Les archives de la Vendée

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La répression de la Résistance en France par les autorités d'occupation et le régime de Vichy Inventaire complet (pdf)

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  • Le Concours national de la Résistance et de la Déportation fête ses 50 ans.

    Le thème proposé cette année s'intitule : " La répression de la Résistance en France par les autorités d'occupation et le régime de Vichy ".

    La France, défaite et partiellement occupée à partir de mai-juin 1940, subit une répression " qui s'en prend aux individus pour ce qu'ils font, ont fait ou sont présumés pouvoir faire ", comme le propose la formulation de Hervé Guillemet dans la lettre de la fondation de la Résistance du 6 juin 2010.

    Le thème permet de constater les effets de l'ordre allemand imposé à la France, mais aussi l'activité répressive du régime de Vichy. La répression est l'affaire de ces deux grands acteurs, l'un sans l'autre, l'un et l'autre, l'un après l'autre.

    Au total, on peut estimer pour la France, le nombre d'arrestations et de déportations de 200 000 à 250 000. Quant aux exécutions d'otages elles feront 30 000 victimes.

    A partir de 1942, la répression allemande augmente pour s'emballer progressivement et prendre des dimensions dramatiques à la fin de la guerre, si l'on pense au massacre d'Oradour-sur-Glane. La montée en puissance de cette répression est à mettre en parallèle avec celle de Vichy. D'une manière générale, on peut estimer avec Robert O. Paxton que la répression des opposants est partie intégrante de la recherche de légitimité du régime, et que le lien est clair entre la montée en puissance de l'arsenal répressif de l'Etat Français et la structuration progressive de la Résistance.

    Cet arsenal est de deux ordres, policier et judiciaire. L'organisation policière est renforcée. On peut prendre les exemples de l'étatisation des polices municipales ou la création de polices parallèles. C'est le cas du service de la police anticommuniste, qui deviendra le service de répression des menées antinationales (on retrouve cette formulation en Vendée dans les documents préfectoraux et des renseignements généraux pour désigner les gaullistes). Une justice d'exception se met en place avec une logique rétroactive et expéditive, illustrée par la section spéciale mise en place à la cour d'appel de Paris, qui peut condamner les communistes inculpés pour des faits antérieurs.

    Les Archives départementales de la Vendée proposent une sélection de documents pour illustrer ce thème. Ils décrivent ainsi la situation particulière d'un territoire occupé, dans lequel les représentants de Vichy cherchent à conserver un rôle. Ici, comme ailleurs, la surveillance et la répression de la population répondent à la fois à l'affirmation des résistances et aux aléas de la guerre. Il s'agit de s'interroger sur les causes, les formes et les conséquences de la répression, sur la part d'autonomie des acteurs de celle-ci, et sur les spécificités du département de la Vendée.

    L'occupation allemande de la France se traduit par la délimitation d'une grande "zone occupée" et par des zones interdites délimitées pour des raisons militaires, comme c'est le cas le long du littoral vendéen. Plus on avance dans le temps, plus les craintes d'un débarquement, motivées par de nombreux parachutages d'armes et la nécessaire protection des ouvrages de défense, provoquent tension, surveillance et répression. On le constate en Vendée dans les correspondances avec le Feldkommandant et dans les rapports du préfet. L'indentification des caches d'armes et la recherche des aviateurs alliés, ou l'arrestation des saboteurs du Mur de l'Atlantique sont une composante constante des échanges entre les autorités d'occupation et les représentants de Vichy.

    Le thème de la répression concerne des formes et des acteurs différents. On informe, tout d'abord, des risques encourus, comme le montre dans ce dossier une collection d'affiches de l'Etat français mais aussi de l'occupant allemand. Les représailles des troupes allemandes s'ont également illustrées par l'exemple des prises d'otages. Cette pratique récurrente qui s'installe dès le début de l'occupation, est illustrée par un dossier particulier dans l'inventaire.

    D'une manière plus générale, l'occupation allemande se traduit par une répression exercée sur tous ceux qui sont considérés comme des adversaires de l'ordre nazi. Quelques cibles particulières se dégagent au fil des enquêtes commanditées par l'occupant sur le parti communiste ou les menées gaullistes.

    On doit aussi faire référence aux actes de terreur perpétrés par la milice, sous l'autorité du régime de Vichy. Ils illustrent l'activisme des autorités françaises dans le domaine répressif. On peut se référer aux déportations des résistants sans y inclure celles des juifs qui n'est pas strictement à une réaction à la résistance. En Vendée, un décompte récent qui demande sans doute à être affiné, estime à quelque 137 personnes le nombre de déportés politiques non revenus. On pourra en consulter la liste à l'antenne de l'Ecole du Patrimoine, à Mouilleron-en-Pareds.

    Une démarche chronologique peut être abordée. Tout d'abord parce qu'il y existe une montée en puissance de la répression, liée à celle de la Résistance. L'année 1941 est charnière. C'est l'entrée en guerre de l'URSS et l'apparition de la résistance communiste en France. Les propagandes allemandes et vichystes assimilent les actes de résistance aux menées communistes. On trouve encore ce lien en Vendée pour justifier la rafle de janvier 1944, les juifs étant assimilés aux bolcheviques. Les affiches de propagande montrent l'obsession commune des Allemands et des hommes de Vichy envers le bolchevisme.

    En 1941 toujours, la résistance gaulliste semble plus en mesure de structurer et de coordonner les mouvements intérieurs et extérieurs. Enfin en novembre 1942, l'instauration du service du travail obligatoire est à l'origine d'un engagement de plus en plus fort dans la Résistance, et il favorise l'émergence des maquis pendant l'année 1943.

    En Vendée, la correspondance entre les services de police allemands et français concerne souvent la disparition de personnes qui doivent rejoindre l'Allemagne. On peut penser que les maquis vendéens comme celui de Dompierre-sur-Yon, relaté dans l'immédiat après-guerre par les élèves du lycée de jeunes filles de La Roche-sur-Yon (cahier en ligne sur le site des Archives de la Vendée), reçoivent ces jeunes et nouveaux résistants.

    La répression se modifie dans le temps. Si, jusqu'en 1943, le Reich se sent peu menacé par les actions des forces clandestines et se contente d'une action politique et policière mais pas du tout militaire, à partir de cette année l'imminence du débarquement allié transforme la donne. Les dissidences, les sabotages et les maquis, se multiplient dans un contexte où Vichy ne semble plus capable de maintenir l'ordre. Les Allemands instaurent un traitement plus autoritaire et militaire. On le constate en Vendée à travers les arrestations collectives qui s'intensifient à partir de septembre 1943, et sont en fait des démantèlements de réseaux de résistance.

    Du coté de Vichy, les années 1943 et 1944 sont celles de la montée en puissance de la milice. 34 000 personnes s'engagent dans la milice en 1944 sur l'ensemble du territoire français, mais très peu en Vendée. Le cas de la milice comme instrument répressif est intéressant pour croiser les approches. D'abord parce que ce sont les Allemands qui imposent Darnand, comme chef de la milice, pour son efficacité préjugée (en 1943, 9 000 gaullistes et marxistes sont arrêtés par Vichy, mais les Allemands en ajoutent 35 000 au tableau de chasse). Ensuite parce que celui-ci s'inscrit dans cette logique politique d'un Etat français qui cherche à forger sa légitimité dans l'action répressive.

    Enfin les miliciens ont des marqueurs idéologiques proprement français (certains sont pétainistes, d'autres collaborationnistes). En fin de compte, comme le souligne Jean-Pierre Azéma, " les miliciens allaient symboliser le Vichy répressif et complice de l'occupant ". Avec Darnand, la collaboration franco-allemande tournée contre la Résistance s'intensifie lors de l'expédition du plateau des Glières. Cependant la lutte contre la Résistance est alors devenue la chose des Allemands, qui arrêtent et déportent des milliers de Français pendant l'été 44. L'action de la milice, quels que soient ses débordements, n'est qu'une fiction d'indépendance.

    Une approche chronologique peut déboucher sur un travail de mémoire. Quelle est la trace laissée par ces événements dans la mémoire collective ? Cette mémoire s'est construite autour d'acteurs comme Bousquet, Darnand, de lieux comme les Glières ou Oradour-sur-Glane, et de notions nouvelles comme le crime de guerre et le crime contre l'humanité. En Vendée, c'est l'exécution des otages d'Apremont qui sera signalée en 1946 au tribunal militaire de Paris, chargé de juger le SS Karl Oberg pour les crimes commis sur le territoire français...