Notice descriptive

1 Num 406 1-21 - 

1 Num 406 - Carnets de guerre des brancardiers Jules Ardouin et Athanase Carteau (1914-1919) 1912-1932

  • Notice/biographie :

  • Athanase Louis Jean Ernest Carteau et Jules Florent Narcisse Ardouin sont amis. Ils sont nés tous deux à Saint-Michel-en-l'Herm dans des familles paysannes catholiques, le premier le 18 octobre 1890 et le second le 11 mai 1892. Ils sont d'autant plus proches que Jules est fiancé à Rose Anastasie Marie Ange Carteau (1894-1975), la sœur d'Athanase. Jules et Rose se marieront le 14 octobre 1919 et auront quatre enfants : Marie (1920), Juliette (1922), Marcelle (1925) et Jean (1927). Aussitôt après leur mariage, le couple se rend à Sézanne (Marne) où est enterré Athanase, peut-être pour préparer le rapatriement de sa dépouille. Pendant la Première Guerre mondiale, les deux hommes servent dans des régiments différents, et assurent des missions similaires.
    Le soldat de 2e classe Jules Ardouin (FLC, classe 1912, n° 770) est musicien brancardier au 114e régiment d'infanterie. Il assume le double rôle de brancardier lorsqu'il est en première ligne et de musicien pendant les périodes de repos ou entre les combats. Son temps est alors partagé entre répétitions, copie de partitions, concerts et accompagnement musical des défilés.
    Le soldat de 2e classe, Athanase Carteau (FLC, classe 1910, n° 968) est brancardier au 65e régiment d'infanterie, 9e compagnie, service médical du 3e bataillon. Intoxiqué par gaz le 18 juin 1918, il est évacué le lendemain et meurt le 24.

  • Contenu ou introduction :

  • Jules Ardouin remplit deux carnets pendant le conflit, et sept carnets rédigés par Athanase Carteau ont été conservés. Chacun avec son style et sa sensibilité, ils racontent la vie quotidienne dans les tranchées et le métier de brancardier. Leurs écrits permettent de prendre la mesure des ravages à l'oeuvre. Chaque témoignage a été soigneusement recopié par Bernard Pineau, respectivement leur petit-fils et petit-neveu.
    Entre le 7 août 1914 et le 22 août 1919, Jules Ardouin tient son journal au jour le jour. Cependant, à partir du 18 février 1917, et jusqu'à la fin, il prend ses notes en sténographie, n'abandonnant cette technique qu'exceptionnellement, ce qui a empêché l'analyse de cette période. Ce changement brusque et définitif de procédé d'écriture surprend d'autant plus qu'aucune allusion n'y a été faite auparavant. Où Jules Ardouin a-t-il appris la sténographie ? A-t-il mis à profit sa convalescence fin 1916 pour étudier comme il l'avait fait plus tôt ? Le 1er mars 1916, il écrit : " Je travaille un peu l'algèbre avec mon ami Chollet ".
    Jules Ardouin livre un récit lucide, concis et précis, à l'image d'un journal de marche. Il décrit les déplacements, les opérations militaires, les pertes et les activités quotidiennes, sans laisser de place à ses sentiments qu'il exprime plutôt dans ses poèmes. Dans sa correspondance, il a à coeur de montrer à ses proches les lieux où il passe et de présenter ses camarades. Il est conscient dès le début du mois d'octobre 1914 de l'enlisement du conflit.
    Athanase Carteau couvre de son écriture régulière au moins sept carnets entre le 5 août 1914 et le 18 juin 1918. Il en ouvre un nouveau après chaque permission, laissant à sa famille le calepin précédent pour assurer sa sauvegarde. Le récit s'interrompt toutefois à deux reprises : du 16 août au 9 novembre 1916 et du 22 juin au 27 octobre 1917. Les carnets correspondants ont dû être perdus. Athanase a-t-il égaré ses affaires le 23 novembre 1916, lorsqu'il tombe et se tord le genou ? Peu après, il écrit de ses camarades : " En amenant un blessé, ils apportent mes affaires, mais je suis bien ennuyé. Ils n'ont pas mon portefeuille, ni ma croix de guerre. Ils ont été obligés d'abandonner ma capote dans la boue " (26-11-1916). Son journal fait-il partie des objets oubliés ou abimés lors de la chute ? Les observations des premiers jours d'août ont d'ailleurs été recopiées par la suite.
    Contrairement à Jules Ardouin, Athanase Carteau donne beaucoup de détails sur son quotidien, des plus sombres (la boue, la mitraille, les gaz, les hommes qui tombent autour de lui) aux plus anodins (les achats de clous pour ses chaussures, les changements de sous-vêtements, le détail de ses colis). Il mentionne aussi toutes les lettres qu'il envoie et qu'il reçoit. Ce qui le conduit parfois à des juxtapositions étonnantes : " Mais, tout à coup, on sent des gaz nous prendre aux yeux. Nous prenons nos masques sur la bouche et le mouchoir devant les yeux. Partout, c'est tout une révolte dans les tranchées. Tous crient : "Les gaz asphyxiants !". J'ai écrit chez nous. " (21-09-15).
    L'un comme l'autre sont pratiquants et signalent leurs occasions d'assister à la messe et de communier. Ils évoquent aussi les copains du pays, consignant les blessés et les rencontres amicales : " Je vois tous les Michelais du 114 et nous trinquons un coup ensemble " (Jules, 27-09-15). Le 14 juin 1917, de passage en région parisienne, Athanase Carteau va " avec Chaillou voir le château de M. Le Roux ", un notable de Saint-Michel-en-l'Herm, et y " rencontre un de ses valets ".
    Trois types de brancardiers exerçaient sur le champ de bataille : les brancardiers affectés à une compagnie, les brancardiers musiciens affectés à un régiment, et les brancardiers divisionnaires affectés à une division. Athanase Carteau appartient à la première catégorie, Jules Ardouin à la deuxième. On trouve à leurs côtés beaucoup de prêtres, de séminaristes et d'enseignants. Ils sont armés tardivement. Athanase Carteau reçoit un revolver le 14 mars 1916, et il semble ne pas y être attaché car, quand il constate sa disparition le 21 novembre 1916, il écrit : " Ça ne me fâche guère. Je dis : toujours ça de moins à trainer ".
    Répartis par équipe de quatre (J., carte postale du 13-03-15), les brancardiers secourent les blessés et les malades, et ramènent les morts en allant les chercher sur des civières ou à même leur dos quand la distance le permet : " Nous allons tous les 4, pensant les amener sur le dos [deux hommes de la compagnie], mais ils sont très loin " (Athanase, 29-04-17). En effet, les boyaux ne sont pas toujours suffisamment larges et praticables pour permettre le passage des brancards (A., 21-11-14 et 21-09-15 ; J., 25-09-15 et 19-05-16). Les brancardiers sortent souvent la nuit pour ramener les blessés ou les morts au poste de secours : " On ne peut chercher les blessés que de nuit " (A., 18-06-16) ; " Nous turbinons encore jusqu'au matin. C'est la 5ème nuit que l'on ne se couche pas " (A., 21-06-16). Manque d'indications et de repères dans le dédale des tranchées, conditions climatiques, boue, terrain accidenté, mitraille : leur travail était dangereux et harassant comme le raconte longuement Athanase Carteau lors de sa première intervention le 21 novembre 1914, ainsi que Jules Ardouin le 27 octobre 1914.
    Outre les activités spécifiques des musiciens (répétitions, parades, concerts), les brancardiers sont souvent amenés à effectuer d'autres missions : " Car, comme nous n'avons pas de boulot (Dieu merci !), on nous emploie à des corvées " (A., 21-01-18). Ils se retrouvent tout à tour aides de cuisine (A., 10-11-14), coiffeurs-barbiers (J., 31-05-1916), fossoyeurs (A., 03-04-17), en charge de remplir les baquets pour les douches (A., 19-06-15), du ravitaillement (passim), de la distribution du linge (A., 13-02-18) ou de travaux de défense (J. 15-08-14 ; A., 06-03-18), etc. En Champagne, ils assurent la " corvée de ventilateurs " pour aérer les caves (A., 13 et 18-04-18).
    Un peu de correspondance, des photographies, des papiers militaires, des chansons et des partitions complètent ces deux ensembles. Seules les lettres et les cartes postales les plus intéressantes ont été numérisées.

  • Mots-clés :

  • Typologie documentaire

    Journal

  • Contexte historique

    1914-1918

  • Personne(s)

    Carteau, Athanase Louis Jean Ernest / Ardouin, Jules Florent Narcisse

  • Matière(s)

    Guerre 1914-1918 / 114e Régiment d'infanterie / 65e Régiment d'infanterie / Métier de la santé / Soldat

  • Communicabilité :

  • Libre accès

  • Modalités de reproduction :

  • Reproduction numérique sur demande

  • Sources complémentaires :

  • Aux Archives de la Vendée

    Voir les notices biographiques d'Athanase Louis Jean Ernest Carteau, de Jules Florent Narcisse Ardouin et de Fernand Marcel Gabriel Ardouin, dans le Dictionnaire des Vendéens

  • Bibliographie :

  • Historique du 65e régiment d'infanterie... . - Paris : H. Charles-Lavauzelle, 1920. - 160 p. [en ligne sur Gallica]
    114e au feu : historique de la guerre 1914-1918 / Pierre Paul. - Saint-Maixent (79) : Impr. E. Payet, 1923. - 47 p. [en ligne sur Gallica]