Notice descriptive

1 AP 24 art. 2-39 ; 1 Num 24 art. 1-32 - 

Fonds Godard des Breuzes (XVIIIe s.-1844) XVIIIe s.-1844

  • Origine :

  • Famille

  • Notice/biographie :

  • Pierre Godard est né à Grenoble le 28 décembre 1754. A 15 ans, il entre aux Ponts et Chaussées et y devient ingénieur-géographe en Dauphiné. En 1792, il quitte la vie civile pour s'engager dans l'Armée. Il rejoint ensuite les milieux proches du pouvoir et de tendance très républicaine : le beau-père Garos (il épouse sa fille Joséphine en 1795) en effet, député aux Cinq-Cents, est un ancien conventionnel régicide de la Vendée, et il est connu pour son hostilité à la modération dont fait alors preuve le général Hoche dans la pacification de cette région. Godard aurait-il donc aussi voulu effacer un passé et des attaches répréhensibles aux yeux des très sourcilleux Bleus de Vendée ? Lui-même en tout cas ne paraît pas plus exalté que ne l'exige la rhétorique obligé du temps, et il manifeste du reste plus de goût pour la vie de famille que la vie politique. Avant de quitter son Sud-Est natal, où l'avait confirmé pour peu de temps son premier poste militaire, il a pris soin de collectionner des certificats de civisme, délivrés sur une même feuille, le 14 novembre 1793, par la commune de Gap, le district, le département des Hautes-Alpes et le comité de surveillance de la ville, sésame indispensable pour gagner d'autres cieux. D'abord sous les ordres du directeur des fortifications des Hautes et Basses Alpes (juillet 1792), Godard est affecté ensuite au service de la place de Maubeuge, puis aussitôt après envoyé à Tongres (Limbourg), pour préparer le siège de Maëstricht (17 sept.-4 nov. 1794).

    Il fait plus tard une campagne en Espagne sous le Directoire tout en cherchant à demeurer le plus possible à Paris, où il jouit de précieuses introductions. Il a gardé soigneusement, dans ses archives, quelques souvenirs de brillantes réceptions : les cartons d'invitation à la fête du 14 juillet donnée par la division militaire en l'an VI, ou, mieux encore, à des dîners offerts par le Directoire exécutif ou le Corps législatif.

    La belle-famille de Pierre Godard l'attire toutefois à Fontenay-le-Comte, où il va chercher désormais à se fixer. Rattaché à la direction des fortifications de La Rochelle, il est tout de même astreint à une campagne en Italie en 1802, et à une autre en Espagne en 1808. Mais déjà barbon et pourtant jeune marié, son désir le plus cher est de demeurer auprès de sa famille. On constate du reste qu'il réussit à toujours être chargé des affaires relatives à la Vendée. Il participe à ce titre, pour l'Armée et aux côtés des ingénieurs des Ponts et Chaussées, à la création de La Roche-sur-Yon en 1804. Astreint à résider à La Rochelle, il a toutefois obtenu durant trois ans et demi (1798-1801), de se fixer chez lui, à Fontenay-le-Comte, à la tête d'une improbable sous-direction des fortifications d'une ville et d'un département qui n'en comptaient quasiment pas !

    C'est que Pierre Godard jouit longtemps d'appuis bien placés dans les bureaux, confortant ses demandes de promotion ou d'affectation : des amis politiques de la famille sous la Révolution, d'anciens camarades sous l'Empire, tel le général Marescot, inspecteur général du Génie. C'est aussi le cas du fameux général Belliard, concitoyen de Fontenay et héros de la campagne d'Égypte, qui propose à Godard des recommandations pour l'introduire auprès de dix généraux avant son affectation en République Cisalpine. Là, il sert sous les ordres du brillant général du Génie Chasseloup, vite agacé par la situation et finalement assez sournois sous des airs de camaraderie indus envers un subordonné.

    À une époque où l'héroïsme militaire est une valeur encouragée et très partagée, Pierre Godard paraît en décalage. Mais c'est un homme qui peine à concilier les contradictions d'une nouvelle vie commencée à un âge mûr, à la fois dans le mariage et dans l'armée d'un pays continuellement en guerre. Il a la chance de pouvoir s'appuyer sur des amis puissants et compréhensifs dans le corps du Génie, qui paraissent satisfaire une dette de reconnaissance. S'agit-il de l'asile offert jadis à Carnot, le plus illustre des officiers du Génie ? Les papiers conservés par Godard témoignent en tout cas du grand attachement qu'il porte à son foyer, dont font partie ses beaux-parents. Ses absences étaient cruellement ressenties, comme en témoignent les deux liasses de lettres que lui expédia sa femme en Italie, et qu'il conserva d'autant plus pieusement qu'elle ne devait plus vivre longtemps après son retour. Et pour jouir de la présence de ses filles, il prend sa retraite en 1812 plutôt que de répondre à l'appel d'une nouvelle campagne en Espagne.

    Il faut croire que Pierre Godard ne dispose pas d'une fortune telle qu'elle le dispense de gagner sa vie. Cet homme, tardivement établi, a l'ambition de conforter sa famille à un rang de bourgeoisie honorable. Membre de la Légion d'Honneur, il se pare du titre de chevalier que la Restauration répand en adoptant à son tour l'ordre créé par Napoléon. C'est au château de L'Hermenault, ancienne résidence des évêques de Maillezais-La Rochelle, qu'en 1818 il marie sa fille, Caroline, avec l'avocat Marcellin-Eugène Godet, fis du baron d'Empire Louis-Eugène Godet. Il y meurt le 1er décembre 1843.

  • Contenu ou introduction :

  • Les papiers de Pierre Godard témoignent du destin singulier, encore entouré de mystère, d'un de ces militaires qu'ont multipliés la Révolution et l'Empire. Très intégré au milieu des anciens révolutionnaires de la Vendée, il découvre ce département et s'y établit après la guerre civile, dont ses archives ne gardent aucun écho, pas plus que de la reconstruction du pays, qui marque pourtant durablement le paysage. La " grande guerre ", pour un nouvel arrivant vivant plus de sa pension que des rentes de la terre, paraît relever d'un passé révolu et sans conséquence pour lui.

  • Communicabilité :

  • Les documents non numérisés ne sont pas communicables

  • Modalités de reproduction :

  • Reproduction numérique sur demande

  • Bibliographie :

  • Recherches vendéennes n° 8-2001 : "Pierre Godard, un Républicain qui choisit la Vendée" par Thierry Heckmann. (BIB PC 16)