Les archives de la Vendée

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97 J - Papiers de la famille Monthulet (1845-2001) Inventaire complet (pdf)

  • Notice/biographie :

  • (biographie essentiellement établie à partir des informations communiquées par Madame Françoise Monthulet, fille d'Henri Monthulet)

    Actrice importante de la vie économique vendéenne entre 1850 et 1950, la famille Monthulet se distingue par son esprit d'innovation et sa contribution à l'essor industriel d'un département essentiellement rural.

    D'origine sarthoise, Pierre-Simon Monthulet, né en 1822 à Neuchatel, vient s'établir à La Roche-sur-Yon en 1848 comme farinier. Entreprenant, il étend très vite cette activité à celle de négociant en grains et engrais. Ce commerce se révèle très rapidement prospère et s'étend alors sur les marchés français et étrangers. Parallèlement à cette activité, il obtient en 1886 le marché des Vivres de la Manutention Militaire de Fontenay-le-Comte. Débute alors un commerce de grains avec l'armée. Il décède à La Roche-sur-Yon en 1902.

    Son fils unique, Amédée, naît au Bourg-sous-la-Roche en 1858. Après avoir effectué sa scolarité au Lycée Impérial de La Roche-sur-Yon, il complète sa formation au French College de Londres de 1874 à 1875, grâce aux échanges commerciaux déjà établis à cette période entre l'Angleterre et l'entreprise familiale. Il intègre ensuite cette dernière, où il seconde son père jusqu'en 1897, date à laquelle il prend en charge la maison de commerce. Ce négoce se poursuivra jusqu'en 1936. Amédée Monthulet s'impliquera, en outre, dans le fonctionnement de la Chambre d'Agriculture, où il siègera longtemps, et nouera des liens avec les syndicats et coopératives agricoles de Vendée.

    Innovateur, Amédée Monthulet s'intéresse par ailleurs aux techniques nouvelles de conservation des aliments par le froid. Cet intérêt va se concrétiser à partir de 1904 par la construction, à La Roche-sur-Yon, d'entrepôts frigorifiques destinés à conserver des oeufs, du beurre et de la volaille. Ce projet évolue avec la construction d'une usine frigorifique contenant un abattoir pour bestiaux. L'entreprise yonnaise s'oriente alors vers la viande de boucherie et abandonne les essais peu concluants sur la conservation des oeufs, du beurre et de la volaille. Cet abattoir industriel devient opérationnel en 1914. Amédée Monthulet, en accord avec ses associés, lui donne le nom de Société Provinciale d'Alimentation (SPA).

    Pendant la Première Guerre Mondiale, Amédée Monthulet, qui fournit déjà du blé à l'armée, se met également à l'approvisionner en viande de boeuf et de porc, acheminée et stockée dans les locaux de conservations frigorifiques militaires d'Epinal. A La Roche-sur-Yon, la construction des entrepôts frigorifiques s'achève en 1917. Un an plus tard, avec la fin de la guerre, leur exploitation commerciale peut démarrer. Le bilan d'après-guerre est positif : la SPA diversifie ses activités en se lançant dans les conserves de plats cuisinés (charcuterie, boeuf) et en acheminant la viande aux acheteurs par wagons réfrigérés. Une société parisienne s'intéresse alors à cette entreprise florissante et en prend le contrôle. Après dilapidation du capital, l'usine est à vendre à la fin des années 1920.

    En 1935, aidé de son fils, Amédée Monthulet rachète l'établissement. Avec leurs associés, ils lui donnent le nom de "Abattoir Méthodique Industriel" (AMI). Il se retire alors des affaires et confie la direction de cette usine à son fils Henri. Il meurt quelques années après, en 1945.

    Il est à noter que, parallèlement à ses activités commerciales, Amédée Monthulet s'implique également dans la vie économique locale en étant élu censeur, puis administrateur de la Banque de France. Il occupera ces fonctions du début du XXe siècle jusque dans les années 1930.

    Benjamin d'une fratrie de trois garçons, Henri Monthulet naît en 1893 aux Sables-d'Olonne. Après avoir commencé sa scolarité en Dordogne, il poursuit celle-ci au petit lycée, puis au lycée de La Roche-sur-Yon. Il la continue, de 1907 à 1910, dans un collège anglais aux environs de Londres. Revenu en France, et sous l'influence paternelle, il entreprend de 1911 à 1912 des études d'ingénieur frigoriste. Celles-ci vont l'amener à séjourner en Autriche et en Allemagne pour se perfectionner dans les techniques du froid alimentaire.

    Le service militaire, puis la guerre, interrompent sa formation. Il s'engage alors comme aviateur dans l'armée française. Au début des années 1920, il reprend ses voyages d'études, notamment en Argentine. De retour en France, il met alors en pratique ses connaissances acquises lors de sa formation et de ses voyages. Son père ayant acheté une fabrique de conserves aux Sables-d'Olonne, il en prend la direction en 1923. Il s'y associe avec Monsieur Dupont et l'usine prend le nom de Dupont Monthulet et Cie (DMC). Il dirigera cette conserverie de thons, sardines et légumes jusqu'en 1933, date de sa fermeture liée aux difficultés provoquées par la crise sardinière sablaise.

    En 1935, il s'installe à La Roche-sur-Yon pour prendre la direction de l'Abattoir Méthodique Industriel (AMI). Son capital augmente et de nouveaux associés rejoignent cette entreprise. Une nouvelle société est alors créée en 1937 : elle prend le nom des "Eleveurs Vendéens". Ses activités sont diversifiées : abattage de porcs et bovins, charcuterie et conserves alimentaires.

    En 1939, Henri Monthulet n'est pas mobilisé et reste directeur de l'usine. Celle-ci est réquisitionnée par les troupes d'occupation pour leur ravitaillement. En 1945, après leur départ, l'activité industrielle des Eleveurs Vendéens peut reprendre son rythme d'avant-guerre. Mais l'usine est à moderniser et les méthodes de travail ont changé. Un nouveau conseil d'administration est mis en place. Celui-ci nomme un nouveau directeur général et Henri Monthulet se voit attribuer le poste de directeur technique et du personnel. En 1955, les Eleveurs Vendéens intègrent la Société Olida et Caby associés (société industrielle et commerciale fondée en 1855 à Paris, et alors leader en charcuterie et salaisons). Les Eleveurs Vendéens poursuivront leurs activités jusqu'en 1986 et seront radiés du registre du Commerce et des Sociétés le 6 août 1991.

    Quant à Henri Monthulet, il prend sa retraite de cette société en 1953. Pour autant, il n'abandonne pas toute activité industrielle : il loue à un ami des bâtiments qui abriteront de 1947 à la fin des années 1950 l'entreprise "La Pantoufle Yonnaise". Celle-ci fabrique des chaussons et des chaussures vulcanisées (procédé chimique permettant à un matériau d'être moins plastique et plus élastique). Son épouse y sera salariée comme directrice. Lui-même sera rémunéré pour son implication dans le bon fonctionnement de cette société.

    Henri Monthulet décède à La Roche-sur-Yon en 1970.

  • Document(s) numérisé(s) :
  • Contenu ou introduction :

  • Les papiers de la famille Monthulet sont principalement constitués de registres, courriers, plans et notes relatifs à la gestion de leurs différentes entreprises.

    Quelques documents familiaux sont également intégrés à ce fonds d'entrepreneurs, complétés par un certain nombre de documents (correspondance, photographies) prêtés pour numérisation aux Archives départementales par Madame Françoise Monthulet.

    Les papiers personnels sont répartis par générations : la première, représentée par Pierre-Simon et Henriette Monthulet, ne contient que peu d'éléments. On y trouve néanmoins leur contrat de mariage en 1850, de la correspondance et quelques photographies les représentant. La seconde génération est celle d'Amédée et de Marie-Louise Monthulet. Les archives témoignant de leurs activités personnelles sont nombreuses et variées. Elles vont de la correspondance familiale pendant la scolarité d'Amédée à Londres en 1874-1875, aux registres de comptabilité familiale et à l'installation d'une ligne téléphonique en 1886. Concernant la troisième génération, des documents existent à la fois pour Henri Monthulet et son épouse, et pour ses frères Louis et Pierre. Quelques pièces retracent le parcours d'Henri Monthulet, notamment pendant la Première Guerre Mondiale. Ils montrent à la fois sa curiosité intellectuelle (exercices de l'Institut Pelman de 1921 à 1922) et son esprit novateur (obtention d'un brevet en 1943-1944).

    Les archives qui concernent la gestion des différentes entreprises ont été réparties par sociétés. Celles qui proviennent du négoce des grains et engrais contiennent entre autres, les répertoires des fournisseurs et clients au début du XXème siècle et la correspondance commerciale de Pierre-Simon Monthulet. Les archives sur le commerce des oeufs, volaille, fromages, porc, gibier sont peu nombreuses. Elles contiennent néanmoins les plans des chambres frigorifiques élaborées en 1905.

    Les papiers de la conserverie de poissons des Sables-d'Olonne reflètent les différents aspects de l'évolution, puis des difficultés, auxquelles Henri Monthulet se trouve confronté dans le bon fonctionnement de cette usine au cours des années 1920. On y trouve à la fois des photographies retraçant les différentes phases du travail des ouvrières, des essais de radio maritime, des renseignements sur la fabrication des conserves, des rapports, correspondance et notes sur les relations avec les professionnels de la pêche ou les problèmes liés à la crise sardinière.

    Les archives de l'usine frigorifique, abattoir et conserves alimentaires de La Roche-sur-Yon sont, malheureusement, très lacunaires. On notera, toutefois, pour la Société Provinciale d'Alimentation, la présence de courriers relatifs au ravitaillement des soldats en viande congelée, pendant la guerre de 1914-1918, et celle d'étiquettes et de brochures publicitaires en couleur, provenant d'autres conserveries et datant des années 1920. Parmi les quelques papiers des "Abattoirs Méthodiques Industriels", devenus "Société des Eleveurs Vendéens", il est à souligner de très belles étiquettes en couleur de boîtes de conserves, au nom des Eleveurs Vendéens et datant de la fin des années 1930. Des photographies représentant l'usine en 1939 et 1945 peuvent aussi être consultées.

    Enfin, les archives de "La Pantoufle Yonnaise" sont essentiellement comptables.

  • Historique de la conservation :

  • En 1981, Madame Marie-Louise Monthulet, épouse d'Henri Monthulet, a transmis aux Archives départementales de Vendée plusieurs papiers de famille contenant à la fois des documents privés et des archives sur les différentes sociétés créées par son mari et ses aïeux. Ce fonds s'est enrichi de 2007 à 2010 par le prêt de plusieurs documents, provisoirement confiés aux Archives départementales par Madame Françoise Monthulet, fille d'Henri et de Marie-Louise Monthulet. Ces archives regroupent à la fois de la correspondance, des photographies et des cartes postales. Elles ont toutes été numérisées, ainsi que l'ensemble des étiquettes de boîtes de conserves, photographies et cartes postales déjà conservés dans le fonds d'origine. L'ensemble de ces documents est donc uniquement communiqué au public sous forme numérique.
    Quant aux plans et affiches trouvés à l'intérieur des dossiers, ils en ont été retirés pour être encapsulés dans des pochettes polyester et conditionnés à plat dans des meubles à plans.

  • Mots-clés :

  • Personne(s)

    Monthulet (famille)

  • Communicabilité :

  • La partie numérisée du fonds est accessible en ligne. Ces originaux ne sont donc plus communiqués en salle de lecture.

  • Modalités de reproduction :

  • Reproduction des originaux sur autorisation du personnel de la salle de lecture et des documents numériques sur demande.

  • Sources complémentaires :

  • Aux Archives de la Vendée

    133 J : comptabilité de la conserverie Brunet (Saint-Gilles-Croix-de-Vie).
    209 J : fonds Bregeon, 1894-1935 (contient la comptabilité de François Drapeau, négociant en grains et engrais à La Ferrière. Des contacts professionnels sont établis entre ce négociant et la famille Monthulet).
    5 M 240 : dossiers communaux des établissements classés. Usine de conserves de poissons de Monsieur Monthulet, 1928-1929.
    10 M 59-60 : crise sardinière, 1908-1927.
    10 M 61 : crise de la pêche à la sardine et au thon. Conflits avec les usiniers. Interdiction de la pêche à la crevette, 1928-1932.
    29 W 559 : dossier n° 19941 (La Roche-sur-Yon : société des Eleveurs Vendéens, abattoir, extension des chambres de stockage à - 18 ° C, 1962).

  • Bibliographie :

  • GUEFFIER André, "Le problème sardinier sur les côtes vendéennes et bretonnes", 1927 (BIB 689).
    FRICONNEAU Constant, "La saga de la sardine et du thon : histoire de la pêche et de la conserve de Nantes aux côtes de Vendée", 1999 (BIB B 3007).
    DUBOIS Xavier, "Conserves vendéennes, influences bretonnes (XIXè siècle)" In : Les Vendéens et la mer : de la grande pêche au Vendée Globe : actes du colloque tenu aux Sables d'Olonne, les 20, 21 et 22 septembre 2007 - p. 397-436 (BIB B 3791).
    "La ville et l'industrie : la Roche-sur-Yon, 1804-1964" / publié par le Centre de documentation du Mouvement ouvrier et du travail en Vendée, 1992 (BIB C 101-5).
    MONTHULET Françoise, "Les Monthulets, négociants et industriels" In : Bulletin des anciens élèves et professeurs, lycées Herriot et Mendès France, La Roche-sur-Yon, janvier 2010 - p. 5-12 (BIB PC 278-4).
    MONTHULET Françoise, "Henri Monthulet (1893-1970)" In : Bulletin des anciens élèves et professeurs, lycées Herriot et Mendès France, La Roche-sur-Yon, juin 2010 - p. 15-21 (BIB PC 278-4).
    DURAND Jean-Baptiste, "En Vendée de l'Empire à la Vè République", 1984 (BIB B 4195).