Les archives de la Vendée

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Communiquer pour résister (1940-1945) Inventaire complet (pdf)

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  • Le thème du concours de la résistance 2012 est "Communiquer pour résister (1940-1945)".


    S'ADRESSER

    L'appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle est l'acte fondateur de la Résistance. On sait, de la part des Anglais, toutes les précautions qui entourent sa diffusion et les limites de sa réception en France. Cependant ce message donne une adresse à la Résistance : un homme, presque inconnu. Un territoire qui symbolise la Resistance au nazisme : l'Angleterre et Londres. A partir de ce moment ceux qui partagent les conceptions de " l'ex colonel de Gaulle ", selon les termes des documents de Vichy, savent symboliquement puis pratiquement à qui s'adresser !

    Comment mesurer l'impact de ce message en France et en Vendée ? De Gaulle devient-il immédiatement l'interlocuteur clair de ceux qui s'engagent dans le refus de la défaite ? Le témoignage d'un résistant de la première heure en Vendée évoque, pendant l'été 1940, " la perspicacité " de ceux qui pouvaient " percer l'activité des patriotes qui, au 18 juin 1940, avaient répondu à l'appel de de Gaulle ".

    Cette " perspicacité " doit nous faire comprendre qu'en Vendée, comme ailleurs, le niveau d'appropriation du message gaulliste est loin d'être massif et spontané. Cependant au début de l'année 1941, ces mêmes témoignages qui évoquent la constitution progressive des réseaux de résistance mentionnent le rôle de la " BBC gaulliste " qui organise la campagne des V. Cette lettre est rapidement associée à de Gaulle lui-même et à sa prémonition d'une victoire finale. On constate assez rapidement l'assimilation entre l'homme, ses convictions et l'outil de communication qui relaye son action, la BBC. À Challans, ce sont de jeunes garçons qui ont entre 14 et 17 ans qui inscrivent la lettre sur divers immeubles de la localité. Les premiers messages sont passés.

    On trouve un autre mot d'ordre qui permet d'évaluer la portée de la voix de de Gaulle en Vendée. En octobre 1941, il invite à un arrêt de travail en solidarité avec des otages fusillés. Le 31, le commissaire de police qui rédige un rapport à la Feldkommandantur, s'empresse de ne mentionner aucune manifestation sauf celle d'un " ivrogne qui, 10 minutes avant l'heure fixée, tentait de discourir sur la place Napoléon..."

    Mais la référence à de Gaulle dans les papillons et les tracts de l'année 1941 est de plus en plus dense. Des exemplaires sont lancés depuis des bicyclettes dans les rues de La Châtaigneraie, dans la matinée du 13 août 1941. Ce même jour et au même endroit, " des inscriptions outrageantes à l'égard du gouvernement sont apposées sur les murs (...) Pétain : au berceau, Darlan : au poteau, de Gaulle : au boulot ".

    Le message correspond à un argumentaire qui n'est pas isolé puisqu'on le retrouve au même moment sur des cartes portales détournées, adressées au préfet et qui font office de tracts. Dans ce slogan, les conceptions gaullistes sont assimilées par les acteurs de la Résistance, même si les hésitations sur l'orthographe et le positionnement des barres de la croix de lorraine sur certaines cartes portales, révèlent un niveau d'appropriation encore incomplet des symboles, mais pas du message.

    De Gaulle devient, par un acte de communication fondateur, l'interlocuteur de la Résistance. Mais Londres et la France Libre sont une référence lointaine. À qui s'adresser pour s'engager en Résistance ? Il ne faut pas oublier les pesanteurs du contexte. D'une manière générale, la débâcle a assommé une bonne partie de la population.

    Le régime de Vichy a dénoncé les faiblesses de la République, et la contestation de la légitimité de Pétain est loin d'être massive. En Vendée, le territoire est occupé par les Allemands qui vont délimiter une zone interdite le long de la côte. Ces éléments construisent une ambiance de tension et de méfiance qui font craindre la dénonciation. Avant même de penser aux réseaux structurés, il faut évoquer la circulation de la parole, la discussion en confiance, et là ce sont les lieux de sociabilité classiques qui jouent d'abord un rôle. Les cafés par exemple.

    Les témoignages sur la Résistance aux Sables-d'Olonne précisent que " le 14 juillet 1940, un groupe important de patriotes sablais se réunit chez madame Bégaud, café rue de la Patrie, pour chanter la Marseillaise, se réconforter mutuellement, se jurer à soi-même et aux autres qu'isolément ou en groupe, on luttera contre l'influence teutonne, on sabotera son travail de propagande et de fortification des côtes ". A La Barre-de-Monts aussi, c'est dans le café Chaigneau, dont le propriétaire est aussi secrétaire de mairie, que deux réseaux fusionnent.

    Les réseaux se construisent dans des espaces de proximité qui garantissent une certaine sécurité. On retrouve cette logique dans ce qui rapproche de nombreux instituteurs républicains. À Saint-Gilles-Croix-de-Vie, l'instituteur à la retraite Charrier peut compter sur son ami Edmond Bocquier, lui-même directeur honoraire de l'école normale et adjoint au maire, pour rassembler des documents qui sont ensuite transmis à un agent gaulliste. Si tous les instituteurs vendéens n'appartenaient pas à des réseaux, leur engagements collectif est assez significatif pour qu'un témoignage de l'après-guerre mentionne d'un individu qu'il est " le seul instituteur qui ait été pro-allemand... je répète : ce fut le seul instituteur de Vendée qui ne fit honneur à la formation laïque pendant toute l'Occupation ". Les réseaux se fondent sur l'équilibre fragile de la méfiance et de la confiance. On sait ainsi que les cafés furent aussi des souricières pour des arrestations collectives des réseaux, et que des dénonciations eurent lieu après de simples discussions animées.

    CONTREDIRE

    La Résistance cherche à dénoncer la propagande de Vichy ou des Allemands pour établir une autre vérité, qui doit toucher l'opinion publique. Les tracts et papillons d'inspiration gaulliste que nous avons évoqués plus haut, s'inscrivent dans cette démarche quand, par exemple, ils opposent la croix de Lorraine et la croix gammée sur une carte postale représentant Pétain. La dénonciation de la " collaboration avec l'ennemi (qui) est une honte, la majorité du peuple (étant) contre la collaboration, à bas Darlan et Pétain traitres à la patrie " inscrits au dos d'une carte postale du printemps 41, s'oppose clairement à la politique lancée à Montoire.

    Cependant on note dans ces documents une attitude encore ambiguë vis-à-vis de Pétain. Dans certaines cartes on ne condamne clairement que Darlan et Laval, dans d'autres Pétain est associé à la croix de Lorraine, comme si on avait du mal à accepter la trahison du vainqueur de Verdun. Conception qui alimentera la théorie du glaive et du bouclier de l'après-guerre ?

    Par contre, dans d'autres documents détournés, Pétain est clairement désigné comme le responsable de la politique menée. C'est le cas de cette affiche du journal "l'Illustration" de la première guerre mondiale, arrachée, pliée et envoyée au préfet " pour transmission à Vichy ". Là, on ne se reconnait plus dans l'homme de 1940.

    Maurice de La Pintière, dans ses caricatures, porte un regard très juste sur la réalité du régime de Vichy, qu'il partage avec ceux qui entrent dans son petit réseau de résistance des Beaux-Arts à Paris. Ces jeunes élèves distribuent des tracts et fabriquent de fausses cartes d'identité. Toujours un carnet à la main, La Pintière croque jusqu'en 1943, le début du conflit, la défaite, puis la politique de Vichy dont la Collaboration. Si sa vision mondiale de la guerre participe de la justesse de son propos, il est intéressant de constater qu'il n'est pas question de de Gaulle dans ses caricatures. Cependant, au début de 1943, quand il veut s'engager plus loin dans l'action résistante, ce sont les Forces française libres qu'il cherche à rejoindre.

    Il contredit donc la diffamation de la République et dénonce la prise de pouvoir autoritaire de Pétain. Il contredit l'idée d'indépendance de la France dans la collaboration avec Hitler, en soulignant la prédation économique de l'Allemagne nazie. Il contredit encore la manipulation de la Relève, instaurée par Laval, en insistant sur la réalité de ce marché de dupes.

    La contradiction est aussi la stratégie de la communication des Alliés. Quand ils débarquent en Afrique du nord, en 1942, la réaction des autorités de Vichy est très vive. Les services de propagande américains élaborent alors un petit dépliant qui fait un parallèle entre l'intervention de 1917 et celle de 1942. " Souvenez-vous " est le mot d'ordre du tract qui espère," place de la Concorde, un nouveau défilé de la victoire ".

    Dans le journal, "l'Amérique en guerre", bon nombre d'articles contredisent la suprématie allemande en mettant en avant " les dernière armes anti-sous-marines de la Grande Bretagne " qui imposent " leur dernière plongée " aux sous-marins du Reich.

    INFORMER

    Les inscriptions sur les murs, les papillons lancés à la sauvette, les lettres anonymes et les tracts sont la première expression de la Résistance. Ces actes sont spontanés ou déjà structurés, mais l'organisation d'une presse résistante demande une organisation toute particulière.

    Le contrôle sur la presse est évident. En zone nord, le contrôle allemand est total, alors qu'en zone sud, les publications dépendent des services de censure de Vichy et des services des préfectures. Les journaux sont des instruments de combat et de propagande, comme le prouve un document de la préfecture de Poitiers, en novembre 1941, qui demande au préfet de la Roche-sur-Yon de faire " insérer dans la presse du département un communiqué qui condamne la diffusion de tracts communiste et gaullistes, sous peine de répression des autorités françaises et d'occupation ".

    Pendant l'Occupation, on compte près de 1000 journaux clandestins, parfois avec une existence éphémère. En zone nord, Pantagruel, Franc-Tireur, Libération-Nord, Défense de la France, et en zone sud, Combat, Cahiers de Témoignage chrétien et Libération. Cet engagement pour une information libre est très risqué, et parfois les journaux font paraitre très peu de numéros. C'est que les autorités contrôlent les outils, comme les presses d'imprimerie ou le papier. Ainsi le préfet de la Vendée et ses collègues reçoivent l'ordre de rechercher et de surveiller les individus qui achètent des caractères et d'autres matériels d'imprimerie. Les Alliés et la France libre à Londres peuvent pallier ces contraintes en compilant et en diffusant la presse clandestine, comme dans ces tracts largués en Vendée en 1943, qui rendent " hommage à la presse clandestine, " en soulignant les risques que prennent les journalistes pour écrire ces journaux sous les yeux de l'ennemi, et en insistant sur le contenu des informations qui valorisent " les splendides victoires britanniques, américaines et de l'Armée rouge ". Le courrier de l'air donne a lire aux Vendéens une "revue de la presse libre apportée par les amis de la RAF et distribuée au patriotes français ". Là, ce sont des titres internationaux qui sont rendus abordables, comme le Times, le Daily Telegraph.

    En France, la résistance communiste est la plus à même d'organiser une presse d'opposition. De fait, L'Humanité clandestine compte 317 numéros, et c'est le plus diffusé des journaux. Mais le parti communiste est à l'origine d'un ensemble de publications impressionnant pendant la guerre. Dans les consignes données aux militants, on voit régulièrement la nécessité de récupérer, cacher et utiliser les matériels d'imprimerie et les machines à écrire. Ce constat nous amène à l'analyse d'un autre aspect de la communication pour résister, celui de la propagation des convictions.

    PROPAGER

    Les conflits du XXe siècle ont une dimension idéologique centrale. Les idées doivent être véhiculées, et la propagande les diffuse alors que la censure les contrôle. Ces outils ne sont pas exclusivement ceux des totalitarismes, les démocraties aussi savent les utiliser pour arriver à leurs fins, mais les réseaux communistes de résistance instituent ce principe en système. Il n'est que de lire les reproductions de documents communistes qui parviennent aux autorités vendéennes, à partir de 1941, pour le comprendre.

    A partir de l'agression de l'URSS par l'Allemagne, la machine communiste s'est mise en branle d'une manière systémique. La tradition centralisatrice et révolutionnaire facilite l'organisation du parti dans la clandestinité, et la maitrise de la communication est essentielle, autant pour relayer les ordres de Moscou que pour diffuser la propagande ou organiser le fonctionnement des réseaux. C'est la dimension propagandiste qui nous intéresse en premier, car la presse ou les tracts communistes retrouvés en Vendée mettent clairement en avant l'action de l'URSS pendant la guerre.

    Si cette propagande s'adresse au peuple français, un journal comme l'Avant-Garde s'adresse aussi à la clientèle classique du Parti, c'est-à-dire le monde ouvrier, comme le montre un numéro de juin 1941 qui salut " les jeunes galibots et les jeunes mineurs ". Ce constat pousse à s'interroger sur la consistance de la résistance de nature communiste en Vendée. En 1943, le Front National est mis en place et, dans le département, il rassemble, selon les états réalisés après la guerre, "une soixantaine de membres dans la clandestinité, mais il ne regroupe pas que des communistes, et en 1944 il comporte 5000 adhérents de toutes nuances politiques mais surtout de gauche en raison de sa direction communiste ". L'activité communiste se développe aussi dans la mouvance des réseaux de territoires limitrophes, et entre autres, dans la région nantaise et autour de Saint- Nazaire.

    Très vite, les Alliés aussi prennent conscience de la nécessité de mener une guerre psychologique et de propagande. Que ce soit pour les Anglais ou les Américains, le but est de " porter un coup décisif au coeur du moral ennemi, et de soutenir le moral des populations occupées ". Les largages par avion sont dans la continuité de la M ballon Unit qui existe depuis 1915. Les Américains s'inscrivent dans une guerre psychologique qui doit à la fois semer la confusion chez l'ennemi, décourager et susciter la méfiance, conforter les thèses défaitistes pour inciter à cesser le combat. On retrouve ces logiques dans les tracts largués en Vendée, comme ils le sont par millions entre 1940 et 1944 sur toute l'Europe. Il est difficile d'évaluer l'impact de cette propagande aérienne. Les principaux titres sont le Courrier de l'air, l'Amérique en guerre... Ils tombent sur les communes rurales de Vendée à partir des bombes psychologiques ou des box drop, techniques élaborés par les Anglais.

    Mais les liens avec les Alliés et les gaullistes débouchent aussi sur une volonté d'action.

    AGIR

    Nous avons évoqué précédemment des outils et des manières de résister. Elles vont de la résistance spontanée et plus ou moins individuelle du début de la guerre, avec les graffitis, à la constitution de réseaux en contact avec les Alliés. Elles passent par des actes de contestation de la politique de collaboration, qui ne doivent pas faire oublier les risques de la simple écoute de la BBC. Mais la question du CNRD permet aussi d'évoquer l'action des résistants, au sens propre du terme. Et comment les moyens de communication permirent de les optimiser ?

    Avec le recul, il est finalement difficile d'en rendre compte. L'action clandestine est par nature discrète, et elle laisse peu de traces, sinon dans les rapports des autorités d'occupation et de Vichy, et dans les témoignages postérieurs à la guerre.

    Le gaullisme, nous l'avons constaté, a progressivement, mais rapidement, une influence sur la résistance vendéenne. L'entrée en résistance d'Edouard Cosset, instituteur public, le confirme. Lieutenant de réserve en 1940, dans la débâcle, il s'apprête à partir pour l'Afrique du nord quand un ordre contraire lui parvient. Jugé ensuite indésirable par l'administration vichyste, il rentre dans la clandestinité à la Roche-sur-Yon en juillet 1940. Là, il reçoit la visite d'un inconnu qui porte le portrait de son fils, évacué à Dunkerque et qui se trouve en Angleterre. Il accepte de prendre en charge des exfiltrations vers l'Algérie et l'Angleterre. Ce travail nécessitait des contacts discrets mais réguliers avec les Alliés. C'est là que la BBC et ses fameux messages jouent leur rôle.

    On le constate dans le cas d'Ernest Seigneuret, qui fonde un service de renseignement dès septembre 1940, et programme l'évasion de prisonniers nord-africains et de trois aviateurs français via Limoges vers l'Angleterre. Le message à la BBC, " les 3 sangliers sont bien arrivés ", confirme la réussite de l'affaire. Pour recevoir des armes, comme le mentionne un autre témoignage pour un réseau des Sables-d'Olonne lors de la libération de la ville, les résistants attendent avec impatience que " la maison soit en brique ".

    Les maquis ne sont pas massivement représentés en Vendée. A la fin de la guerre, ils prennent une certaine consistance et doivent eux aussi avoir des liens avec l'extérieur par le biais des matériels de radio. Un exposé des élèves du collège Piobetta, consultable sur le site internet des Archives départementales, mentionne à ce sujet le maquis de Dompierre-sur-Yon.

    Le renseignement est une des activités centrales des résistants vendéens, surtout dans le contexte de la construction du mur de l'atlantique. L'un des animateurs du Front National aux Sables-d'Olonne impressionne ses compagnons par sa connaissance " par cœur des côtes vendéennes, de la pointe de Saint-Gildas à celle de l'Aiguillon, avec toutes les défenses naturelles et les fortins allemands, et les amis courageux et les planques, refuges. De plus il parlait l'anglais couramment ". Le réseau Front National prend d'ailleurs beaucoup de risques en flirtant avec des Français travaillant pour l'organisation Todt, qui vont dénoncer certains d'entre eux dans un double jeu. Dans un autre réseau, celui de La Barre-de-Monts, les résistants " collaborent à l'établissement d'un plan des fortifications de l'île de Noirmoutier, qui fut emporté par un mystérieux militaire...vers quelque deuxième bureau clandestin ". On voit bien les exigences de la clandestinité pour la survie de ces réseaux, mais aussi les problèmes qu'elle pose pour l'analyse historique. Rien de linéaire et de lisible dans la durée. Ainsi avons-nous mentionné le rôle d'Edmond Bocquier dans la Résistance. Les documents qu'il collecte sont le résultat de ses pérégrinations sur le littoral, sous couvert d'un travail d'érudition locale. Il dessine sur du papier à cigarette, que l'on peut cacher ou avaler facilement, les fortifications dans la région de Saint-Gilles. Il ne faut pas négliger non plus son rôle comme adjoint au maire, qui lui donne accès à de nombreuses informations.

    La Résistance doit pouvoir communiquer dans le secret. On a évoqué plus haut la restriction des traces écrites dont la saisie entrainait des arrestations. Dans le cas du Front National, l'un des animateurs du réseau est arrêté avec ses carnets, mais les " listes numérotées ne purent jamais être interprétées ".