Les archives de la Vendée

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1Num416 - Correspondance et photographies de Gabriel Turquet (1916-1918) Inventaire complet (pdf)

  • Notice/biographie :

  • Gabriel Marie Joseph Turquet est né le 28 juin 1897 à Laval en Mayenne, d'Alphonse Alexandre Turquet et de Gabrielle Virginie Véret. Ses parents, originaires tous deux de région parisienne, s'installent à Laval où Alphonse travaille en tant que notaire, place Saint-Vénérand. Les trois enfants du couple naissent à Laval : Marie en 1894, Gabriel en 1897 et Pierre en 1900.

    Avant la guerre, Gabriel (classe 1917, Laval, n° 767) est étudiant, et se dirige naturellement vers le droit. En 1916, il est clerc de notaire dans une étude lavalloise. A son incorporation le 7 août 1916, il intègre le 30e régiment d'artillerie de campagne, puis rejoint le 4 mai 1917, le 45e régiment d'artillerie. Une fois mobilisé, il part du dépôt d'Orléans en mai 1917 et est envoyé au front dans l'Aisne près du plateau de Craonne. Il est d'abord canonnier puis devient par la suite téléphoniste ; son rôle est d'assurer les communications entre les batteries, en effectuant la maintenance des lignes et en tenant le central. A l'écart des premières lignes, le poste est cependant dangereux car il nécessite de fréquentes sorties à terrain découvert et plusieurs fois au cours de ses missions, Gabriel a failli perdre la vie. En août, il part en cantonnement dans l'Oise jusqu'en octobre, puis revient dans l'Aisne à Coucy-le-Château où il restera jusqu'en janvier 1918. Il alterne ensuite entre repos et formation dans l'Oise et la Seine-et-Marne. Il est rappelé d'urgence sur le front de la Somme, suite à l'offensive allemande du printemps (mars à mai 1918), avant d'occuper des positions de défense de nouveau dans l'Aisne, où il participe à la seconde bataille de Noyon (août 1918). Il se retrouve pour finir en Champagne-Ardenne lors des grandes offensives françaises de la Marne (septembre - octobre 1918), secteur où il apprend l'armistice le 11 novembre 1918. Bien qu'il n'ait jamais été gravement blessé ni assez malade pour être évacué (évocation d'embarras gastriques, d'une rage de dent et d'un pied blessé), Gabriel côtoie malgré tout le danger et la mort. Il voit aussi des amis souffrir et se faire tuer tout au long de ses deux années de présence au front.

    Il voue une véritable passion à la photographie, ce qui le conduit à prendre de nombreux clichés durant toute cette période : ses camarades, les secteurs où il est passé, les lieux de vie… Son reportage photographique est un formidable témoignage de la guerre vue par un soldat.

    Le conflit terminé, il est mis en congé illimité de démobilisation le 25 septembre 1919. Il épouse Marie Paule Levrel à Niort le 3 février 1925 et aura plusieurs enfants. Il devient notaire, poursuivant sa carrière à Meslay-du-Maine (Mayenne), où il meurt le 1er janvier 1968.

  • Contenu ou introduction :

  • Le fonds est constitué de la correspondance envoyée par Gabriel Turquet à ses parents, du 4 mai 1917 au 12 novembre 1918, soit 398 lettres, complétée par 317 photographies prises sur le front. La collection sur plaques de verre, paraît toutefois incomplète car il semblerait que Gabriel ait pris davantage de clichés. Disposant d'un appareil Kodak, il remercie souvent ses parents de lui avoir appris la photographie, véritable échappatoire pour lui dans cette guerre. Ses images permettent à ses proches de le suivre dans le conflit : " le bombardement recommence déjà. Enfin nous en sommes cachés par la petite butte que vous connaissez maintenant par les photos " (26 mai 1917).

    Dans quasiment chacune de ses lettres, Gabriel parle de ses photographies et demande régulièrement à ses parents de lui envoyer des pellicules. En retour, son frère se charge de tirer les images, qu'il renvoie aussitôt par colis à Gabriel. Celui-ci reçoit de nombreuses commandes de la part de ses camarades qui apprécient de se faire " tirer le portrait " (25 mai et 9 juillet 1918). Sa collection a une grande valeur à ses yeux : " si on me demandait de vendre ma collection je ne la lâcherais pour aucun prix. J'y tiens beaucoup trop. " (12 août 1918).

    L'ordre chronologique de la correspondance a été respecté. Gabriel écrit quasiment tous les jours à ses parents et lorsqu'il est dans l'impossibilité de le faire, il griffonne quelques mots pour les rassurer : " demain une lettre plus longue " ou " Déménagement. Bons baisers. A demain une bonne lettre ". Ses parents font de même et lorsque les courriers n'arrivent pas, Gabriel se sent très triste : " Encore aujourd'hui une véritable journée de printemps, mais pour le petit cœur de Gabriel ce n'est pas une journée de printemps, pas de lettres. " (9 mars 1918).
    Ses lettres sont longues et explicites ; il raconte ses journées en donnant beaucoup de détails, en revanche il parle peu de sa santé sauf quand il lui arrive un problème : " j'ai eu mal à la tête " ou " j'ai perdu connaissance à cause des gaz ". Il préfère raconter sa vie quotidienne et utilise des guillemets et des points d'exclamation pour rendre son discours plus vivant. Par sa jeunesse, il semble insouciant, mêlant humour et blagues : " non ce n'est pas une guerre de position mais bien une guerre de déménagement " ou " ce matin, la charcuterie boche est en grande quantité bien haute devant nous (vous devinez que je veux dire les saucisses ballons observatoires) ". Il a très souvent des anecdotes à raconter qui dédramatise sa correspondance (9 juillet 1917). A la fin de ses lettres, il prend des nouvelles de la famille, passant tout le monde en revue. Il conseille à ses parents de se reposer et de prendre soin d'eux ; il félicite son frère pour ses études et aime se remémorer leurs balades à bicyclette en Bretagne et en Vendée.
    La religion tient une part importante dans sa vie et il essaye d'aller à la messe dès qu'il le peut. Lorsqu'il se trouve dans des secteurs difficiles, il demande toujours à ses parents et à son frère de prier pour lui.

    Gabriel ne cache pas la réalité de la guerre à ses proches et raconte facilement les combats et les engagements auxquels il participe. En revanche, n'étant pas autorisé à donner des indications géographiques, il utilise de l'encre invisible pour dissimuler les lieux où il se trouve (11 juin 1917). Il apprend également la sténographie (2 juillet 1917), toujours pour cette même raison (9 juillet 1917 et 22 janvier 1918). Gabriel aime être au front et ne supporte pas de rester à l'arrière, où il se considère comme un embusqué : " moi je trouve que le front est assez intéressant et même je trouve la vie au front agréable […] la vie d'aventure à un certain point intéressant mais il y a aussi le danger " (1 octobre 1917).
    En 1917, il est plutôt optimiste quant à la situation générale, précisant que les Allemands échouent à chaque tentative d'attaque et ne comprenant pas pourquoi ils insistent autant dans cette guerre : " ils peuvent se plaindre mais pourtant pour eux ce serait si simple d'en finir, ils n'auraient qu'à f… le camp de chez nous " (16 juillet 1917), ou bien " il y a bien des choses que je ne puis vous dire dans une lettre, mais qui nous prouvent bien que nous sommes les plus forts " (30 juillet 1917). L'année suivante, son discours n'est plus tout à fait le même ; les combats deviennent plus acharnés et violents, ce qui l'incite à davantage de retenue et d'inquiétude.

    Le fonds se compose de trois parties : les portraits de Gabriel, sa correspondance et les photographies associées et enfin, ses autres clichés classés par thème.

  • Communicabilité :

  • Libre accès

  • Modalités de reproduction :

  • Reproduction numérique sur demande