin, de son neveu Félix Marcel Clément Gaudin, de sa femme Eglantine Augustine Olia Bardin et de son beau-père Abel Auguste Bardin, dans le Dictionnaire des Vendéens

  • Bibliographie :
  • Historique du 35e régiment d'infanterie : campagne 1914-1919. - Belfort ; Mulhouse : Herbelin, 1920. - 47 p. [en ligne sur Gallica]
    Historique du 3e régiment d'infanterie coloniale pendant la guerre 1914-1919. - Rochefort-sur-Mer (17) : Impr. Norbertine, 1920. - 125 p. [en ligne sur Gallica]
    La guerre censurée : une histoire des combattants européens de 14-18 / Frédéric Rousseau. - [Rééd.]. - Paris : Seuil, 2003. - 462 p. [Arch. dép. Vendée, BIB A 875]