Les archives de la Vendée

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1 Num 431 - Correspondance de Louis Joguet (1914-1918) Inventaire complet (pdf)

  • Notice/biographie :

  • Louis Joguet (FLC, classe 1900, n°671) naît le 30 juin 1880 à Bournezeau, de Louis et Marie Bardet, tous deux aubergistes dans la commune. Sa mère donne naissance trois ans plus tard à un autre fils qui décède le jour de sa naissance. Louis, élevé en fils unique, se destine au métier de vétérinaire, et entame des études à l'Ecole nationale vétérinaire d'Alfort (Val-de-Marne). Il en sort diplômé en 1904 et décide de revenir à Bournezeau pour créer sa clientèle.

    Le 25 septembre 1905, il épouse Louise Gauffriau une jeune fille de la commune âgée de 20 ans. Le couple est connu et bien installé à Bournezeau, ce qui permet un développement rapide du cabinet vétérinaire. Louis s'occupe des animaux des agriculteurs du village et des communes environnantes ; il élève également des bêtes qu'il revend par la suite à la foire ou à ses clients. Sa femme l'assiste dans son commerce et gère toute la partie administrative (commandes de médicaments, notes à envoyer…), elle possède également des terres qu'elle loue à des métayers. Le ménage dispose donc de revenus confortables et de biens matériels (maison, automobile).

    Les époux Joguet ont le désir de fonder une famille, mais ne parviennent pas à avoir d'enfants. Avant le début de la guerre, ils accueillent dans leur foyer un jeune garçon du nom de Gabriel Cornu [un cousin de Louise ?] né en 1910 aux Pineaux-Saint-Ouen qui restera plusieurs années sous leur toit.

    Louis n'effectue pas son service militaire et est ajourné pour faiblesse en 1901. Le 21 novembre 1914, il est classé service armé par la commission de réforme de Fontenay-le-Comte et se retrouve affecté au 51e régiment d'artillerie en tant que vétérinaire-auxiliaire. Son instruction militaire débute à Nantes de décembre 1914 à avril 1915 et se poursuit dans le Limousin jusqu'en juillet 1915. Au cours de cette période, son groupe d'artillerie est rattaché à la 102e division d'infanterie territoriale commandée par le général Villemejane et est envoyé en région parisienne du côté de Villepreux à l'été 1915, avant de faire mouvement vers le front de la Somme en octobre 1915. En novembre, Louis intègre la 204e brigade composée essentiellement de méridionaux et passe l'hiver 1916 dans la Somme. En mai, la 102e division est dissoute, Louis rejoint alors le 8e régiment de chasseurs, groupe d'escadrons de la 46e division d'infanterie en poste dans les Vosges. Sur place, il fait la connaissance du commandant Meyer, qui sera à l'origine de sa promotion de vétérinaire aide-major de 2e classe le 11 août 1916. Il reste stationné dans les montagnes vosgiennes jusqu'en février 1917. Par la suite il obtient un poste plus stable dans un dépôt de chevaux malades en Franche-Comté, toujours grâce à l'appui du commandant Meyer. Il est nommé vétérinaire aide-major de 1ère classe le 11 août 1918, puis passe " hors-cadre " pour raisons de santé par décision ministérielle du 14 septembre 1918. Il est mis en congé illimité de démobilisation le 22 mai 1919 par la direction du service vétérinaire de la 11e région et se retire à Bournezeau où il reprend son activité professionnelle jusqu'au 1er janvier 1946.

    Son engagement politique est également marqué : radical-socialiste, il est élu maire de Bournezeau en 1933 et le restera pendant 26 ans. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, il préside le Comité départemental de Libération de Vendée (CDL).

    Louis Joguet décède le 30 septembre 1966 à Bournezeau.

  • Contenu ou introduction :

  • Le fonds est principalement constitué de la correspondance envoyée par Louis Joguet à sa femme Louise, du 13 décembre 1914 au 27 avril 1918 et pour une raison inconnue, la suite est manquante. Composée de 393 lettres et 541 cartes postales, la correspondance est relativement soutenue ; Louis écrit généralement tous les deux jours et quotidiennement à partir de son arrivée dans les Vosges en mai 1916. A cette période, ses journées de travail sont régulières, ce qui lui laisse toutes ses soirées de libre pour écrire. Cette abondance de lettres nous permet de suivre très précisément son parcours militaire, mais aussi de partager l'histoire de ce couple, finalement peu expressif dans l'intimité. Mariés depuis 9 ans, ils n'ont pas d'enfant mais accueille un jeune garçon, Gabriel Cornu, que Louis évoque de temps à autre dans ses lettres en l'appelant " le polisson ". En avril 1916, Louise est enceinte mais perd l'enfant à la fin de l'été.

    Une certaine routine s'est installée dans le foyer, Louis structure ses écrits toujours de la même manière : après l'immanquable " Ma chère Louise ", il décrit la météo, son quotidien, son travail, se renseigne sur ses affaires professionnelles et commente les nouvelles du pays. Enfin, il conclut toujours par la même formule " je t'embrasse bien fort, L. Joguet ".

    Cette correspondance met en lumière le rôle du vétérinaire pendant la Grande Guerre. Homme de l'ombre, souvent à l'arrière du front, celui-ci a la charge du traitement (blessures et maladies) des animaux et principalement des équidés. Si la présence du cheval est ponctuelle sur les champs de bataille, son emploi reste primordial dans la logistique militaire, et présente l'avantage d'être utilisable sur les terrains accidentés ou boueux, inaccessibles aux véhicules motorisés. Sa présence a également un effet positif sur le moral des troupes, mais elle favorise aussi la transmission de maladies et la dégradation des conditions sanitaires sur le front, causées par le fumier et les carcasses. Décimés par l'artillerie, les animaux souffrent de maladies et subissent comme les hommes les attaques chimiques.

    Le parcours vétérinaire de Louis connaît deux grandes phases : la première de décembre 1914 à février 1917, il est basé dans un cantonnement et assure son service en allant visiter les chevaux des batteries d'artillerie ou des régiments d'infanterie. Il se déplace à cheval et avoue à ses débuts être très peu à l'aise sur l'animal ; ses circuits font généralement une vingtaine de kilomètres et lui permettent de découvrir de somptueux paysages qu'il décrit souvent dans ses lettres (Limousin, Auvergne…). En rejoignant le front de la Somme durant l'été 1915, il découvre les premiers signes de guerre : lignes de tranchées, batteries actives, bruit sourd du canon dans le lointain. Les soldats ont alors ordre de ne plus mentionner de lieux géographiques et Louis indique seulement les initiales des villes où il travaille (14/12/15). Près du front, il assure le service pour 1000 animaux et prend en charge les chevaux de l'infanterie des cantonnements voisins, tout en faisant office de chef de service pour toute la division. Il voit les avions patrouillés au-dessus des lignes et rassure sa femme sur sa situation en lui expliquant qu'il n'est pas trop exposé. Durant cette période, Louis découvre la dure réalité de la guerre : canonnade intense, logement de fortune, il s'habitue malgré tout à cette " misère " et envoie un nombre important de cartes postales, qui illustrent des scènes de guerre ou des dommages matériels dans la Somme. De nombreux soldats britanniques sont basés dans son secteur et il se plaît à raconter à sa femme leurs étranges coutumes. A partir de février 1916, il suit à distance les grands événements qui se déroulent à Verdun (24/02 - 25/02 - 27/02 - 02/03 - 05/03). La dissolution de sa division entraîne son départ dans les Vosges où il rejoint un régiment de chasseurs. En poste pendant 9 mois dans les montagnes vosgiennes, il observe avec curiosité une meute de 400 chiens de traîneau d'Alaska venus épauler les soldats français enlisés sur ce front.

    La seconde phase de son parcours (à partir de février 1917) l'amène à occuper un poste beaucoup plus stable dans un " dépôt de chevaux " à Héricourt en Haute-Saône où les animaux sont regroupés et soignés sur place. A son arrivée, l'infirmerie vétérinaire est en voie d'organisation et il sent immédiatement l'intérêt de travailler dans un tel service. Là où précédemment il effectuait des soins rudimentaires pour remettre sur pied rapidement les chevaux, il a l'occasion au dépôt d'effectuer des opérations intéressantes et d'accroître ses compétences en chirurgie, qui lui seront utiles à son retour dans la vie civile. Durant cette période, la censure se durcit considérablement et 24 de ses lettres ont été contrôlées par l'autorité militaire, ce qui ne l'émeut guère " je n'aime pas raconter ce que je vois " (12/04/17).

    Ses lettres sont aussi l'occasion d'évoquer ses affaires professionnelles et ses finances. Il garde un œil avisé sur son commerce et n'hésite pas à donner des directives à sa femme pour régler les problèmes. Très soucieux par rapport à l'argent, il trouve que sa femme ne fait pas suffisamment attention à son train de vie. Durant l'été 1915, elle part deux mois en villégiature aux Sables-d'Olonne et son mari désapprouve ce voyage " tu oublies trop facilement que nous sommes en guerre [...] Je dépense et ne gagne rien, il faut donc réduire le plus possible tous les moyens de dépense. " (19/08/15). Il estime en outre que son séjour ne lui est aucunement bénéfique vu qu'elle est toujours autant indisposée.

    Louis n'évoque jamais d'amis ou de camarades à Bournezeau, il parle plutôt de connaissances, de clients ou de notables (Forgerit le notaire, Dorie le médecin). Lorsque sa femme est en manque d'argent, il lui suggère d'envoyer les notes de frais aux retardataires, mais lui demande d'agir avec tact et prudence pour laisser du temps aux éprouvés de la guerre (05/08/16).

    Il devient très souvent mélancolique à l'approche de son anniversaire ou de la période du nouvel an. Il apprend avec grande tristesse le décès de sa mère le 3 mai 1917 et s'inquiète aussitôt du sort de son père. Loin d'être un fervent catholique alors que sa femme est très pieuse, il lui signale ses passages à l'église et lui envoie parfois des cartes postales d'édifices religieux.

    Il relate souvent son quotidien de guerre, évoquant des personnages récurrents : son ami le docteur Birotheau, son chef de service Tyot, les officiers avec qui il prend pension, ses deux ordonnances Barthélémy et Py, ainsi que ses trois chevaux : " Paradis ", " Joyau " et une petite jument. Lorsqu'il parle du conflit, Louis est toujours très optimiste, ayant toute confiance dans l'armée française et l'État-major. Eloigné du front et des grandes batailles, il n'est au courant des évènements qu'à travers les journaux et les communiqués officiels. En 1916 quand la bataille de Verdun fait rage, il pense que la guerre finira avec l'été et qu'il sera rentré pour septembre. Il voue une très grande admiration à Georges Clemenceau " notre tigre national " et est persuadé de la victoire finale, lorsque celui-ci est nommé président du conseil en novembre 1917.

    Des photographies, des papiers personnels et militaires complètent l'ensemble. Seules les lettres et les cartes postales les plus intéressantes ont été numérisées (752).

  • Mots-clés :

  • Typologie documentaire

    Correspondance

  • Contexte historique

    1914-1918

  • Personne(s)

    Joguet, Louis Marie Eugène

  • Matière(s)

    Guerre 1914-1918 / Soldat

  • Communicabilité :

  • Libre accès

  • Modalités de reproduction :

  • Reproduction numérique sur demande

  • Sources complémentaires :

  • Aux Archives de la Vendée

    Voir la notice biographique de Louis Marie Eugène Joguet dans le Dictionnaire des Vendéens

  • Bibliographie :

  • La correspondance de Louis Joguet a fait l'objet d'un article de Jean-Paul Billaud, intitulé "La correspondance de Louis Joguet en 14-18" et publié dans "Au fil du temps : Bournezeau, Saint-Vincent-Puymaufrais". - (Janv. 2017) n°23, p. 7-11 (cote BIB PC 1134)